2012-2013

Les objets comme source : le cas des textiles

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 9 h à 11 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 1er mars au 7 juin 2013. La séance du 8 mars est annulée.

Les objets constituent une source particulière du fait de leur matérialité et du rôle qu’ils jouent et qu’ils ont joué dans de nombreuses sociétés. Objets de prestige comme objets du quotidien nous renseignent sur les pratiques et les idées mises en œuvre au cours de leur production et de leur participation à la vie sociale, économique, politique, et religieuse des sociétés. Du fait de leur omniprésence comme objet technique, objet d’art et de mise en scène et/ou de vêtement, les textiles sont riches en informations sur le présent comme sur le passé. Ils permettent de retisser l'histoire parfois sur la très longue durée en apportant des informations que les autres sources ne peuvent pas toujours fournir, quand elles existent.
Le séminaire sera cette année à deux voix qui tenteront de comparer méthodes et résultats élaborés dans des contextes différents autour de fibres textiles particulières : le coton en Afrique de l’Ouest, le coton et les poils de camélidés dans les Andes centrales et du Centre-Sud, la soie entre la Chine et l’Occident à la fin de l'Antiquité et au Moyen Âge.

Programme :

1er mars - Introduction à deux voix : « Pourquoi une anthropologie du textile aujourd’hui ? »

15 mars – Séance à deux voix : « L’habit fait le moine ? L’évidence visuelle »

22 mars Laurence Gérard-Marchant (chercheuse indépendante) et Christiane Klapisch- Zuber (EHESS) : « Une description des vêtements prohibés dans la Florence du XIVe siècle. Présentation de l’édition en cours du document la Prammatica florentine de 1343 »
Le document appelé la « Prammatica » de 1343 est un registre des Archives d’Etat de Florence où sont décrits (type de vêtement, étoffe, couleurs, décor etc.) plus de 3000 robes et autres vêtements, féminins dans leur immense majorité, théoriquement prohibés par les statuts somptuaires, et que les femmes pouvaient toutefois porter après avoir payé une taxe et fait apposer une marque sur le vêtement. Chaque personne demandant un tel laissez-passer pour un vêtement devait décliner son identité, ce qui permettra une analyse sociale très poussée des goûts et préférences, de la diffusion des modes, et des réseaux familiaux et sociaux que le port des vêtements laisse entrevoir.

  • Laurence Gérard-Marchant est chercheuse indépendante, Docteure de l’Université de Paris (thèse sur la Couleur au Moyen Âge, non publiée, sous la direction de Michel Pastoureau). Elle a publié : « Compter et nommer l'étoffe à Florence au Trecento (1343) », Médiévales 29, 1995, pp. 87-104, et « Orli, nastri e righe, passamanerie e tessitura nelle vesti fiorentine del trecento », Archivio Storico Italiano 603(1), 2005, pp. 133-157.
  • Christiane Klapisch-Zuber est Directrice d’études honoraire à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales où elle a enseigné l’histoire sociale, l’histoire de la famille et l’anthropologie historique de l’Italie médiévale. Elle a publié : Les maîtres du marbre. Carrare 1300-1600 (1969) ; Les Toscans et leurs familles: le catasto de 1427 (avec David Herlihy) (1978) ; La maison et le nom. Stratégies et rituels dans l’Italie de la Renaissance (1990) ; L’Ombre des ancêtres (2000) ; Retour à la cité. Les magnats de Florence 13401440 (2006). Elle a édité le t. II: Moyen Âge de l’Histoire des femmes en Occident, dirigée par Georges Duby et Michèle Perrot (1990) ; et coédité l’Histoire de la famille (1986). Elle est membre depuis sa création (1994) du comité de rédaction de la revue Clio. Histoire, femmes, sociétés.

29 mars - Malika Kraamer (New Walk Museum &Art Gallery, and De Montfort University, Leicester) : " Ewe kente between social-economic context, design history and technology »
Malika Kraamer parlera du Kente Ewe comme une source non seulement pour comprendre l’histoire de l’art, mais aussi pour examiner le contexte social et d’autres questions plus souvent abordés à partir des documents écrits et de l’histoire orale. Elle prendra comme exemple les tissus Kente du XIXe au XXIe siècle sous l’angle de deux questions principales :

  • comment combiner les sources matérielles, visuelles, et écrites avec les connaissances techniques locales pour écrire une histoire des textiles ?
  • comment les textiles en tant qu’objets matériels et mémoires de pratiques sociales peuvent-ils contribuer à une nouvelle lecture des sources écrites primaires, et à un élargissement des analyses économiques, sociales et anthropologiques des histoires de l’Afrique de l’Ouest et de ses relations avec le reste du monde ?

Malika Kraamer est actuellement conservateur au New Walk Museum &Art Gallery, et enseigne à l’Université de Leicester (UK). Elle a soutenu une thèse de doctorat en histoire l’art à Londres en 2005 : Colourful Changes : Two Hundred Years of Social and Design History in the Hand-woven Textiles of the Ewe-speaking Regions of Ghana and Togo (1800-2000). PhD thesis. School of Oriental and African Studies, University of London.
Parmi ses dernières publications : Two articles on Ghanaian Kente and African Printed Cloth. Fashion : The Whole Story. Thames and Hudson (à par. 2013) ; ‘Challenged past and the museum: the case of Ghanaian Kente’. In : The Thing about Museums : Objects and Experience, Representation and Contestation, Routledge (2011) ; ‘A Textile to Wear: Kente Cloth in Ghana’, ‘Worgagba and Atakpamevor’, and Super-Q, Aso Kente, and Nigerian Weave’. In : Gardi, B. (ed.) Woven Beauty. The Art of West African Textiles, Museum der Kulturen Basel, Basel : Christoph Merian Verlag: 161-181 (2009) ; ‘Weaving a Biblical Text : Ewe Textiles and Christianity’. Journal of Material Religion 5 (1): 34-49 (2009) ; ‘Origin disputed. The making, use and evaluation of Ghanaian textiles’. Afrique: Archéologie & Arts 4 : 53-76 (2006) ; ‘Ghanaian interweaving in the 19th century : a new perspective on Ewe and Asante textile history. African Arts 38(4) : 36-53, 93-94 (2006).

Elena Phipps nous présentera quatre conférences sur les colorants textiles, en particulier les cochenilles mexicaine et andine, et bien d'autres qui ont beaucoup voyagé autour du globe. Elena Phipps : Coloring the globe : textiles and dyes, trade and culture. Dr. Elena Phipps (PhD Columbia University, 1989) is an independent scholar and curator, and a former senior conservator at the Metropolitan Museum of Art (1977-2010).  She was the co-curator and author of the award-winning catalogue  The Colonial Andes : Tapestries and Silverwork  1430-1830. Her recent publications include Cochineal Red : the art history of a color (2010 Metropolitan Museum of Art and Yale University Press) and Looking at Textiles : a technical terminology  (2011, Getty Publications). She is currently a co-curator of the forthcoming exhibition The Interwoven Globe : textiles and trade 16th-18th centuries, at the Metropolitan Museum of Art (Fall 2013) and co-author of the exhibition catalogue.

5 avril - Elena Phipps, « Cochineal Red :  the art history and science of a color ». Focusing on one color – cochineal red – as it develops in importance within the Pre-Columbian culture of the Andes, examined in conjunction with scientific analysis of textiles in the Metropolitan Museum of Art, this seminar will trace its use around the world after the 16th century and the Spanish arrival to the America

12 avril - Elena Phipps : « Colors, Material and Materiality : Culture and meaning in textile traditions of the Americas ». This seminar will explore the meaning of the substance of color in its material and cultural aspects in Mexican and Andean cultures from archaeological to contemporary ethnographic contexts. We will examine the origins, use and meaning of color in ritual and daily life from garments to quipu, and discuss qualities such as brilliance and sheen and its transformation in colonial contexts in the Americas.

Dr. Elena Phipps (PhD Columbia University, 1989) is an independent scholar and curator, and a former senior conservator at the Metropolitan Museum of Art (1977-2010).  She was the co-curator and author of the award-winning catalogue  The Colonial Andes: Tapestries and Silverwork  1430-1830. Her recent publications include Cochineal Red: the art history of a color (2010 Metropolitan Museum of Art and Yale University Press) and Looking at Textiles: a technical terminology  (2011, Getty Publications).  She is currently a co-curator of the forthcoming exhibition The Interwoven Globe: textiles and trade 16th-18th centuries, at the Metropolitan Museum of Art (Fall 2013) and co-author of the exhibition catalogue.

19 avril - Marie Phliponeau, « Textiles et textes, liens anthropologiques et rapports historiques ». Les pièces tissées et les écrits partagent la même racine étymologique. Chaîne, trame, mots, phrases, la structure de ces deux artefacts est similaire. Peut-on envisager une correspondance d'un autre type permettant d'étudier les sociétés? Textiles et textes peuvent être des sources historiques complémentaires et des objets anthropologiques s'enrichissant mutuellement.

Les interventions d'Elena Phipps prévues les 19 et 26 avril sont reportées à des dates fixées ultérieurement. « Global Colors : World Dye Trade 16th-18th century ». This seminar will focus on the sources of dyes and colors and their movements around the world in the Early Modern Period of global trade--from Indian to Europe, the Americas to east and west--following the routes of trade and exchange.  The impact of these dyes and colors, including indigo, dyewoods, annatto, cochineal and others and their availability on the development of textile industries and production in this period will be.  « Global Textiles : Asia, the Americas and the Iberian world in the 16th-18th century ». This seminar will look at the evolution of aesthetic and technical components of textiles that developed through the complex relationships resulting from trade and exchange in the context of colonial societies. It will specifically examine the interchange between the Iberian trade routes between Asia and the Americas.

26 avril : Sophie Desrosiers "Complémentarités textiles dans les Andes préhispaniques (Ier millénaire avant notre ère)"

Cette séance est la suite de celle qui a été présentée vendredi dernier : "Logiques sociales et pratiques textiles actuelles dans les Andes" en remplacement de "Textiles et textes" qui fera l'objet d'une séance en mai par Marie Phliponeau.

L'observation des pratiques textiles actuelles met en évidence l'emploi de logiques dualistes tout au long du tissage d'une pièce chez les Jalq'a de Bolivie et dans beaucoup d'autres communautés des hautes terres de Bolivie et du sud du Pérou. Une conséquence importante est l'obtention de tissus sans envers, avec un décor aux formes et couleurs symétriques sur les deux faces.
On verra à travers quelques exemples retrouvés sur la Côte Sud du Pérou comment les tissus préhispaniques conservent la mémoire de ces pratiques sans pour autant avoir toujours deux faces symétriques, et comment on peut reconstruire leur passé décomposé.

17 mai : Manisha Iyer, doctorante à Paris 1 (Centre d'histoire des techniques) "Les textiles patola (Inde) : de la patrimonialisation à la muséalisation"
Notre recherche porte sur la valorisation des textiles patola en Inde. Fabriqués dans la ville de Patan située dans l’état de Gujerat dans l’ouest de l’Inde, les textiles patola figurent parmi les plus anciens textiles indiens connus. Ces textiles en soie sont confectionnés suivant le procédé de double ikat où les fils de chaîne et de trame sont teints à réserve avant tissage. La particularité des textiles patola se manifeste dans la complexité du tissage au cours duquel il faut faire coïncider les parties teintes des fils de chaîne avec celles des fils de trame de sorte que les motifs apparaissent lors du tissage. Du fait de leur énorme succès commercial aux XVIIIe et XIXe siècles dans les pays de l’Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie, les patola ont beaucoup influencé les textiles produits dans cette région et ont fait vivre de nombreux artisans. A l’heure actuelle, il n’y a plus qu’une seule famille à pratiquer cette technique à Patan. On se trouve face à un risque imminent de disparition de cet art. Tout en prenant en compte les enjeux culturels de l’Inde, nous analyserons les différentes possibilités qui se présentent pour valoriser cet art textile.

24 mai : Marie Phliponeau : "La place des textiles dans les sociétés de tradition orale, au regard des enjeux de la recherche historique"
"Les sociétés ouest-africaines ont produit des écrits, au fil des siècles, mais ceux-ci sont peu exploités, difficilement accessibles, et rattachés à des pratiques scripturales spécifiques. Le travail de recherche historique doit donc aussi s'appuyer sur d'autres types de sources pour pouvoir reconstruire le passé de ces sociétés, notamment la tradition orale et les pièces textiles. Mais en quoi et comment ces derniers peuvent-ils être des sources historiques?"

31 mai : Diego Madi Dias (doctorant à l'EREA - Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne/CNRS),  "Un monde en strates superposées : aspects cognitifs de l'art textile chez les Kuna"
Chez les Kuna, un peuple autochtone de la côte atlantique du Panama, le monde est divisé en huit couches. Les femmes Kuna sont connues pour s'habiller avec des molas - panneaux multicolores composés de plusieurs couches de tissus qui, superposés et savamment découpés, produisent des dessins abstraits ou figuratifs. Le concept de dessin (narmakalet) apparaît sous différents aspects dans la vie quotidienne des Kuna. Dans la fabrication des molas et aussi dans le tissage des hamacs le même processus "donne à voir" un dessin tout en donnant naissance à un objet par la réduction des différentes couches dans une unique surface plane. Ma présentation aborde des questions de matérialité, d'image et de cognition - visant à démontrer comment l'art textile Kuna permet de comprendre une culture visuelle spécifique soutenue par la relation entre le visible et l'invisible.

7 juin (dernière séance) : Marie Phliponeau, "Textiles et textes, liens anthropologiques et rapports historiques"
Les pièces tissées et les écrits partagent la même racine étymologique. Chaîne, trame, mots, phrases, la structure de ces deux artefacts est similaire. Peut-on envisager une correspondance d'un autre type permettant d'étudier les sociétés? Textiles et textes peuvent être des sources historiques complémentaires et des objets anthropologiques s'enrichissant mutuellement.

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire semestriel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire des techniques

Intitulés généraux :

  • Sophie Desrosiers- Textiles et sociétés
  • Renseignements : secrétariat du Centre de recherches historiques, 190-198 av de France 75244 Paris cedex 13.

    Direction de travaux d'étudiants : les vendredis après-midi sur rendez-vous.

    Réception : sur rendez-vous par courriel aux enseignantes.

    Niveau requis : master 1 ou diplôme. Pour un tutorat de master ou de diplôme, un projet écrit (5-6 pages) doit accompagner le dossier d'inscription. Envoi des dossiers à Sophie Desrosiers, EHESS-CRH, 190-198 av de France, 75244 Paris cedex 13, ou par courriel.

    Adresse(s) électronique(s) de contact : sophie.desrosiers(at)ehess.fr, mariephlip(at)hotmail.com

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 28 mai 2013.

    EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25