Du développement à l’aide humanitaire et internationale. Anthropologie d’une reconfiguration politique (2e année)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e mercredis du mois de 11 h à 13 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 14 novembre 2012 au 12 juin 2013. La séance du 22 mai est reportée au 29 mai (même heure, même salle)

Constatant l'entrée en force des études sur l'aide humanitaire dans le champ de l'anthropologie, on se proposera d'abord d'en prendre plus précisément la mesure en se livrant, dans le même esprit du séminaire des deux années précédentes, à la mise au jour des filiations intellectuelles qui ont façonné leurs domaines plus particuliers d'investigation. Mais ensuite on s'interrogera sur la façon dont l'aide humanitaire s'est peu à peu substituée à ce qui était auparavant appelé développement, que l'anthropologie avait su prendre pour objet, ainsi que sur le contexte plus général dans lequel cette aide se déploie, qui met en jeu institutions internationales, ONG et acteurs locaux, mais qui oblige du même coup la discipline à redevenir plus directement politique pour saisir, au-delà des rhétoriques officielles, la nature des rapports entre les uns et les autres.

14 novembre 2012 : Séance introductive par Laetitia Atlani-Duault et Jean-Pierre Dozon

28 novembre 2012 : Nils Graber (EHESS), Le soutien d'une ONG Suisse au système de santé cubain : affronter l'embargo et renforcer la santé publique

12 décembre 2012 : Jean-Pierre Olivier de Sardan, directeur de recherche émérite, CNRS, « L’aide humanitaire comme objet de la socio-anthropologie des actions publiques (avec un détour par les modes de gouvernance, les rentes, et les normes pratiques) »

9 janvier 2013 : Johanna Siméant, professeur, Université Paris 1 « Advocacy : Un mot, et un peu plus qu’un mot. Sur la diffusion internationale d’un impératif de conformation de la société civile »

23 janvier 2013 : Magali Chelpi, Université d’Amsterdam, « Réflexion sur le phénomène milicien de l’ouest ivoirien : vigilantisme, évolution du rapport à l’État, rapports avec le dispositif d’intervention postconflit en appui à la démilitarisation des civils »

13 février 2013 : Laurence Kotobi, Université de Bordeaux II “La République Islamique d'Iran et ses séïsmes: jeux et enjeux humanitaires avec l'occident”

27 février 2013 : Marc Poncelet, Université de Liège “Un appui  interdisciplinaire des sciences sociales  à la coopération : retour sur une expérience. Le cas de la sécurité alimentaire en RDC et au Niger.”

13 mars 2013 : Rony Brauman, professeur à Science Po "L’action humanitaire : question de principes ?"

27 mars 2013 : Estelle D’Halluin, maître de conférences à l’Université de Nantes "Gestion humanitaire et épreuves de justice locale dans le gouvernement contemporain des demandeurs d'asile en France."

10 avril 2013 : Marc Le Pape, CNRS "Démarches humanitaires face à des "urgences chroniques". Études de cas."

24 avril 2013 : Magali Chelpi, Université d’Amsterdam « Réflexion sur le phénomène milicien de l’ouest ivoirien : Vigilantisme, Évolution du rapport à l’État, Rapports avec le dispositif d’intervention postconflit en appui à la démilitarisation des civils »

29 mai 2013 : Dominique Somda, post-doc, CNRS/LESC, "Le genre du progrès. Christianisme et développement au féminin dans le sud de Madagascar".

Mots-clés : Développement, Santé,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

  • Jean-Pierre Dozon- Médiations théoriques et pratiques de l’anthropologie
  • Renseignements : Élisabeth Dubois, tél. : 01 53 63 56 50.

    Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous uniquement.

    Réception : Élisabeth Dubois, courriel : eldubois(at)ehess.fr.

    Niveau requis : master 1.

    Site web : http://ceaf.ehess.fr/

    Adresse(s) électronique(s) de contact : dozon(at)ehess.fr, laetitia.atlani-duault(at)ird.fr

    Compte rendu

    Le séminaire, prolongeant la thématique largement entamée l’an dernier, Lætitia Atlani-Duault et Jean-Pierre Dozon en ont d’abord rappelé les principaux attendus, à savoir que l’aide humanitaire tend à se substituer, sur les plans tout à la fois pratique et idéologique, à l’aide au développement et qu’il convient d’en appréhender plus précisément les dispositifs, les rhétoriques et les effets politiques. Comme ceux qui étaient intervenus en 2011-2012, leurs invités les ont amplement aidés à avancer dans cette voie.
    Niels Graber, doctorant à l’EHESS, a montré comment une ONG suisse, animée par d’anciens militants communistes, a œuvré pour que Cuba conserve sa place d’acteur sanitaire global en contournant l’embargo dont il faisait l’objet.
    Jean-Pierre Olivier de Sardan, directeur de recherche émérite au CNRS, a indiqué qu’aujourd’hui l’aide humanitaire doit s’étudier comme l’aide au développement. À l’instar de cette dernière, elle dispense des biens et des services, mais pour justifier ses interventions, elle est amenée, comme ce fut le cas au Niger, à brandir l’idée, pas toujours bien fondée, d’une crise alimentaire.
    Johanna Siméant, professeur à l’Université Panthéon-Sorbonne, a traité de la façon dont l’aide humanitaire, portée par des ONG, participe d’une fragmentation des politiques publiques et a particulièrement souligné le fait que cette fragmentation s’effectue par le biais de l’advocacy, c’est-à-dire par une capacité de mobilisation, discursive et juridique, allant souvent du Nord vers le Sud, autour de causes spécifiques.
    Laurence Kotobi, maître de conférences à l’Université Bordeaux Segalen, a montré comment la République islamique d’Iran qui a connu plusieurs séismes, mais qui a également accueilli quantité de populations réfugiées, notamment d’Afghanistan, n’a cessé de faire de l’humanitaire un instrument de concurrence et de défiance vis-à-vis de l’Occident.
    Marc Poncelet, professeur à l’Université de Liège est revenu sur la manière dont les sciences sociales en Belgique sont intervenues dans le domaine de la coopération avec l’Afrique, comment en particulier elles ont produit une ingénierie institutionnelle dans le domaine de la sécurité alimentaire au Niger et en RDC.
    Rony Brauman, professeur à l’Institut de sciences politiques et cofondateur de MSF, tout en rappelant les grands « principes « » sur lesquels se fonde l’aide humanitaire, a indiqué comment l’urgence qui la commande participe largement de la temporalité ambiante, à savoir le présentisme, et comment cette urgence tend de plus en plus à se transformer en urgence durable ou chronique.
    Estelle D’halluin, maître de conférences à l’Université de Nantes, après avoir parlé du mode différentiel de traitement des réfugiés au Nord et au Sud, a traité de la manière dont les associations, en France, de défense des demandeurs de droits d’asile sont amenées à être productrices de normes et à distinguer les légitimes et les illégitimes.
    Marc Le Pape, chargé de recherche au CNRS, à propos de MSF, a rappelé les trois types de populations cibles qui fondent son action, relevant tous d’une configuration médicale et urgentiste. Mais à l’appui d’étude de cas africains, il a montré comment cette logique de mandats a laissé souvent place à une logique de besoins, c’est-à-dire à des interventions qui, se justifiant d’urgences chroniques, relèvent d’actions de développement.
    Enfin Magali Chelpi, enseignante à l’Université d’Amsterdam, a traité, dans le contexte de la longue crise ivoirienne, particulièrement marquée par le phénomène milicien, de la façon dont les programmes de démilitarisation orchestrés par les Nations-Unies et pris en charge par des ONG humanitaires, ont été bien peu en mesure de répondre aux attentes et aux tactiques des acteurs concernés.

    Publications

    • « Régénérer la “race noire”, régénérer la nation française. Les jeux de miroir de l’imperium français en Afrique », conférence plénière au colloque international « The black body in the West. Représentations du corps noir en Occident » 17-20 janvier 2013, Paris.
    • « Les processus de prolifération religieuse dans les sphères publiques africaines », communication au colloque international, « Laïcité, laïcités, reconfiguration et nouveaux défis », 11-12 avril 2013, Paris.
    • « La fin des grands récits. Un diagnostic occidentalocentré », communication au colloque international (50e anniversaire de la FMSH) « Penser global », 15-17 mai 2013, Paris.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 22 mai 2013.

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