La recherche aéronautique, XIXe-XXe siècles

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e vendredi du mois de 9 h à 11 h (salle 2, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 9 novembre 2012 au 14 juin 2013

Pour la seconde année de ce séminaire, nous continuerons la construction d'un champs d'étude large de l'aéronautique qui envisage ttoutes les productions autour des savoirs techniques et scientifiques de l'air depuis le XIXe siècle,articulant des domaines traités ordinairement séparément (aérostats, dirigeables, avions, satellites). Nous nous attacherons notamment à l'émergence de l'aérodynamique ainsi qu'aux technologies et stratégies politiques ouvertes par la maîtrise de l'air et la territorialisation progressive de l'air et de l'espace.

En nous focalisant particulièrement sur les acteurs et leurs pratiques, il s'agira d'aborder, premièrement la variété des mondes de l'invention mettant en évidence des parcours professionnels très différents où se côtoient ingénieurs, entrepreneurs et publicistes de la science mais aussi, deuxièmement on s'intéressera à l'émergence des entreprises et des réseaux de recherche nouveaux au XXe siècle ainsi qu'à la circulation des savoirs et des savoirs-faire, via la question de la mémoire des acteurs – à tous les niveaux de compétence.

 

9 novembre 2012 :

  • Les débuts des télécommunications par satellites : le rôle des ingénieurs français (1959-1969), Michel Guillou (Université Rennes 1).
Cette présentation se propose de rappeler les grandes étapes de l’investissement des ingénieurs français depuis les premières initiatives et réponses aux sollicitations américaines, en 1959, jusqu'à la mise en place d’un programme franco-allemand pour la réalisation d’un satellite (Symphonie), à la fin des années 1960. Il s’agissait de prendre une certaine autonomie vis-à-vis de la suprématie américaine dans une application spatiale stratégique en terme d’indépendance et porteuse d’ambitions financières rentables. Elle montre les interactions entre les différents acteurs, tant au niveau national qu’international, ainsi que la circulation des savoirs et savoir-faire. Ce développement fut, à l’origine, mené par les ingénieurs du Centre national d’études des télécommunications, puis à partir de 1962, il fallut prendre en compte la création du Centre national d’études spatiales (le CNES), parfois source de rivalités entre les deux organismes. Ces hommes, très fortement impliqués dans les instances internationales spécialisées, furent également à l’initiative de projets au niveau européens et même d’organisation comme la CETS, scellant les bases de l’Europe spatiale d’aujourd’hui et le noyau d’une industrie particulièrement dynamique et compétitive au niveau mondial.
  • Les enjeux géostratégiques des systèmes de géo-navigation, Walter Arnaud (ingénieur Télécommunications) 
Le GPS est actuellement le système de référence dans le domaine de la radionavigation par satellite. Son succès est lié à plusieurs facteurs, mais son usage civil et ses implications géopolitiques y ont contribué.
La catastrophe aérienne du vol sud-coréen KAL007 du 31 août 1987 a, officiellement, déclenché l’ouverture du système GPS au secteur civil, et en particulier au secteur de l’aviation civil. L’écart de route de l’appareil, abattu par un avion de combat soviétique, aura conduit à envisager toutes les solutions, et notamment l’accès au GPS, pour qu’une cette catastrophe ne se reproduise plus.
Dès lors, l’usage du GPS s’est étendu au secteur du commerce maritime et de la marine, dans des régions du monde très disputées. Les détroits d’Ormuz et de Malacca sont des exemples concrets de ces régions de haute tension pour lesquelles des écarts de navigation peuvent ou pourraient entraîner des conséquences diplomatiques ou militaires.

14 décembre 2012 : Les pionniers de l’aérodynamique : une intense compétition pour la maitrise des savoirs, Claudine Fontanon (EHESS/ Centre Alexandre Koyré)

& 11 janvier 2013 : Isabelle Sourbes-Verger (CNRS/Centre Alexandre Koyré), L'émergence des acteurs de la société civile dans la maîtrise de l'espace : de l'ingénieur au créateur d'entreprise, nouveaux profils et permanences

8 février 2013 :

  • L'entrepreneur d'inventions Clément Ader : quelle figure fondatrice pour l'aéronautique ?, Guillaume Carnino (UTC/Costech-CNRS/CRH).
  • La figure héroïque de Louis Blériot, Jean-François Belhoste (EPHE)

8 mars 2013Luc Robene (Université Rennes 2) La mise en réseaux des compétences scientifiques et techniques dans l’élaboration du savoir et de la culture aéronautiques au XIXe siècle : l'exemple de la Société Française de Navigation Aérienne (SFNA)
Résumé : Ebauché au milieu du 19e siècle par l’aéronaute et expérimentateur Dupuis-Delcourt, le projet d’une puissante société savante consacrée aux progrès de l’aéronautique, dotée de moyens pratiques et engagée dans des programmes expérimentaux, ne voit définitivement le jour en France qu’à la fin du Second Empire (au moment où se structure outre Manche la Royal Aeronautical Society). La Société Française de Navigation Aérienne (SFNA), fédérant les compétences de praticiens, de techniciens, « mécaniciens », d’ingénieurs, de publicistes, de savants, apparaît d’emblée traversée par des courants d’idées qui délimitent de manière concurrentielle les priorités expérimentales et posent de manières différentes la question du vol et des ses usages. La confluence entre tendances « dures » (la science « positive » au service de la patrie) et conceptions plus ouvertes quant à l’utilité des expériences aéronautiques ou bien les débats techniques qui touchent plus largement à l’opposition entre partisans de procédés différents (plus lourd ou moins lourd que l’air ; vol battu ou vol plané ; etc.) constituent quelques uns des terrains culturels, idéologiques, techniques, scientifiques, qui concourent ensemble à produire de manière contradictoire et parfois polémique de la connaissance et des représentations sur la connaissance.
La densité de l’œuvre pratique et savante de la SFNA ainsi que les modes de sociabilité (relations internes, liens avec la société civile et les pouvoirs publics, échanges avec les partenaires étrangers) qui participent à cette mise en réseau des compétence techniques et scientifiques sont appréhendés à partir de plusieurs sources parmi lesquelles figurent les archives de la société ainsi que la publication de l’organe principal qui en retranscrit l’actualité scientifique et expérimentale, le journal L’Aéronaute. Il devient alors possible d’entrevoir comment s’organise autour d’enjeux et de débats parfois passionnés, une « pensée du vol » qui participe grandement à l’élaboration de la culture aérienne au 19ème siècle.

12 avril 2013 : Isabelle Sourbes Verger (CNRS/ Centre Alexandre Koyré) "L'émergence des acteurs de la société civile dans la maîtrise de l'espace : de l'ingénieur au créateur d'entreprise, nouveaux profils et permanences"

14 juin 2013 : Daniel Seiffert (Université de Reims) pour la présentation de son ouvrage : « Productivité et savoirs faire. L’étonnante histoire d’Eurocopter »

 

Aires culturelles : Europe,

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire des sciences

Intitulés généraux :

  • Claudine Fontanon- Histoire des sciences appliquées, XVIIIe-XXe siècle
  • Renseignements : Claudine Fontanon tél. : 06 13 17 05 65, ou par courriel.

    Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous auprès de Claudine Fontanon.

    Réception : sur rendez-vous uniquement.

    Niveau requis : séminaire ouvert aux étudiants de master et à toute personne intéressée.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : claudine.fontanon(at)ehess.fr, marie.thebaud-sorger(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Notre séminaire, en codirection avec Marie Thébaud-Sorger (CRH/EHESS), s’inscrit dans le champ de l’histoire des savoirs – histoire des sciences et des techniques et de l’invention – à la croisée de nos deux domaines de préoccupations que sont l’histoire de la circulation des savoirs en mécanique appliquée et des communautés d’ingénieurs (Claudine Fontanon), et d’autre part une histoire globale et sociale de l’air commencée avec l’aérostation au xviiie siècle (Marie Thébaud-Sorger), et englobant de multiples dimensions y compris des aspects relatifs aux pratiques de l’espace, aux sensibilités et à l’imaginaire sur la longue durée. Tout au long de l’année, nous avons poursuivi la construction d’une histoire de l’aéronautique qui tend à élargir le champ d’une approche jusqu’ici essentiellement centrée sur l’histoire de l’industrie – l’histoire des d’avionneurs, des « objets » et des compagnies aériennes. En effet, nous nous sommes focalisées sur les liens entre les milieux de l’innovation, de la recherche fondamentale et appliquée, et sur la naissance à différentes périodes de contextes propices à l’expérimentation ou à une politique de recherche, en relation avec les développements entrepreneuriaux. Nous avons fait le choix de singulariser, à travers les interventions de chercheurs invités, des moments d’interface et d’émergence de nouveaux objets de recherche, afin de comparer périodes et pays, tant dans la seconde moitié du XIXe siècle (la première époque de l’aéronautique a de ce fait été largement explorée), qu’aux dernières décennies du XXe siècle. Ce faisant, ces mises en relations nous ont permis premièrement d’éclairer les processus de formation de ces milieux comme la naissance de politiques de recherche, mais aussi de mettre en lumière la question territoriale de l’espace aérien dans la construction de politiques industrielles et commerciales, relativement aux usages qui en sont fait, et les interactions possibles avec la société civile dans un domaine où le poids des investissements étatiques et militaires va croissant.
    En faisant le choix qu’il n’y ait ni enchaînement chronologique ni thématique, les problématiques se sont entrecroisées au fil des séances, permettant de souligner la multiplicité des milieux de l’innovation, afin, d’une part, de se dégager tout en l’interrogeant d’une approche historiographique marquée par l’action individuelle de l’inventeur, de l’entrepreneur et du sportif (en reprenant par exemple la comparaison des trajectoires entre Clément Ader, ingénieur de province, et de Louis Blériot le Centralien), et d’autre part, de veiller à restituer la variété et la densité des réseaux d’acteurs qui constituent à différentes époques les milieux de la recherche aéronautique. Ainsi, autour d’objets et de champs de recherches émergents tels que l’aérodynamique au début du XXe siècle ou les ondes et télécommunication longue distance dans les années 1950, différentes interventions ont permis de mettre en lumière des milieux hétérogènes de praticiens, amateurs, savants (et leur relation avec les milieux institutionnels comme l’Académie des sciences ou le Conservatoire national des arts et métiers) mais aussi des groupes professionnels particuliers qui ont pu être mobilisés ou être amenés dans certains contextes à collaborer (tels les ingénieurs venus d’instituts et de formations différentes, participant à la mise en place des télécommunications). Le séminaire a permis de traiter des aspects liés à la circulation des savoirs tant entre espaces intellectuels différents, qu’entre espaces géographiques et politiques (par exemple la dissémination du savoir-faire allemand après la Deuxième Guerre mondiale sur le développement des lanceurs à la fois russe et américain dans le contexte de la Guerre froide). Nous avons particulièrement exploré l’analyse des conditions de développement de telle ou telle technologie en un moment donné relativement, non seulement aux savoir-faire et aux compétences, mais aussi aux ressources institutionnelles et financières mobilisables et leur rapport de dépendance (ou non) à la configuration des opinions, des politiques, et la construction possible de marchés civil ou militaire.
    L’attention portée dans plusieurs communications aux processus de médiations s’est avérée essentielle, ainsi tant les formes concrètes de l’expérimentation, mais aussi leur diffusion (démonstrateurs, signal, lancement, expériences publiques), comme la médiatisation d’événements catastrophiques (tel l’accident d’avion sur le développement de la technologie GPS). La construction des marchés aéronautiques dépend des contextes de collaborations et de mise en place de politiques industrielles mais aussi de cultures commerciales, comme du rôle possible que la société civile entrevoit de ces usages, comme les besoins de navigation intérieure ou transcontinentale, mais où est posée néanmoins la question de l’appropriation de l’espace aérien et de sa régulation. C’est un espace très fragmenté, lieu d’intenses conflits : le survol du territoire posant des questions de droits et de frontières (délimitation des couloirs aériens) comme de la pertinence des usages des technologies qui ne sont pas sans débats (géo navigation, drones), et conduit à envisager la matérialité géographique de cet espace en poursuivant l’articulation des dimensions aéronautiques, spatiales, et de télécommunications.

    Publication

    • « Les congrès internationaux d’aéronautique (1889-1913). Une confrontation des savoirs à l’échelon européen », Les expositions universelles en France au XIXe siècle. Techniques, publics, patrimoines, sous la dir de A. L. Carré, M. S. Corcy, C. Demeulenaere-Douyère et L. Hilaire-Pérez, Paris, CNRS éditions, 2012, p. 169-180.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 10 juin 2013.

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