2012-2013

Surdité et langue des signes : analyseurs politiques, philosophiques et sociolinguistiques

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e lundis du mois de 19 h à 21 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2012 au 17 juin 2013. Pas de séance le 18 février 2013

Dans le prolongement du programme initié l’année dernière centré sur l’étude des conditions politiques, historiques et philosophiques d’émergence et d’installation du projet pédagogique de l’abbé de l’Épée (1712-1789), le séminaire de cette année s’attachera à étudier les déplacements produits au XIXe siècle sur le traitement de la surdité, des sourds et de la langue des signes. Jusqu’au XVIIIe siècle, la surdité jouait le rôle d’opérateur épistémologique interrogeant les fondements du langage, l’origine des connaissances et les frontières de l’humanité. L’enjeu pédagogique était que le sourd atteigne un univers symbolique centré sur la dimension signifiante du corps physique. Au XIXe siècle, l’entrée des médecins dans les institutions de sourds met en jeu une appréhension différente de la surdité. L’univers auquel le sourd doit dorénavant avoir accès n’est plus centré sur la dimension signifiante mais sur la dimension sonore du corps physique. L’enjeu initial de faire parler les sourds pour leur rendre une place parmi les hommes se déplace. Les discours pédagogique et médical réparateurs de la surdité font de la question du langage des sourds un problème d’ordre pathologique. Si l’humanité des sourds n’est plus en question, leur « anormalité » est à l’épreuve du pouvoir normalisateur de la médecine et des pratiques pédagogiques, pouvoir qui n’est pas resté sans effet sur les sujets qui en étaient la cible. Le pédagogue, le sourd et le médecin n’ont été ni totalement investis par la norme médicale réparatrice de la surdité, ni totalement désinvestis par elle. À des degrés divers, chacun a contribué à l’édifier et chacun a pu s’y opposer. Les deux grands discours qui ont organisé et organisent encore les savoirs concernant les sourds se mettent en place : le discours de la déficience, de nature médico-pédagogique, centré sur l’oreille défaillante et l’enseignement de la parole orale, et le discours socio-anthropologique de la différence, centré sur la langue des signes et la culture sourde. Le croisement qui se produit entre médecine et éducation dans les institutions de sourds au XIXe siècle rend solidaire les effets de la médecine de l’oreille et le processus de subjectivation des sourds. Ce séminaire s’attachera à étudier ce croisement ainsi qu’à analyser les modes de résistances et d’organisations collectives des sourds.

Dans une démarche interdisciplinaire, nous solliciterons des intervenants œuvrant sur les terrains de l’anthropologie du corps et de la santé, de l’histoire de la médecine, de la philosophie et de l’histoire, ainsi que les spécialistes de l’histoire de l’éducation des sourds.

5 novembre 2012 : Introduction par Alexis Karacostas et Andrea Benvenuto.
Thierry Gineste (psychiatre), Le DrJ.M.G. Itard, le sauvage de l'Aveyron et les débuts de la psychiatrie de l'enfant (titre provisoire)

19 novembre 2012 : Harlan Lane (professeur émérite, Université Northeastern, EUA, Autour de : The People of the Eye: Deaf Ethnicity and Ancestry (2011), H. Lane, R. Pillard, U. Hedberg (eds.), Oxford University Press

3 décembre 2012 : Alexis Karacostas, Hôpital La Salpêtrière, Paris. "Fragments de “glottophagie”. Ferdinand Berthier et la naissance du mouvement sourd en France."

17 décembre 2012 : François Legent (professeur, membre de l'Académie nationale de médecine), Les soins médicaux aux sourds-muets en France au XIXe siècle. Naissance de l'otologie moderne

7 janvier 2013 : Mathilde Villechevrolle (doctorante à l'Université Paris-Descartes), Le discours médical « oraliste » : principales étapes du débat scientifique sur les sourds au XIXe siècle

21 janvier 2013 : Rafael Mandressi, Centre Alexandre Koyré, CNRS-EHESS. "Médecine, sensibilité et sensorialité aux XVIIIe et XIXe siècles"

4 février 2013 : Didier Séguillon (Université Paris Ouest-Nanterre), De l’art de prévenir et de corriger à celui de faire entendre : l’éducation de l’écolier sourd dans la première moitié du XIXe siècle

4 mars 2013 : Florence Encrevé (professeur associée. Université Paris 8), La famille des sourds-muets (1830-1870)

18 mars 2013 : Sabine Arnaud, Max Planck Institute for the History of Science, Berlin. "La Surdité, une question de médecine ou de pédagogie? Pratiques, publications et réception du Docteur Alexandre-Louis-Paul Blanchet au 19e siècle"

15 avril 2013 : Andrea Benvenuto (chargée de mission à la MSSH, Université Paris 8), La naissance de la « nation sourde » au 19e siècle : les banquets des sourds-muets ou une reconfiguration de la scène en termes égalitaires

3 juin 2013 : Yann Cantin (doctorant en histoire. CRH-EHESS), L'activité artistique et militante des sourds dans la deuxième moitié du XIXe siècle

17 juin 2013 : Andrea Benvenuto (chargée de mission à la MSSH, Université Paris 8) et Christian Cuxac (Université Paris 8), La langue des signes entre « besoin physiologique du sourd-muet » et « interdiction ».
1880, Milan et les colloques d'enseignants et de médecins

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Intitulés généraux :

Centre : PPF PHS - Handicap et sciences sociales

Renseignements : par courriel.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous uniquement.

Réception : sur rendez-vous par courriel.

Niveau requis : ouvert à tous.

Adresse(s) électronique(s) de contact : Andrea.Benvenuto(at)ehess.fr

Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 12 avril 2013.

EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25