Anthropologie, ville architecture et territoire

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e jeudis du mois de 17 h à 19 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 novembre 2011 au 3 mai 2012. Pas de séance le 5 janvier

Ce séminaire interdisciplinaire entend rendre compte des mécanismes en œuvre dans les transformations de notre espace social et dans les domaines de l’architecture, de la ville, du territoire. Il s’inscrit dans une démarche visant à restituer un travail de description et d’analyse des rapports sociaux liés aux objets en devenir, dans une perspective historique. Comment une ville, un habitat ou un territoire prennent-ils forme ? Comment se construisent-ils au quotidien à travers les pratiques des habitants, des architectes, des urbanistes et des acteurs politiques ? À partir de ces questions, nous nous intéresserons à des situations d’édification, de transformation et de redéfinition d’espaces à diverses échelles. Nous nous attacherons à restituer les logiques des différents acteurs impliqués dans ces processus et leurs modes d’articulation, en partant de la matérialité de l’espace, des dispositifs, des usages et des récits.

3 novembre 2011: Présentation du séminaire, "Démarche de l’anthropologie sur la question des espaces" Antonella Di Trani, doctorante en anthropologie sociale IRIS/EHESS et Caroline de Saint Pierre, anthropologue, MA École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, IRIS.

17 novembre 2011 : Caterine Reginensi, anthropologue, MA, École nationale supérieure d´architecture de Toulouse- chercheure au LRA (Laboratoire de recherche en architecture) et associée au FACI (Favela e Cidadania) ESS∕UFRJ- Université Fédérale de Rio de Janeiro

"À la rencontre des « informels » : la sinuosité des lieux et des trajectoires dans la métropole de Rio de Janeiro (Brésil)"
De novembre 2009 à Mai 2010, une recherche ethnographique, menée sur la plage de Copacabana et au Vale Encantado, dans la forêt de Tijuca, va révéler des pratiques de travail, d´habiter, de loisirs et des performances artistiques, mais aussi la mise en œuvre de politiques urbaines d´urbanisation voire de régularisation foncière ou de réaménagement. En effet, ces lieux et ces politiques sont à resituer dans le contexte des grands événements sportifs, tels que les Jeux Pan Américains de 2007 et dans le futur : la coupe du monde football (2014) et enfin les Jeux Olympiques de 2016, autant d´enjeux majeurs pour la municipalité de Rio de Janeiro et ses habitants. Mon intervention vise à montrer comment des bouts de villes et de vies bricolées, en apparence sans liens, donnent à réfléchir sur les processus en œuvre dans les espaces urbains de la métropole brésilienne.

1er décembre 2011 : Monica Lacarrieu, anthropologue, Université de Buenos Aires (programme de coopération scientifique CNRS-CONICET France-Argentine échange de chercheurs, 2011-2012)

"Le patrimoine comme recours dans les processus de requalification urbaine : le cas du centre historique de Buenos Aires"
Nous présenterons les processus de requalification du quartier historique de la ville de Buenos Aires, en mettant l’accent sur le rôle du patrimoine historique construit comme recours hégémonique à une définition localisée du lieu. Nous décrirons les processus de structuration des espaces publics urbains à partir de l’observation des représentations et pratiques sociales liées aux conflits concernant l’appropriation de ces dits espaces et en relation aux processus de patrimonialisation matérielle et immatérielle. La patrimonialisation est-elle un recours inhérent et nécessaire à la requalification ? Pourquoi le patrimoine architectural et historique devient-il hégémonique dans la construction du récit sur le quartier historique ? Pourquoi les sujets résidents et non-résidents de celui-ci revendiquent-ils au travers de processus de patrimonialisation liés à des expressions culturelles immatérielles ? Que se joue-t-il dans les conflits concernant le récit historique légitime ?

15 décembre 2011 : Monica Lacarrieu, anthropologue, Université de Buenos Aires (programme de coopération scientifique CNRS-CONICET France-Argentine échange de chercheurs, 2011-2012)

"Requalification, relégation sociale et patrimoine : le quartier de La Boca à Buenos Aires. "
Nous nous proposerons d’analyser les processus de production de la requalification du quartier de La Boca à Buenos Aires, en considérant les contrastes entre ces dits processus et ceux liés à la relégation sociale. La patrimonialisation des conventillos –bien matériel et symbolique touristique et résidentielle- est l’objet de conflit entre la politique publique qui cherche à requalifier une zone étendue du quartier –avec Caminito, l’itinéraire touristico-culturel propre à La Boca, et au-delà de Caminito- et les pratiques et représentations des habitants actuels. La patrimonialisation potentielle de ce type d’habitat se situe dans le contexte d’une production ambiguë du local : entre développement touristique du quartier sur une aire spécifique et relégation sociale des secteurs populaires. Entre le visible et l’invisible, le recours au patrimoine dans la requalification produit des processus complexes de ségrégation : le conventillo comme bien matériel requalifié est le patrimoine légitime pour la transformation du lieu, tandis que le conventillo comme habitat des pauvres, contribue à la non patrimonialisation.

19 janvier 2012 : Alban Bensa, anthropologue, directeur d’études, EHESS

"Ethnologie et architecture : le Centre Culturel Tjibaou de Nouméa."
Ayant participé à la conception du centre culturel kanak de Nouméa au sein de l'équipe architecturale de Renzo Piano, je reviendrai sur la contribution que peut apporter l'ethnologue à un architecte. Le passage du savoir savant à la création d'un bâtiment, l'interrogation sur la contribution d'un tel projet à la mise en image des valeurs d'un peuple, la signification indissociablement politique et esthétique d'une telle collaboration.

2 février 2012 : Alban Bensa, anthropologue, directeur d’études, EHESS

"Un projet de ville océanienne en Nouvelle-Calédonie"
La région Voh-Koné-Pouembout va accueillir une usine de retraitement du nickel et la réouverture du massif minier de Koniambo. Consultant auprès d'une équipe de programmiste urbaniste, je présenterai les problèmes posés par l'édification d'une "cité océanienne" à l'heure de la mondialisation.

16 février 2012 : Sylvie Tissot, sociologue, professeur, Université Paris-VIII

"Naissance d’un quartier « historique » : patrimonialisation architecturale et luttes politiques dans le South End de Boston (1965-1995)"
L’intervention sera consacrée à la Société historique du South End, quartier gentrifié de Boston aux États-Unis. Il s’agira de montrer le rôle de cette association locale animée par de nouveaux résidents dans la transformation d’un « quartier ghetto » en un quartier considéré comme « historique ». Le travail de patrimonialisation architecturale réalisé par la Société a contribué à façonner un nouveau goût culturel au sein des catégories supérieures, qui est venu alimenter les migrations des banlieues résidentielles vers les centres-villes. Cette requalification symbolique, associée à une forte délégitimation des logements sociaux, a également eu un impact sur la redéfinition des politiques urbaines.

1er mars 2012 : Eleonora Elguezabal, doctorante EHESS, CMH

"Les avatars d’une catégorie urbaine savante : les « torres country » à Buenos Aires"
Plusieurs études issues d’architectes, géographes et urbanistes ont forgé une catégorie particulière pour qualifier comme des « enclaves » les nouveaux immeubles résidentiels « fermés » bâtis récemment dans la ville de Buenos Aires et issus de la promotion privée. En énonçant ces catégories, ces auteurs cherchent à mettre en évidence le caractère fragmenté, voire dual de la ville de Buenos Aires à l’époque contemporaine. Or la production qui nous intéresse se limite à une décennie, vu qu’elle a commencé à paraître au milieu des années 1990 pour, peu à peu, s’effacer à partir du milieu des années 2000. L’essoufflement de la catégorie ne peut pas être expliqué par la disparition de l’objet désigné : les immeubles qui étaient considérés alors comme des torres country continuent à exister. Si l’on veut comprendre ce que ces auteurs ont voulu dire à un moment précis par le terme torre country, il nous faut donc situer cette catégorie dans ses conditions d’énonciation, c’est-à-dire situer les auteurs et leurs textes dans les « conversations » auxquelles ils ont pris part. C’est-à-dire repérer les conditions sociales qui ont rendu possible l’énonciation de la catégorie torre countrydans un lieu et à un moment précis.

15 mars 2012 : Sabine Dupuy, sociologue, maître-assistant à École nationale supérieure d’architecture de Normandie

"Habitants du logement social : modes d’appropriation et processus de normalisation, hier et aujourd’hui."
La mise en perspective des opérations de transformation du bâti dans le cadre du logement social, qu’elles aient été inclues dans les programmes HVS des années 70 jusqu’aux GPV de la rénovation urbaine contemporaine, peut donner à voir la difficile confrontation des habitants aux processus de normalisation qui touchent leurs modes d’appropriation, mettent en cause leur « patrimoine d’appropriation » (A. Micoud et J. Roux). L’analyse s’appuiera tout particulièrement sur le témoignage exemplaire des habitants d’une cité ouvrière, conservé et mis en forme grâce à la
réalisation d’un documentaire effectué pendant les travaux de réhabilitation de celle-ci, par une équipe de chercheurs du CNRS (JF Dars et A. Papillaut) et par la production simultanée d’une thèse (M. Heck), au début des années 80.

5 avril 2012 : Bénédicte Florin, maître de conférence, géographe, Université de Tours, UMR CITERES, Équipe Monde Arabe et Méditerranéen (EMAM).

"Petits arrangements avec l'espace dans une cité de logement social du Caire : lorsque l'imagination constructive des habitants compose avec et recompose une architecture imposée"

Au Caire, 'Ayn al-Sira est un quartier de logement social construit sur le modèle des grands ensembles et achevé en 1962. Cette cité de 30 000 habitants incarne la politique de logement initiée par Nasser à destination des classes moyennes. Si des petits réaménagements sont rapidement effectués par les habitants, les années 1980 marquent un tournant car ces derniers deviennent propriétaires. Ce changement de statut d'occupation se traduit par une activité de construction impressionnante, toujours efficiente aujourd'hui, qui modifie radicalement l'aspect de la cité. Au-delà des transformations bâties, que nous disent ces compétences constructives sur les recompositions sociales à l'œuvre dans la cité ?

3 mai 2012 : Conclusions et rendu des travaux

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Renseignements : Antonella Di Trani et Caroline de Saint Pierre.

Site web : http://iris.ehess.fr/

Adresse(s) électronique(s) de contact : aditrani(at)ehess.fr, c.desaintpierre(at)orange.fr

Compte rendu

L’orientation générale du séminaire qui se poursuit depuis plusieurs années consiste à interroger les modes de production et de singularisation des espaces habités aujourd’hui, à partir de présentations d’études de terrain, à différentes échelles (immeuble, quartier, territoire) dans la perspective de mettre en évidence les logiques des différents acteurs, leurs stratégies, leurs modes de regroupement, d’interrelation ainsi que les contraintes et les enjeux suscités par la matérialité des espaces. Nous interrogeons également les notions en vigueur pour parler de la ville, les catégories urbaines savantes, en les replaçant dans leurs conditions d’énonciation et leurs contextes sociaux.
Ainsi, dans une des séances, nons nous sommes intéressés à la catégorie des « torres country » à Buenos Aires, forgée par des architectes, géographes et urbanistes, pour qualifier comme des « enclaves » les nouveaux immeubles résidentiels « fermés » bâtis récemment dans la ville de Buenos Aires et issus de la promotion privée (Eleonora Elguezabal).
Dans les autres séances, nous avons abordé la question du patrimoine en tant que processus qui intervient dans la transformation de la ville. Nous avons montré à travers des études de cas que cette notion de « patrimoine » était convoquée dans des registres et des conditions d’énonciations très différents, qu’elle renvoyait à une pluralité de sens et était mobilisée par des acteurs diversifiés. Nous nous sommes interrogés sur les façons dont le patrimoine reconfigure la ville, les quartiers, retrace de nouvelles lignes de partage, pouvant conduire à unifier ou à mettre en place de nouvelles frontières, faisant surgir de nouveaux récits et images.
Le patrimoine peut devenir un outil politique lorsqu’il s’agit de requalifier un quartier, le revaloriser et de le faire devenir un objet touristique. En même temps, la gestion du patrimoine est aussi susceptible de devenir un instrument de contrôle ou de provoquer la relégation d’une partie de la population d’un quartier comme c’est le cas dans celui de La Boca à Buenos Aires. En interrogeant les enjeux patrimoniaux, cette fois à propos du centre historique de la capitale argentine, nous avons mises en évidence les tensions qu’il suscite entre les dimensions sociales et culturelles (Monica Lacarieu).
Nous l’avons aussi vu à travers une société savante formée d’habitants d’un quartier de Boston jusqu’alors considéré comme un « quartier ghetto ». En mettant en forme un certain passé et patrimoine architectural, ces habitants ont donné naissance à un «quartier historique» et ont pu influer sur les politiques urbaines (Sylvie Tissot). Dans ce cas, ce qui a été mis en évidence n’est pas seulement le processus de gentrification engagé dans ce quartier dégradé et longtemps oublié, mais l’élaboration de nouvelles catégories de perception à travers un discours qui accompagne les transformations matérielles, visant à évacuer l’image disqualifiée du quartier. Là aussi, comme dans l’étude de cas précédente, la revalorisation du quartier se heurte à une partie des habitants, donnant lieu à des affrontements associatifs et à la formation de nouveaux clivages politiques.
Dans un ensemble de logements sociaux, la Cité Olivetti, les habitants ont su transformer et réajuster un habitat mal conçu. Ces réaménagements constituent un véritable «patrimoine d’appropriation » qui a été remis en cause par les processus de normalisation des programmes de réhabilitation et les discours qui y sont associés. Ces programmes censés valoriser la cité sont plutôt perçus par les habitants comme une dégradation de leur habitat et de leur image, car il ne tiennent pas compte de leurs pratiques et leurs habitudes, de ce qui peut être nommé un « patrimoine d’usages » (Sabine Dupuy). En contrepoint, dans un grand ensemble de logements sociaux modernes des années 60, au Caire, les habitants devenus propriétaires, en procédant à des réaménagements et notamment à des extensions illicites, ont complètement transformé le style et la forme du bâti et ont pu se l’approprier (Bénédicte Florin). Ces micro-productions de la ville à travers des pratiques et des usages, ont également été décrites dans une autre séance à propos de l’espace public dans une ethnographie fine des vendeurs informels de la plage de Copacabana à Rio de Janeiro (Caterine Reginensi).
 

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 25 novembre 2011.

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