Historiographies des Lumières

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er, 3e et 5e vendredis du mois de 9 h à 11 h (salle 3, RdC, Bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 16 novembre 2012 au 7 juin 2013. La séance du 7 juin se déroulera en salle du conseil A (R -1, bât. Le France). Journées d'études les 20 et 21 juin (IPT, 83 bd Arago 75014 Paris)

Les Lumières constituent un objet privilégié pour une réflexion sur l’historiographie moderne. D’une part, les Lumières comme période historique mais aussi comme héritage philosophique, politique et culturel ont été sans cesse l’objet de récits, de tentatives de définitions, de controverses, qui les ont constituées en origine (revendiquées ou contestées) de la modernité occidentale. Pour autant, il n’existe pas de travaux synthétiques sur la façon dont les historiens, mais aussi des philosophes, des historiens de la littérature et de l’art, ont construit les Lumières comme catégorie centrale du grand récit historique et de l’auto-représentation des sociétés modernes. D’autre part, on peut considérer que les Lumières ont été la première période à se définir elle-même à travers un geste de réflexivité historique. Non seulement la philosophie de l’Auflklärung peut être considérée comme une « ontologie du présent » (M. Foucault), mais un des enjeux du « narrative of Enlightenment » (John Pocock) a été justement, de Voltaire à Edward Gibbon en passant par William Robertson, de produire un récit de l’histoire européenne, autour de la notion de civilisation, qui fait des Lumières à la fois le résultat d’un processus historique et une étape du développement historique des sociétés humaines.

Ce séminaire s'efforcera de privilégier une approche précisément contextualisée des débats intellectuels autour des Lumières. Outre le XVIIIe siècle lui-même, trois moments seront privilégiés dans l’histoire intellectuelle du XXe siècle : les années 1930, en faisant l’hypothèse que les grandes œuvres de Paul Hazard, Ernst Cassirer ou Carl Becker doivent se comprendre en lien avec la menace politique et culturelle des fascismes ; les années 1950, marquées à la fois par la relecture cosmopolite et humaniste des Lumières dans la lignée de l’héritage des résistances européennes, par la critique de la « dialectique négative » des Lumière (Adorno, Horkheimer), par le bouleversement des rapports politiques entre l’Occident et le reste du monde, à l’horizon d’un nouvel ordre culturel post-colonial, sous l’égide de l’UNESCO ; enfin les années 1980, marquées à la fois par la critique postcoloniale (E. Saïd notamment) et par un retour aux Lumières, incarné aussi bien par J. Habermas que par le dernier Foucault.

Ce séminaire est accessible sur la plateforme d'enseignement de l'Environnement numérique de travail de l'EHESS :

16 novembre 2012 : Introduction générale : Lumières et modernité

30 novembre 2012 : Antoine Lilti, L’Europe objet d’histoire : l’Essai sur les Mœurs de Voltaire.

7 décembre 2012 : Pierre Briant, Alexandre au prisme des Lumières (autour de son livre Alexandre des Lumières, Gallimard, 2012)

21 décembre 2012 : Silvia Sebastiani, Lumières atlantiques : Samuel Stanhope Smith et la science de l’homme

18 janvier 2013 : Stéphane Van Damme, Inscrire, localiser ou globaliser ? Les échelles de la question antiquaire au siècle des Lumières.

1er février 2013 : Catarina Madera Santos et Silvia Sebastiani, Écritures créoles de l’histoire: de l’Angola au Mexique des Lumières

15 février 2013 : Olivier Remaud, Michel Foucault et les Lumières : l’ontologie du présent.

1er mars 2013 : Antoine Lilti, Michel Foucault et les Lumières : le courage de la vérité ?

29 mars 2013 : John Robertson, The Enlightenment : philosophers, historians and ‘modernity’

5 avril 2013 : John Robertson, Sacred History and ‘sociability’ through the Enlightenment : from Giambattista Vico to Francesco Mario Pagano

19 avril 2013 : Tony La Vopa, Gendered Enlightenment

17 mai 2013 : Edoardo Tortarolo, Lumières et socialisme dans la crise des années 1930: Franco Venturi

7 juin 2013 : Présentation des travaux d’étudiants et discussion collective

20-21 juin 2013 : Quels usages publics des Lumières ? Atelier international de recherches sur les usages publics du passé (Amphithéâtre, Institut protestant de théologie, 83 bd Arago 75014 Paris)

Mots-clés : Histoire, Historiographie, Savoirs,

Aires culturelles : Atlantiques (mondes), Europe,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulés généraux :

  • Antoine Lilti- Histoire et historicité des Lumières
  • Silvia Sebastiani- L’Atlantique des Lumières. Race, genre, histoire
  • Renseignements : sur rendez-vous par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

    Réception : sur rendez-vous.

    Niveau requis : séminaire ouvert aux étudiants de master, aux doctorants et aux auditeurs libres.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : antoine.lilti(at)ehess.fr, silvia.sebastiani(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Le séminaire a porté sur les historiographies des Lumières, dans les deux sens où l’expression peut être entendue, c’est-à-dire à la fois sur l’écriture de l’histoire au siècle des Lumières et sur la construction historiographique de la catégorie « Lumières » depuis le XIXe siècle. La première direction nous a conduits à insister, à la suite de Arnaldo Momigliano, John Pocock et Reinhart Koselleck, sur l’importance que revêt l’histoire comme discipline savante et comme enjeu politique dans les configurations intellectuelles du XVIIIe siècle. On a ainsi suivi les débats américains sur l’histoire naturelle de l’homme à la fin du XVIIIe siècle, les efforts de Voltaire pour fonder une histoire universelle des mœurs, ceux des historiographes portugais et brésiliens pour écrire une histoire de l’Angola, avec Catarina Madera Santos ; on a abordé les échelles de la question antiquaire au siècle des Lumières, avec Stéphane Van Damme, celles liées à une conceptualisation des femmes, entre Thomas, Diderot, et madame d’Épinay, avec Tony La Vopa, ou encore, en compagnie de Pierre Briant, les enjeux impériaux de l’histoire d’Alexandre le Grand.
    La seconde direction nous a menés vers les grandes interprétations modernes des Lumières. Une séance a notamment été consacrée, avec la participation de Edoardo Tortarolo, à Franco Venturi et aux enjeux politiques de son Jeunesse de Diderot, rédigé alors qu’il était en exil politique en France, durant l’entre-deux-guerres. Deux séances (dont une animée par Olivier Remaud) ont porté sur une relecture du texte de Michel Foucault « Qu’est-ce que les Lumières ? » (1984). Il s’agissait de comprendre l’apparente évolution de Foucault, depuis ses positions de critique du rationalisme moderne vers la revendication de l’héritage des Lumières, et de s’interroger sur la notion d’« ontologie du présent », associée par Foucault à la fois aux Lumières et à la modernité philosophique.
    La modernité a ainsi été un des mots-clés de cette année de séminaire. Notion centrale des sciences sociales depuis le début du XXe siècle, elle a subi depuis vingt ans de fortes critiques, venues notamment de la pensée postcoloniale. Il convient alors de revenir sur la façon dont les Lumières ont servi, de Max Weber à Jürgen Habermas, de récit des origines de la modernité occidentale, mais aussi, en amont, sur la façon dont les auteurs du XVIIIe siècle ont eux-mêmes utilisé l’histoire pour fonder leur propre sentiment de faire époque. L’hypothèse dégagée, qu’il faudra continuer à éprouver dans les années qui viennent, est que l’actualité des Lumières, c’est-à-dire leur capacité d’actualisation, ne tient pas tant à leur dimension rationnelle, universelle, anhistorique, mais au contraire à leur dimension historiciste, c’est-à-dire à l’invention d’une capacité d’autocritique réflexive liée à la pratique même de l’histoire.
    Le séminaire a enfin bénéficié de la présence de John Robertson, professeur à Cambridge, invité pour un mois à l’École, qui a proposé deux séances consacrées à l’historiographie philosophique des Lumières, l’une centrée sur les Lumières comme catégorie d’analyse, et l’autre sur la question, souvent marginalisée, de l’histoire sacrée.

    Publications
    Silvia Sebastiani

    • The Scottish Enlightenment. Race, Progress, and the Limits of Progress, New York, Palgrave-MacMillan, 2013 (traduction révisée du livre publié en italien par Il Mulino en 2008).
    • « William Robertson, entre l’Amérique et l’Inde : d’un nouveau monde sans histoire au berceau de la culture et du commerce », Purusartha, L’Inde des Lumières. Discours, histoire, savoirs (XVIIe-XIXe siècle), vol. 31, 2013, p. 41-71.
    • Dir. avec Giulia Calvi, « La querelle des corps. Acceptions et pratiques dans la formation des sociétés européennes », L’Atelier du Centre de recherches historiques, Revue électronique du CRH, n° 11, 2013. En ligne : http://acrh.revues.org/ 5207.
    • Avec Giulia Calvi, « La querelle des corps. Acceptions et pratiques dans la formation des sociétés européennes », Ibid., En ligne : http://acrh.revues.org/5211.
    • « L’orang-outang, l’esclave et l’humain : une querelle des corps en régime colonial », Ibid., En ligne : http://acrh.revues.org/5265.

    Antoine Lilti

    • « Rabelais est-il notre contemporain ? Histoire intellectuelle et herméneutique critique », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2012/5, n° 59-4bis, p. 65-84.
    • « Rousseau ou le piège de la célébrité », L’histoire, n° 382, décembre 2012, p. 64-75.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 29 mai 2013.

    EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25

    Crédits et mentions légales - Accessibilité - Flux RSS