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3e jeudi du mois de 15 h à 17 h (salle 11, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 15 novembre 2012 au 20 juin 2013. La séance du 17 janvier est annulée
Aujourd’hui, poussée par une irréversible ouverture globale, l’anthropologie politique a été conduite à renouveler son espace de questionnement habituel. Y intégrant des questions et problématiques contemporaines, elle s'interroge en particulier sur les dynamiques mondiales qui induisent de nouveaux rapports à ce que l’on a coutume de subsumer sous le concept d’État, ainsi qu'à des formes de pouvoir émergentes et au recours aux appartenances identitaires exclusives, notamment celles fondées sur la race.
On présente souvent la globalisation comme un phénomène plutôt récent, où les prérogatives de l’État-nation sont minimisées face à des flux migratoires de personnes, capitaux et technologies qui contribuent tous à produire de nouveaux régimes de gouvernance. La globalisation provoquerait ainsi un déplacement du politique vers de nouveaux espaces tels que les institutions internationales ou les acteurs globaux privés, induisant une transformation qualitative des formes d’exercice du pouvoir.
Loin de contester une certaine réalité empirique, et après avoir consacré les séances de l'an dernier aux lectures que nous pouvons faire de dynamiques globales actuelles à partir de certains auteurs "classiques", Le séminaire du Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS) s’attachera cette année à ré-évaluer et ré-articuler cette opposition rapide entre « globalisation » et « État ». Il le fera en prenant ancrage dans un point de vue historique et théorique qui s'articule à une interrogation sur la notion de race, y compris dans son rapport à la colonisation et la formation d'anciens empires et État-nations européens.
Les autres séances aborderont plus directement la manière dont le politique se recompose à présent autour d’enjeux économiques, sociaux et environnementaux, de crises vécues à différentes échelles, de l'individuel au collectif, du transnational au national et au local, tant dans les lieux de sa visibilité accrue, que dans les marges où se recréent des espaces politiques. Le séminaire se veut ainsi le lieu d'un questionnement neuf dont l'issue n'est rien moins que la définition du monde contemporain qui se (ré-)invente sous nos yeux.
Programme :
15 novembre : Carole Reynaud-Paligot (Centre d'Histoire du XIXe siècle, Paris I-Paris IV & Université de New York à Paris) : Racialisation des identités nationales : Allemagne, France, Grande Bretagne.
Alors que le débat sur l’usage de la notion de « race » resurgit aujourd’hui au sein du champ politique, les sciences sociales, trop longtemps restées à l’écart d’un tel sujet en France, peuvent apporter leur contribution, en proposant des études socio-historiques qui permettent une meilleure compréhension des processus de racialisation. Par étude des processus de racialisation, nous entendons l’analyse de la construction et de la diffusion des catégories raciales dans une société donnée et dans un contexte historique spécifique, afin de comprendre ce qui a permis à ces catégorisations de devenir crédibles, d’être considérées comme « réelles », objectives, partagées par une grande partie de la population1. Dans cette entreprise de fabrication de catégories, les caractères mobilisés ont pu varier (le phénotype, les origines, des caractéristiques sociales et culturelles2), les acteurs ont été nombreux (les naturalistes, les anthropologistes, les historiens, l’État, les médias, etc.) et les usages politiques tout autant, car ces catégorisations ont pu servir à affirmer et conforter les identités nationales tout comme les dominations coloniales et impériales mais aussi à légitimer des pratiques ségrégationnistes, discriminatoires et parfois exterminatrices.
Discutante : Véronique Bénéï
20 décembre : Jean-Michel Servet (Professeur d'études du développement à IHEID Genève) : Les monnaies du lien. Discutante : Birgit Müller
Affirmer que les « monnaies primitives » sont un archaïsme peut être compris de deux façons. Soit elles sont un état premier et imparfait de nos propres usages monétaires supposés évolués. Soit elles sont l’expression d’une institution comparable aux langues et essentielle commune à l’ensemble des sociétés humaines. Ainsi comprises, ces monnaies peuvent nous éclairer pour repenser aujourd’hui l’institution monétaire de la société et contribuer à répondre aux impasses actuelles des formes actuelles dominantes de la finance. Inspirée notamment par l’œuvre de Karl Polanyi, faisant de la monnaie une institution universelle, cette interrogation actuelle sur la nature de la monnaie comme lien pose notamment la question de l’inaliénabilité de richesses communes et du partage ainsi que celle des limites de la figure du don pour comprendre la réciprocité. L’ambition de la réflexion est d’offrir des outils nouveaux pour la socioéconomie et de contribuer à la construction de l’économie solidaire comme issue théorique et pratique à la crise.
17 janvier : Frédéric Keck (Laboratoire d'Anthropologie Sociale, CNRS) : Ethnologie, droit et statistiques dans la famille Lévy-Bruhl. Discutant : à confirmer
21 février : François Vatin (Professeur à l’Université de Paris Ouest Nanterre) : L’espérance-monde. Essai sur l’idée de progrès à l’heure de la mondialisation. Discutant : Gérard Collomb
La notion de progrès est aujourd'hui bien décriée. On y voit les relents d'un « positivisme » ou d'un « scientisme » du XIXe siècle dépassés. Un tel point de vue n'est-il pas étroitement occidentalo-centré, alors des transformations géo-économiques d'une ampleur sans précédent se poursuivent à l'échelle du monde et que des masses d'êtres humains sont dans l'espérance d'accéder un jour au niveau de confort matériel atteint dans les régions du monde qui ont le plus tôt connu la « révolution industrielle ». Il ne s'agit pas de nier les enjeux écologiques et sociaux présents, mais de les situer dans le temps long de l'histoire de notre civilisation et dans l'espace complet de son développement, qui est aujourd'hui la planète.
Tel est l'objet de l'Espérance-Monde. Essais sur l'idée de progrès à l'heure de la mondialisation », paru en 2012 chez Albin Michel. À défaut de pouvoir embrasser en une séance de séminaire l'ensemble des thématiques évoquées dans l'ouvrage, j'aborderai la question par un retour sur les débats sur la division du travail et le machinisme, tel qu'il émerge au début du XIXe siècle et se répète, sans grand changement, tout au long des XIXe et XXe siècles. Un tel rappel montre que nos inquiétudes présentes ne sont pas nouvelles. Qu'une crainte récurrente sur les effets délétères de l'industrie et de l'économie de marché a accompagné toute l'histoire du développement de nos sociétés modernes.
21 mars : Riccardo Ciavolella, chargé de recherche CNRS - IIAC/LAIOS, Gramsci disputé en anthropologie politique et dans la théorie critique. De l’ethnographie des « nomades » aux mouvements sociaux actuels.
Face au caractère « post-politique » des formes d’exercice de pouvoir issues de la globalisation et des mouvements sociaux émergent de nouvelles manières de penser le changement social qui s’inspirent de modes d’organisation politiques « autres », différents, inédites. Parmi ces figures politiques de l’altérité « subalterne » les « nomades » deviennent une source d’inspiration utile pour penser cet « autre monde » que l’on annonce possible, un monde de l’immanence politique, de l’auto-représentation, de l’encastrement du pouvoir. L’imagination anthropologique, surtout dans son versant anarchiste (James C. Scott, David Graeber) s’est montrée propice à penser ces formes de la politique encastrées dans la société civile ; la théorie critique et les mouvements sociaux actuels sont activement à la recherche de nouvelles propositions anthropologiques sur le politique. Le glissement des structures sociales aux résistances et à l’agency, ainsi qu’aux formes d’expression politique « par le bas », est partiellement en relation avec la proximité de l’anthropologie politique avec les cultural, les subaltern et les postcolonial studies. La pensée d’Antonio Gramsci occupe une place centrale dans ce débat, à la fois dans l’anthropologie politique et dans la théorie critique et les mouvements sociaux, mais ses interprétations sont souvent contrastées : certains voient dans ses conceptions une théorie de l’hégémonie culturelle absolue de l’État sur la société ; d’autres considèrent Gramsci, au contraire, comme l’inspirateur d’une politique d’émancipation à partir des formes de résistance, des cultures populaires et des philosophies spontanées des subalternes dans le champ de la société civile. En référence à mes propres recherches sur l’ethnographie des formes de résistance chez des populations d’origine nomade en Afrique, cette présentation interroge le rapport actuel entre anthropologie et théorie critique et plus précisément sur les interprétations et usages que l’on fait des théories de Gramsci dans une période où s’exprime une nouvelle « renaissance » de l’auteur en France et à l’international.
18 avril : Christelle Taraud (Columbia University of New York in Paris) : Mixité sexuelle, prostitution et colonisation dans l’Algérie coloniale (1830-1962)
La question de la sexualité en situation coloniale a longtemps été sous-estimée par l’historiographie contemporaine. La présente communication se propose de l’éclairer via deux de ses aspects les plus problématiques : la mixité sexuelle et la prostitution (civile et militaire) et ce à partir de l’exemple de l’Algérie coloniale (1830-1962).
Biographie : Christelle Taraud est historienne, professeure d’histoire du Maghreb à NYU en France et membre du centre d’histoire du XIXe siècle (Paris 1/Paris 4). Elle est, par ailleurs, auteure de La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962, Paris, Payot, 2003 et 2009 ; et de « Amour interdit ». Prostitution, marginalité et colonialisme. Maghreb 1830-1962, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2012.
Discutant : Jean-Bernard Ouedraogo
16 mai : Naziha Aboubeker (Doctorante IIAC/LAIOS)
Discutant : Eduardo Rodriguez-Martin
La présente contribution est consacrée à la description d'un « monde de l'administration ». Elle s'intéresse, plus précisément, à l’activité de travail des fonctionnaires au guichet d’une préfecture, celle de ceux que l’on a appelés à la suite de l’ouvrage de MichaelLipsky : les « street level bureaucrats », c’est-à-dire les travailleurs qui sont quotidiennement en contact avec le public. L’ensemble des matériaux recueillis se fonde sur une enquête ethnographique menée au sein de deux préfectures françaises selon la méthode dite de l’observation participante. Au cours de cette enquête des observations ont été mené à l'intérieur de trois services administratifs : ceux de la Réglementation (il est composé du bureau en charge de délivrer des permis de conduire et du bureau des cartes grises) et celui en charge des Étrangers (premières demandes d'admission au séjour, renouvellement de cartes de séjours et dépôt des demandes d'asile). En suivantl'activité de travail des « street level bureaucrats », l'auteure va s'appuyer sur les formes les plus ordinaires de la rencontre au guichet. Les analyses s'attachent à décrire les scènes auxquelles donnent lieu ces rencontres, et à mettre en lumière le travail d'enquête qui s'y élabore et le travail normatif qui s'y trouve ainsi déployé.
Sabrina Melenotte (Doctorante IIAC/LAIOS)
Discutant : Riccardo Ciavolella
20 juin : Keith Hart (University of Pretoria) (Open Anthropology Cooperative) : Globalisation et anthropologie politique de la finance.
Discutant : Riccardo Ciavolella
Mots-clés : Anthropologie, Coloniales (études), Genre, Politique, Savoirs, Sociologie,
Aires culturelles : Contemporain (anthropologie du, monde), Transnational/transfrontières,
Intitulés généraux :
Centre : IIAC-LAIOS - Laboratoire d’anthropologie des institutions et organisations sociales
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, par courriel.
Réception : sur rendez-vous, par courriel.
Niveau requis : master 1.
Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/laios/spip.php?article268
Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/laios/spip.php?article85
Adresse(s) électronique(s) de contact : v.benei(at)lse.ac.uk, jean-bernard.ouedraogo(at)ehess.fr
Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 15 mai 2013.
EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25