2011-2012

Questions autochtones contemporaines

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

4e jeudi du mois de 9 h à 13 h (bd Raspail 75006 Paris), du 24 novembre 2011 au 24 mai 2012

  • 24 novembre : salle 7, 105 bd Raspail
  • 26 janvier : salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail
  • 23 février : salle 8, 105 bd Raspail
  • 22 mars : salle 5, 105 bd Raspail
  • 24 mai : salle 5, 105 bd Raspail

Les mobilisations autochtones ont acquis, depuis les années 1970, une visibilité croissante, notamment sur la scène internationale. Si elles sont désormais dotées d’outils légaux, si une rhétorique de la diversité est aujourd’hui largement reconnue, il reste nécessaire de souligner l’importance des configurations étatiques dans lesquelles elles s’insèrent. Les questions de catégorisation, d’appartenance, de reconnaissance, de minorisation, sont révélatrices de la façon dont chaque État imagine sa communauté nationale. Cette année, le séminaire interrogera le rôle de l’État dans la promotion de l’autochtonie. Comment les formations étatiques produisent-elles l’identité autochtone ? Comment l’État créé-t-il la « coutume » ? Comment les langages de l’autochtonie se diffusent-ils ?

24 novembre : séance inaugurale

  • Carmen Salazar-Soler (CERMA) : Politique néolibérale et état multiculturel: les conflits sociaux miniers au Pérou
  • Benoît Trépied (CREDO) : L'autorité kanak en question. De la participation électorale à l'institutionnalisation de la "coutume" en Nouvelle-Calédonie.
26 janvier : « Comment les langages de l’autochtonie se diffusent-ils ? », autour de deux interventions.
  • Natacha Gagné, Université d’Ottawa et IRIS, présentera une communication intitulée : « La stratégie autochtone : ses trajectoires et ses résonances en Océanie ». Cette communication propose d’envisager comment la stratégie autochtone, telle que reconnue à l’ONU, a gagné en légitimité ces dernières années, en examinant en particulier sa diffusion en Océanie. L’objectif est donc de suivre, très schématiquement, les trajectoires de la stratégie autochtone qui fit d’abord son apparition dans un contexte bien particulier, celui des colonies de peuplement de l’ancien empire britannique, et qui fut investie au fil du temps par d’autres populations, avec des histoires fort différentes tant au plan de la culture de la contestation que des traditions juridiques. Elle s’intéressera en particulier à la diffusion de la rhétorique de l’autochtonie et à l’intérêt porté aux luttes et à la stratégie autochtones chez les Maori de la Nouvelle-Zélande. Elle s’arrêtera ensuite sur la diffusion des « langages de l’autochtonie » au sein des populations des territoires français d’Océanie (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française).
  • Mathieu Hillgers, Université Libre de Bruxelles, présentera une communication intitulée : « Penser l’autochtonie comme un capital : terrains africains ». Depuis quelques dizaines d’années les rhétoriques liées à l’autochtonie s’intensifient dans plusieurs parties du monde. Dans cette présentation, il propose de partir de terrains africains pour développer une hypothèse : l’autochtonie constitue une forme de capital qui peut être investi et duquel on peut tirer un profit. Quelle est la structure de ce capital ? Comment fluctue-t-il et comment se stabilise-t-il ? Quand et comment ce capital peut-il être mobilisé et légitimé ? Cette approche de l’autochtonie conduit à relever un étrange paradoxe : revendiquer l’autochtonie n’est pas simplement affirmer « nous étions là avant » car être autochtone n’est pas uniquement, et dans certains cas, peut ne pas du tout être premier dans l’ordre des migrations.
23 février : La troisième séance du séminaire sera consacrée à la question de l’autochtonisation comme stratégie, autour de deux interventions.
  • Claire Levacher, IRIS, présentera une communication intitulée : « Les mots de l’autochtonie en Nouvelle-Calédonie, du nationalisme kanak aux droits des peuples autochtones. »
Dans l’acception onusienne du terme, l’autochtonie ne serait apparue que tardivement en Nouvelle-Calédonie. Elle est pourtant présente dans les discours des leaders indépendantistes, dès les années 1970, discours qui font appel au champ lexical de l’autochtonie et de l’antériorité pour légitimer la revendication nationaliste kanak. Cet exposé propose de revenir à l’origine des usages de la notion d’autochtonie en Nouvelle-Calédonie. Dans quel contexte émerge-t-elle ? Pourquoi ne se situe-t-elle pas alors dans le cadre onusien ? Comment et pourquoi s’effectue un glissement de sens au début des années 2000 ? En suivant les modalités de son usage, nous interrogerons le rôle de l’Etat dans les stratégies adoptées par les Kanak pour exister politiquement. Comment les langages de l’autochtonie en Nouvelle-Calédonie se développent-ils en regard des contraintes imposées par l’Etat?
  • Maité Boullosa Joly, Université d’Amiens (UPJV), présentera une communication intitulée : « Etre autochtone en Argentine : pour un éloge de la complexité »
L’Argentine est un pays d’Amérique du sud particulier où l’indigène a été invisibilisé. En effet, après l’indépendance en 1816, la construction de l’identité nationale au 19ème siècle s’est faite sans composante indienne. Dans cette intervention, nous décrirons ce contexte historique spécifique et nous montrerons, à partir de l’ethnographie de deux villages du Nord-Ouest argentin, la façon dont les revendications indiennes ont émergé dans ce pays à partir de la fin des années 1990, en analysant l’importance des revendications territoriales dans ce processus. Nous verrons ensuite combien il est complexe pour les villageois de notre région d’étude de s’auto-reconnaître Indien dans un contexte national où l’Indien a longtemps été associé au « barbare » en opposition à la « civilisation » dont l’Europe était la représentante. En étudiant les trajectoires sociales des militants autochtones locaux, nous mettrons en lumière les facteurs qui peuvent favoriser l’inscription dans le militantisme indianiste. Nous décrirons la façon parfois ambiguë avec laquelle les appartenances identitaires peuvent être interprétées par les villageois ainsi que les résistances et les conflits locaux qu’elles peuvent générer.
 
22 mars : la séacnce sera consacrée à la question de l’autochtonie dans les marges de l’Etat, autour de deux interventions.
  • Nicolas Richard, CNRS, présentera une communication intitulée : «La guerre du Chaco ou le temps des fourmis. Régimes d’altérité et régimes d’historicité dans le Chaco boréal ». La « guerre du Chaco » (Bolivie, Paraguay 1932-35) opposa deux armées nationales pour le contrôle d’un vaste territoire – le Chaco boréal – qui s’était jusqu’alors maintenu en marge des souverainetés étatiques et qui était peuplé par une multiplicité de groupes amérindiens. Cette guerre fonctionne donc d’une part comme un conflit conventionnel entre Etats nationaux et d’autre part comme une campagne militaire d’occupation et d’annexion des derniers territoires indiens « libres » de la région. A partir du corpus oral « mémoires indiennes de la guerre du Chaco » (programme ANR 2007-2011), il s’agira de réfléchir sur le statut et le fonctionnement de ces mémoires non-nationales de l’événement. Partant des terrains menés dans le Chaco, nous soulèverons trois types de problèmes ou difficultés : a) de définition du « sujet » mémoriel ; b) de définition ou d’inscription temporelle ou historique de l’événement ; c) des supports et des formes matérielles d’inscription de ces mémoires.
  • Alexandre Surrallés, CNRS-LAS, présentera une communication intitulée : « Droits humains, territoires autochtones et non-humains ». Le système des droits humains des Nations Unies a été enrichi par la Déclaration de 2007 sur les droits des peuples autochtones. Cette Déclaration affirme l'autodétermination des peuples autochtones à l’intérieur de leurs territoires comme étant un droit humain. Cependant, bon nombre de ces peuples autochtones considèrent qu'ils partagent leur territoire avec d'autres non-humains, mais néanmoins "personnes". Dans mon exposé, je voudrais explorer quelques-unes des conséquences de ce curieux paradoxe, à partir d’une brève étude comparée du droit autochtone actuel avec celui du XVIe siècle et de l’analyse de quelques processus récents d’actes juridiques d’autodétermination en Amazonie.
Jeudi 24 mai : La séance est organisée en deux temps.
  • La première partie sera consacrée à la présentation du dernier numéro de la revue Social Identities Journal for the Study of Race, Nation and Culture - volume 18, issue 4, numéro spécial coordonné par Natacha Gagné et Marie Salaün, intitulé : Indigeneity in Oceania Today: A Conceptual Tool, a Battle Cry and an Experience http://www.tandfonline.com/toc/csid20/18/4 en présence de Benoît Trépied (CNRS CREDO) qui présentera son propre article, « Indigenous Struggles and Water Policies in New Caledonia ». Jonathan Friedman commentera l’ensemble du numéro.
  • La deuxième partie sera consacrée à la présentation par les étudiants de leurs travaux de recherche respectifs.

Renseignements : par courriel.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous auprès de l'enseignante.

Réception : sur rendez-vous auprès de l'enseignante.

Niveau requis : ouvert à tous : master 1 et 2, doctorants, postdoctorants, chercheurs.

Adresse(s) électronique(s) de contact : salaun(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 21 mai 2012.

EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25