2011-2012

Histoire comparée de l'Europe centrale de 1700 à nos jours. États, identités, populations et territoires

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mercredi de 17 h 30 à 19 h 30 (Institut d'études slaves, salle du rez-de chaussée, 9 rue Michelet, 75006 Paris), les 12 octobre 2011, 2, 16 et 30 novembre 2011, 14 décembre 2011, 18 janvier 2012, 8 février (exceptionnellement de 18 h à 20 h) et 29 février 2012, 28 mars 2012, 11 avril 2012, 2 et 23 mai 2012.

En partant de recherches en cours et de travaux de doctorants, le séminaire propose une approche croisée de l'histoire moderne et contemporaine des pays de l'Europe centrale et orientale, axée autour du décloisonnement des périodisations et des frontières, à travers une approche critique des historiographies nationales et la présentation de recherches en cours. Le séminaire est aussi un lieu de rencontre et de dialogue des historiens de l'Europe centrale de différentes équipes et universités françaises.

Programme (premier semestre)  :

12 octobre
2011 : P. Gradvohl (Nancy 2) : L’Europe médiane au XXe siècle. Fractures, décompositions, recompositions, surcompositions.
Discutants: Antoine Marès, Marie-Élizabeth Ducreux, Christine Lebeau

2 novembre : Étienne Boisserie (INaLCO) : Comment écrire l'histoire de la Slovaquie dans le premier XXe siècle.
Discutant : Antoine Marès

16 novembre : Pavel Himl (Université Charles de Prague) : L’histoire à l’épreuve des « histoires » : comment les « cas exceptionnels » contribuent à la construction de l’histoire sociale (religion, genre) de l’époque moderne.
Discutant : Jacques Revel

Résumé : Malgré toutes les tentatives pour atteindre une « objectivité », c’est toujours l’historien qui – en écrivant « l’histoire » - établit une vérité/une vraisemblance/une probabilité historique. Ce faisant, il s’appuie sur diverses méthodologies qui lui livrent règles et techniques nécessaires. Il les choisit librement : elles ne sont pas inhérentes au sujet de la recherche. En conséquence, il n’est pas évident qu’on arrive automatiquement à des conclusions valables pour la société entière en traitant, par exemple, de « grands » personnages occupant des positions décisives dans la politique, culture ou bien la vie intellectuelle.
À partir du cas d’une femme vagabonde et magicienne vivant au tournant du XVIe et XVIIIe siècle, la contribution va de nouveau se pencher sur la question de « représentativité », ou plus généralement, sur la notion des « cas singuliers ».Se servant de cet exemple, elle va examiner les enjeux théoriques de la micro-histoire (Lévi, Revel) et le paradigme « indiciaire » de Carlo Ginzburg. Elle va s’interroger sur la façon par laquelle « l’exceptionnel » se manifeste dans le contexte du « normal » (dans la justice et l’opinion publique locale) et comment, dans ce contexte, il est désigné et traité. Pour finir, la possibilité d’en tirer des conclusions plus générales sur le genre et la religion en époque moderne sera discutée.
 

30 novembre : Olga Khavanova (Académie des Sciences, Moscou) : Social mobility for non-nobles in the Ancien Régime Habsburg Monarchy.
Discutant : Claude Michaud, professeur émérite à l’Universite de Paris I

14 décembre : Krzysztof Pomian (CNRS) : Les musées et les nations, Europe centrale, 1848-1914.
Discutants : Marie-Élizabeth Ducreux et Antoine Marès.

Résumé de l'intervention de K. Pomian:
Après avoir précisé le sens de l’expression « Europe centrale » et montré la spécificité de l’aire ainsi désignée par rapport à l’Europe occidentale et à l’Europe de l’Est, on parlera brièvement de la naissance des musées en Pologne, en Bohême et en Hongrie à la fin du 18e siècle et au début du 19e avec une attention particulière pour le Musée national de Budapest et le Musée patriotique de Prague. On évoquera le rôle des musées pendant le « Printemps des Peuples » mais on se concentrera surtout sur la période postérieure à 1870 quand le nombre de musées commence à augmenter rapidement, ce qui va de pair avec leur diversification thématique. On reprendra alors l’histoire des deux musées mentionnés ci-dessus, en les confrontant avec le Musée national polonais de Rapperswill ; cela permettra aussi d’introduire leurs directeurs respectifs : Pulszky, Palacky et Plater. Il sera question aussi des musées dans les Pays Baltes, en Finlande, en Croatie, en Slovaquie et en Slovénie. On insistera sur l’importance des musées pour les mouvements nationaux en tant qu’institutions essentielles où s’affirme l’identité nationale en faisant appel à l’histoire mais aussi à l’art, au folklore, voire à la nature, selon les cas. Et on terminera par une histoire du musée juif.

18 janvier 2012 : Laszlo Lajtai : Les manuels d'histoire hongrois avant 1848.
Discutant : Marie-Élizabeth Ducreux

Résumé : Les premiers manuels scolaires de langue hongroise (milieu 18e siècle-milieu 19e siècle) se situent au carrefour de trois problématiques se recoupant fortement : celle de la nation en voie de se moderniser, celle de la conceptualisation de l’« histoire nationale » avec ses corollaires institutionnels et professionnels, puis celle de la reproduction culturelle par l’enseignement public d’une société prérévolutionnaire aux clivages multiples. Pour les interpréter, l’intervention étudie d’une part l’évolution du discours national de l’époque et, d’autre part, réinsère ces pratiques discursives scolaires dans leurs contextes contemporains et leur enracinement historique. Les textes des manuels évoquent déjà les éléments du futur « grand récit » hongrois national, comprenant les aspects essentiels des exigences nationalistes contemporaines. Alors qu’ils sont déjà tous écrits dans la langue magyare, et par conséquent principalement destinés à ceux qui ne comprennent que cette langue, leur contenu se focalise largement sur la représentation de l’éclosion temporelle des capacités inhérentes à la nation, censée se perfectionner perpétuellement sur le plan à la fois culturel, social, économique et moral.

8 février 2012 : Anne Madelain (EHESS) : Interpréter l’irruption de la violence et les justifications ethniques dans les guerres yougoslaves des années 1990.
Discutant : Bernard Lory.

Résume : En abordant l’exploitation politique des symboles, les mobilisations du passé et l’idéologie qui vient justifier « le nettoyage ethnique », deux ouvrages écrits à chaud tentent de répondre au besoin pressant d’expliquer comment la violence contre les civils s’organise et se justifie dans la guerre qui embrase la Yougoslavie depuis 1991 :

  • Ivan Čolović, Le bordel des guerriers. Folklore, politique et guerre. Paris, Non Lieu, [1993] 2009, et
  • Le nettoyage ethnique. Documents historiques sur une idéologie serbe. Rassemblés, traduits et commentés par Mirko Grmek, Marc Gljidara et Neven Simac. Paris, Fayard, 1993.

À partir des lectures du conflit yougoslave en France, on s’interrogera sur l’influence de certains écrits et sur la façon dont se posent les questions de l’origine de la violence, du nationalisme et des responsabilités politiques et humaines des crimes. On se demandera aussi ce qu’apportent à la réflexion sur la violence spécifique de ces guerres, les approches d’autres historiens, d’anthropologues ou de sociologues ex-yougoslaves dont les analyses ont été peu ou pas diffusées en France.

29 février 2012 : Antoine Marès, « Construction et organisation des savoirs sur l'Europe centrale et orientale en France »
Discutante : Marie-Élizabeth Ducreux

Le propos du séminaire consistera à poser dans un premier temps une série de questionnements sur la construction du savoir sur l’Europe centrale et orientale en France aux XIXe et XXe siècles (des années 1860 aux années 1930), puis dans un second temps à illustrer ces questionnements par les trajectoires de quelques personnalités phares : Louis Leger, Ernest Denis, Louis Eisenmann et André Mazon.

28 mars 2012 : János Kalmár (professeur à l’Université ELTE, Budapest, chaire d’histoire de la Hongrie médiévale et moderne), "L’éducation de l’empereur Charles VI"

Discutant : Grégoire Salinéro, maître de conférences à l’université de Paris-I

Résumé : Charles VI (1685-1740) a reçu une formation variée profonde. Parmi les disciplines qu’on lui avait enseignées figuraient la géographie, l’histoire, la philosophie, la rhétorique et plusieurs autres encore, auxquelles s’ajoutaient plusieurs langues ; le latin, l’italien, le français et l’espagnol. Dans l’ensemble, son éducation fut plus théorique que pratique. On n’y trouve presque pas de traces de lectures de traités contemporains sur les méthodes de gouvernement. Chez les Habsbourg d’Autriche, l’idéal princier semble avoir été assez différent de celui des Bourbons de France: alors que dans le cas de ces derniers, le souverain devait être le premier gentilhomme de son royaume, chez les premiers, il devait toujours se rapprocher, à la fin du XVIIe siècle, conformément à la vocation de l’empereur chrétien, de la tradition du miles Christi.

11 avril 2012 : Laurent Tatarenko (doctorant à l’université de Paris 1) : Éducation et savoirs des clercs ruthènes de Pologne-Lituanie (1596-milieu du XIXe siècle) : sources et méthodes d’une histoire intellectuelle des Églises chrétiennes orientales ».

Discutant : Boris Noguès (INRP, Paris)

Résumé : La formation des clercs occupe une place particulière dans les différents programmes de réforme ecclésiastique, nés dans la métropolie de Kiev dans la seconde moitié du XVIe siècle. L’un de leurs enjeux était de relever le défi lancé par les modèles catholiques et protestants, tout en introduisant le slavon comme langue savante dans l’enseignement. À la suite de l’Union de Brest (1596), les scissions entre uniates et orthodoxes poussèrent donc les deux camps à redoubler d’efforts pour bâtir des institutions nouvelles, capables de préparer des acteurs de la polémique. Sous l’inspiration de l’exemple latin, ces processus amenèrent à l’émergence d’une culture gréco-catholique particulière, mais également à l’essor intellectuel du clergé orthodoxe kiévien, devenu à partir du XVIIIe siècle un vivier de recrutement pour l’État moscovite voisin. En présentant les sources qui permettent d’étudier ces évolutions, l’exposé propose d’analyser l’éducation et la production intellectuelle du clergé ruthène non seulement à travers l’histoire des structures et des influences réciproques des œuvres, mais encore en les replaçant dans les réseaux de sociabilité et les contextes matériels, propres à chacune des périodes considérées.

2 mai 2012 : Mathieu Aubert, "Identité aristocratique, service de l'Etat et sentiment national : la branche princière de la famille Esterházy (1790-1848)"

Discutant : Claude Michaud (Professeur émérite à l’Université de Paris I)

Le seul nom « Esterházy » ressuscite le prestige et les fastes de la grande aristocratie hongroise des XVIIIe et XIXe siècles. Cette splendeur culturelle et matérielle fut à la fois cause et conséquence d’une position sociale et politique bien établie, grâce à une longue tradition de fidélité à la dynastie Habsbourg. Cette fidélité de la branche princière avait autant permis l’acquisition de riches territoires que l’accès à des fonctions proches des centres de pouvoirs. A l’époque des troubles révolutionnaires et dans la première moitié du siècle qui les suivit, le prince Nicolas II et surtout son fils Paul-Antoine s’illustrèrent dans le cadre du service diplomatique, bien loin des habituelles fonctions locales, en particulier militaires, auxquelles se cantonnaient habituellement la noblesse magyare. C’est par ce biais que les Esterházy s’adaptèrent aux divers bouleversements de cette période, allant jusqu’à participer de manière très originale au gouvernement Batthyány de 1848. Le passage d’une culture du service dynastique à celle du service de l’Etat, l’adhésion à de nouveaux paradigmes sociopolitiques, au seuil de la modernité, l’intégration progressive d’un sentiment national fort, autant de modulations qui aboutirent à l’émergence d’une identité aristocratique nouvelle, cosmopolite, nationale et familiale.


23 mai 2012 : Gabor Klaniczay, Marie-Elizabeth Ducreux : Sainteté, royauté, État, nation

Résumé : la séance esquissera une histoire longue des symboles politiques en Hongrie et en Bohême, avec des points de comparaison concernant l’Autriche et la Pologne, depuis les saints rois médiévaux incarnant en Europe centrale la pérennité de l’État, puis le culte renouvelé des saints patrons à l’époque moderne jusqu’à leur transformation en marqueurs d’identité politique et ethnique au cours du XIXe siècle.

 

Mots-clés : Histoire,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Renseignements :

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : doctorat en cours, ou master en cours.

Adresse(s) électronique(s) de contact : ducreux(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 16 février 2012.

Dernière mise à jour le 1/05/2011 par

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