Anthropologie des sociétés post-esclavagistes. Études comparées à partir de la Caraïbe et des Amériques Noires. Figures de la soumission et de la subversion

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

3e lundi du mois de 9 h à 13 h (salle 1, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 19 novembre 2012 au 17 juin 2013

Ce séminaire s’intéresse à l’empreinte persistante de la colonisation esclavagiste sur les sociétés dont elle a provoqué la naissance ou affecté le devenir. Il s’est attaché, durant les dernières années, aux processus et aux conflits mémoriels actuels en liaison avec la prégnance et les limites des catégories servant à identifier les groupes et les individus, à la question des rapports de sexe et de genre liés à l’organisation familiale et enfin, dans une visée réflexive, aux représentations écrites et imagées de ces sociétés, qu’elles émanent de l’intérieur d’elles-mêmes ou de l’extérieur.

Au cours de l’année 2012-2013, le séminaire propose de d’examiner les figures sociales, politiques et symboliques de la soumission et de la subversion dans le contexte particulier des sociétés post-esclavagistes, non seulement à travers des usages contemporains de la mémoire de la soumission et de la résistance dans l’action politique mais aussi dans la persistance des stéréotypes et des représentations culturelles, soutenant ou subvertissant ces figures. De même, il s’intéressera aux divers statuts individuels et collectifs qui reconfigurent des formes de soumission ou de subversion liées à l’institution coloniale et esclavagiste. Il s’interrogera également sur l’accès à la propriété de la terre et sur sa signification quant à l’acceptation ou au refus de l’ordre foncier établi, ainsi que sur les mobilités et les migrations comme stratégies de résistance à la sujétion.
Il sera également attentif, afin de poursuivre la réflexion entamée l’an dernier, aux modes de renversement ou de subversion des hiérarchies par la mise en récit, et l’acte expressif créateur, musical ou plastique, représenté comme acte de résistance.

Séminaire inter-laboratoires de l'Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux (IRIS) et du Centre Norbert-Elias (CNE), avec le concours du Centre international de recherches sur les esclavages (CIRESC)

19 novembre 2012 : Introduction « L’évitement et la résistance »

  • Anne-Marie Losonczy : « Soumission et résistances » : pistes anthropologiques autour de l'« infra-politique »
  • Anath Ariel de Vidas : Autodénigrement et identification ethniques. La théorie teenek (Mexique) de la marginalité
21 janvier 2013 :
 
  • Patricia Birman : La violence des justes : médiations et rédemptions évangéliques
  • Véronique Rochais : Le choix des appartenances religieuses dans la quête de recomposition identitaire à la Martinique
18 février 2013 :
  • Dominique Vidal (Université Paris Diderot – URMIS) : Les bonnes et ceux qu'elles servent à Rio de Janeiro : survivance de l'esclavage ou problème de la société démocratique?
    L’emploi domestique est le premier emploi féminin au Brésil où les relations entre les bonnes et ceux qu’elles servent mettent en relation des groupes sociaux souvent séparés par des différences considérables. Il concerne principalement des femmes de milieux populaires, parmi lesquelles de nombreuses afro-descendantes. L’élargissement de l’accès au droit social des travailleurs domestiques après la promulgation de la Constitution fédérale de 1988, qui entend sceller l’instauration de la démocratie au Brésil, a pourtant considérablement modifié les relations que ces femmes entretiennent avec leurs employeurs dans les grandes villes, où elles peuvent les poursuivent devant la justice du travail en cas de non respect du droit. A partir d’une enquête menée entre 2001 et 2005 à Rio de Janeiro, on se propose de revenir sur quelques-uns des problèmes posés par l’étude de l’emploi domestique dans un ancien pays esclavagiste dans une période de changement sociopolitique. On se demandera comment analyser la domination au travail et les conflits auxquels elle donne lieu, en revenant en particulier sur la question du paternalisme et du maternalisme.
  • Maud Laëthier (IRD-URMIS) : Emploi domestique et travail identitaire. À partir de l’exemple des migrantes haïtiennes en Guyane
    Présents en Guyane depuis la fin des années soixante, les Haïtiens constituent aujourd’hui l’un des groupes de migrants les plus nombreux du département en même temps qu’ils figurent parmi les plus stigmatisés. Cette stigmatisation s’exprime à travers la récurrence de clichés dévalorisants. Parmi ceux-ci, certains mettent en scène une activité économique en tant qu’employés domestiques, qui concentre de nombreux migrants et migrantes. Après avoir présenté la situation migratoire des Haïtiens en Guyane, nous nous intéresserons aux représentations de soi dans le travail et à la conception des relations de domination au travail, à travers l’exemple des femmes employées domestiques. Nous retiendrons la manière dont elles se définissent à partir d’un ensemble de valeurs et de représentations, qui contribue à une reformulation de la stigmatisation dont leurs emplois sont marqués. Des qualités morales que les migrantes s’attribuent aux « caractéristiques culturelles » qu’elles prêtent aux membres des groupes qui les emploient, l’exposé du travail identitaire auquel elles se livrent éclairera la façon dont les hiérarchies, en relation avec ce type d’emploi, sont construites, contestées ou parfois légitimées. Nous verrons comment ces hiérarchies se déclinent au sein des relations individuelles et participent aussi à l’expression d’une appartenance à un collectif qu’il soit défini comme étant « national » ou « ethnique ». Enfin, nous nous arrêterons sur l’une des opérations de comparaison à laquelle procèdent les migrantes à propos des emplois domestiques exercés en Guyane et le fait d’« être bonne » en Haïti, que viendront aussi renseigner des données recueillies dans le contexte haïtien.

18 mars 2013 : Christine Chivallon et Gérard Collomb, Traitement muséographique de la soumission et des résistances à l’esclavage

  • Christine Chivallon (LAM, Les Afriques dans le Monde ; Sc.Po Bordeaux), Échapper à la banalisation mémorielle de l’esclavage et en subvertir les nouveaux dispositifs officiels. Quelques réflexions sur la Martinique
  • Gérard Collomb (IIAC-LAIOS ; CNRS/EHESS) La « mise en patrimoine » de la culture kali'na en Guyane : entre « préserver » et « donner à voir »

15 avril 2013 :

  • Véronique Boyer (CNRS-EHESS-Mondes Américains) « Invisibilité, assignation, subversion : La circulation des populations entre les catégories légales »
  • Odile Hoffmann (IRD-URMIS) « Instrumentalisation et "petits arrangements" : à propos des assignations et des catégories identitaires au Belize »

17 juin 2013 : Jean-Luc Bonniol et Myriam Cottias, Récits de soumission et résistance féminine

  • Entre résistance et soumission : récits mauriciens d’exil (Loys Masson, Marie-Thérèse Humbert)
  • Myriam Cottias (CIRESC- CNRS) Le bricolage d'un sujet colonial : Mayotte Capécia, "femme de couleur" (1915-1954)
 

Mots-clés : Anthropologie,

Aires culturelles : Afrique,

Intitulés généraux :

Centre : CNE - Centre Norbert-Elias

Adresse(s) électronique(s) de contact : suzanne.de-cheveigne(at)uni-amu.fr, alosonczy1956(at)gmail.com, bonniol(at)mmsh.univ-aix.fr, Hoffmann.odile(at)gmail.com, marie-jose.jolivet(at)ird.fr

Compte rendu

La réflexion a porté sur les figures sociales, politiques et symboliques de la soumission et de la subversion dans le contexte des sociétés post-esclavagistes, non seulement à travers des usages contemporains de la mémoire de la domination et de la résistance dans l’action politique mais aussi dans la persistance des stéréotypes et des représentations culturelles soutenant ou infléchissant ces figures. Par le prisme du concept de l’infrapolitique (Scott, 2000) nous avons interrogé des pratiques et des dispositifs conduisant à l’émergence de statuts individuels, de groupe ou de genre qui reconfigurent des formes de soumission ou de subversion liées à l’institution coloniale et esclavagiste. Nous avons examiné de nouvelles positions qui construisent ou légitiment les hiérarchies, notamment celles fondées sur l’accès et le contrôle des ressources, qu’elles soient matérielles – la terre, la production – ou immatérielles comme le pouvoir rituel ou discursif. Les interventions confirment la pertinence d’analyser certaines formes de mobilités et de migration, ainsi que des mises en récit, et des créations, musicales ou plastiques, comme stratégies infrapolitiques de résistance à la sujétion.

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 4 juin 2013.

EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25

Crédits et mentions légales - Accessibilité - Flux RSS