Histoire des rythmes

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 9 h à 11 h (INHA, salle Walter Benjamin, 2 rue Vivienne 75002 Paris), du 9 novembre 2012 au 7 juin 2013. La séance du 9 novembre se tiendra exceptionnellement en salle Perrot (même adresse, 2e étage)

On poursuivra une ample réflexion sur les rythmes sociaux dans un "long Moyen Âge", en mobilisant de nombreux documents textuels, musicaux et iconographiques. Cette enquête se justifie par le fait que les rythmes jouent un rôle clef dans la construction, la mise en ordre et la reproduction du social. Ils conjurent le cahot comme, en musique, la cacophonie. C'est pourquoi toute perturbation rythmique est-elle ramenée à un rythme connu ou transformée en un rythme nouveau. En régissant les usages ordinaires du temps et de l'espace, les rythmes ont une forte fonction d'individuation personnelle et collective, comme le montra naguère Roland Barthes à propos de l' "idiorythmie" et du "vivre ensemble" et comme le confirment les rituels ecclésiastiques, civiques et princiers, les chants, les processions et la danse, l'organisation du travail, la périodisation de l'histoire universelle, la scansion des généalogies royales ou le déroulement des récits autobiographiques. Mais aucune de ces constructions rythmiques ne se fait sans décalages, tensions ni conflits : dans la vie sociale comme dans un pas de danse, le rythme n'est pas un état stable, mais une tension, un effort permanent pour entrer ou rester "dans le rythme". "Le rythme est par essence boiteux", écrit le philosophe Frédéric Bisson. Ainsi l'étude des rythmes dans l'histoire débouche sur l'étude des rythmes de l'histoire : les sociétés humaines ne connaissent pas d'évolution continue et synchrone de toutes leurs composantes, mais une échelle de temps diversifiés, d'ampleur inégale et non synchrones (Fernand Braudel). Et dans le faisceau des rythmes quotidiens s'observent, sous les apparences de la continuité et de la régularité, les "petites différences" où s'enclenche le devenir, le "passage transcodé d'un milieu dans un autre" (Gilles Deleuze et Félix Guattari). Pour explorer ce champ immense et riche d'innovations théoriques et interdisciplinaires, la parole sera également donnée à plusieurs moments de l'année à des chercheurs qui se préoccupent dans d'autres champs de la question des rythmes.

15 mars : Didier Méhu, Professeur à l'Université Laval, "La figuration graphique et ornementale de la dédicace de l’église dans les manuscrits liturgiques des Xe -XIe siècles"

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire annuel (48 h = 2 x 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulés généraux :

  • Jean-Claude Schmitt- Histoire des images et des systèmes de représentation dans l'Occident médiéval
  • Renseignements : GAHOM, bureau 530 (Nicole Gouiric), tél. : 01 49 54 23 00.

    Direction de travaux d'étudiants : groupe de travail des étudiants le mardi après-midi. Entretiens individuels sur rendez-vous.

    Réception : sur rendez-vous, EHESS, bureau 530, ou GAHOM/INHA, 2 rue Vivienne 75002 Paris.

    Niveau requis : la connaissance du latin est souhaitable.

    Site web : http://gahom.ehess.fr/

    Adresse(s) électronique(s) de contact : gahom(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Le séminaire a permis de poursuivre la réflexion engagée depuis plusieurs années sur la question des rythmes, posée à la fois sur un plan théorique et dans le cadre historique de la société et de la culture médiévales. Pascal Michon (Lycée Claude Monnet, Paris), qui a créé et anime le site en ligne Rhuthmos, a présenté ses dernières recherches intitulées « Rythmanalyses et rythmologie ». Pierre Sauvanet (Université Bordeaux Montaigne) a proposé une « Approche philosophique des phénomènes rythmiques » permettant de définir le rythme comme « une structure périodique en mouvement ». La pertinence de cette définition triple a pu être vérifiée à propos des rythmes de la langue au Moyen Âge : Marie Formarier (Université Jean-Moulin Lyon-3) a parlé de « La réception médiévale de la rythmique antique dans la poésie latine médiévale » et de « L’implication du rythme oratoire dans l’élaboration du récit exemplaire cistercien », tandis que Benoît Grévin (CNRS) a comparé « Les rythmes prosodiques latins et arabes entre le Ve et le XVe siècle ». Pour ma part, j’ai précisé la place importante de la question des rythmes dans la société, la culture et les sciences sociales depuis le XIXe siècle, avant de me pencher sur les rythmes fondamentaux de la nature et du corps au Moyen Âge, à travers les textes et les images. Comme l’a écrit Elias Canetti (Masse et puissance), « le rythme est d’abord un rythme des pieds ». Comment marchait-on au Moyen Âge ? La question rappelle celle que posait Marcel Mauss au début de son étude fondatrice sur « les techniques du corps ». Le récit autobiographique de Marjery Kempe relatant son voyage de Lynn à Dantzig (1433), avec ses moments d’accélération, ses pauses et ses détours improvisés, permet en partie d’y répondre. Le voyage (iter, peregrinatio) a au Moyen Âge une forte valeur symbolique, comme le montre le récit onirique et allégorique du Pélerinage de Vie Humaine de Guillaume de Digulleville (Heidelberg, Codex Palatinus 1969). Poursuivant l’enquête sur les rythmes corporels, on s’est aussi intéressé aux représentations de la danse au Moyen Âge, à propos notamment des images de la carole dans les manuscrits du Roman de la Rose et des peintures murales de la Danse macabre.
    Le séminaire a également permis d’entendre Lee Hye Min (Université Yonsei, Séoul), maître de conférences invitée à l’EHESS, sur « L’Antiquité dans les images du Speculum Historiale de Vincent de Beauvais », Didier Méhu (Université Laval, Québec) sur « Les images de la consécration de l’église », Pierre-Olivier Dittmar (GAHOM/EHESS) sur « Montrer/cacher : les modifications de la visibilité en contexte rituel à la fin du Moyen Âge ». Eckart Conrad Lutz (Université de Fribourg), directeur d’études invité à l’EHESS, a donné trois conférences : « Virgines et sponsae Christi. La formation des religieuses sur la voie vers l’au-delà. Le Speculum virginum, l’Hortus deliciarum et le Manuel d’un recteur et confesseur (XIIe-XVe siècle) », « Auteurs lettrés et princes à la recherche d’interprètes. De Raban Maur et Othon de Freising à Gervais de Tilbury », « Macrocosme et microcosme : savoir et sapience pour tout le monde. Un recueil de planches du XVe siècle (Washington, Library of Congress, Rosenwald Coll., ms. 4) ». J’ai également parlé de la fonction typologique des images du Speculum Humane Salvationis (Darmstadt, ULB, ms. 2505).
    Un voyage d’étude a permis aux auditeurs du séminaire d’étudier sur place la cathédrale de Senlis et le portail du Couronnement de la Vierge, l’église de Morienval et les voûtements du déambulatoire, et enfin les cryptes de Jouarre, où ont été discutées les dernières hypothèses sur leur datation.
    Enfin, le groupe d’indexation des images médiévales a réuni chaque semaine étudiants et chercheurs afin de poursuivre l’indexation iconographique suivant le Thesaurus des images médiévales en ligne (TIMEL) en collaboration avec le CESCM de l’Université de Poitiers.

    Publications
    • Avec P. Monnet, Autobiographies souveraines, Paris, Publications de la Sorbonne, 2012 (coll. « Histoire ancienne et médiévale », 113).
    • « Conclusion » de Formes dialogues dans la littérature exemplaire du Moyen Âge, Actes de colloque établis sous la dir. de M.-A. Polo de Beaulieu, Paris, Honoré Champion, 2012, p. 445-450.
    • « Revenir au Moyen Âge : entretien avec Jean-Claude Schmitt (réalisé par S. Audeguy) », dans Des fantômes, sous la dir. de S. Audeguy, La Nouvelle revue française, n° 602, octobre 2012, p. 52-61.
    • « Hildegarde de Bingen, vers 1098-1179 », « Charles IV de Bohème, 1316-1378 », dans Hommes et femmes du Moyen Âge, sous la dir. de J. Le Goff, Paris, Flammarion, 2012, p. 165-168 et p. 306-309.
    • « Images and the Work of Memory, with Special Reference to the Sixth-Century Mosaics of Ravenna, Italy », dans Memory and Commemoration in Medieval Culture, sous la dir. d’E. Brenner, M. Cohen et M. Franklin-Brown, Farnham/Burlington, Ashgate, 2013, p. 13-32.
    • « A primeira viagem de estado da história europeia : o imperador Carlos IV da Bohêmia em Paris, janeiro de 1378 », dans História Antiga e Medieval. Viagens e Viajantes : Cultura, Imaginário e Espacialidade, sous la dir. d’A. Zierer et A. Livia Bomfim Vieira, San Luis, 2012, p. 11-33.
    • « Le paradoxe des moines joueurs », dans Religiosus ludens. Das Spiel als kulturelles Phänomen in mittelalterlichen Klöstern und Orden, sous la dir. de Jörg Sonnag, Berlin, De Gruyter, 2013 (Arbeiten zur Kirchengeschichte, Bd 122), p. 5-9.
    • Figurer le Christ, des temps apostoliques à l’aube de la Renaissance. Introduction par Jean-Claude Schmitt, Religions & Histoire, n° 51, juillet-août 2013.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 30 mai 2013.

    EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25

    Crédits et mentions légales - Accessibilité - Flux RSS