Les formes inégales de l’intégration sociale

  • Serge Paugam, directeur d'études à l'EHESS, directeur de recherche au CNRS (TH)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 9 h à 11 h (Campus Paris-Jourdan, salle 10, 48 bd Jourdan 75014 Paris), du 9 novembre 2012 au 14 juin 2013

En nous inscrivant dans le prolongement de l’analyse durkheimienne sur la solidarité et l’intégration sociale, nous tenterons d’analyser, à partir de comparaisons internationales, comment les différents types de liens sociaux – lien de filiation, lien de participation élective, lien de participation organique, lien de citoyenneté - s’entrecroisent en offrant aux individus les supports normatifs de la construction de leur identité, de leur attachement à différents groupes sociaux et, de façon plus générale, de leur participation à la vie sociale, économique et politique. Nous tenterons d’examiner tout d’abord comment les sociétés contemporaines, par leur système normatif, accordent un poids différencié aux différents types de liens sociaux pour faire face aux menaces de dégradation de la cohésion sociale et de disqualification de franges nombreuses de la population. Cette analyse nous conduira aussi, à partir d’enquêtes récentes, notamment en milieu urbain, à examiner comment les individus et les groupes se différencient, voire s’opposent, les uns des autres en mobilisant de façon inégale les liens qui les attachent aux structures sociales et à la société dans son ensemble.

Aires culturelles : Amérique du Nord, Amérique du Sud, Europe,

Suivi et validation pour le master : Hebdomadaire annuel (48 h = 2 x 6 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulés généraux :

  • Serge Paugam- Sociologie des inégalités et des ruptures sociales
  • Renseignements : séminaire ouvert aux étudiants des mentions indiquées plus haut.

    Direction de travaux d'étudiants : vendredi de 9 h à 11 h (séminaire principal hebdomadaire) et de 11 h à 13 h (séminaire méthodologique et direction des travaux) à partir du 9 novembre 2011.

    Réception : sur rendez-vous. Adresser un courriel ou une lettre à Serge Paugam, ERIS-CMH, 48 bd Jourdan 75014 Paris. Pour une direction de travaux, joindre un projet d'une dizaine de pages et un CV.

    Site web : http://www.serge-paugam.fr/

    Adresse(s) électronique(s) de contact : paugam(at)ehess.fr

    Compte rendu

    Les questions de l’intégration sociale, d’une part, et des inégalités sociales, d’autre part, renvoient à des paradigmes et des traditions sociologiques souvent considérés comme opposés. Les sociologues qui s’inscrivent dans la tradition de l’intégration sont sensibles à la question du lien social, ceux qui étudient les inégalités se fondent généralement sur une théorie de la stratification sociale et donc des divisions sociales. Les uns étudient ce qui fait société et permet la cohésion au-delà des différenciations sociales, tandis que les autres étudient ce qui divise les individus au-delà de leur commune appartenance à la société. D’emblée les objets d’étude sont différents. Toutefois, nous avons considéré dans ce séminaire qu’il est aujourd’hui nécessaire de rapprocher ces deux traditions. Nous sommes partis du constat que la remise en question au moins partielle des mécanismes traditionnels de l’intégration sociale fondée sur la force des grandes institutions de socialisation (la famille, l’école, l’emploi, les corps intermédiaires, les institutions républicaines) se traduit par de nouvelles inégalités sociales.
    L’objectif a été d’étudier les formes inégales de l’intégration sociale en partant des différents types de liens sociaux – lien de filiation, lien de participation élective, lien de participation organique, lien de citoyenneté. Les inégalités ont été appréhendées à partir d’une lecture à la fois de la fragilité intrinsèque de ces quatre types de liens sociaux et de la fragilisation poussée de leur entrecroisement. Nous avons tenté de démontrer que le moteur de l’inégalité se situe aujourd’hui non plus exclusivement entre groupes sociaux intégrés et rivaux dans la lutte pour le partage des bénéfices, mais dans les ratés du processus d’intégration sociale lui-même qui contribuent à hiérarchiser la population tout au long d’un continuum qui oppose deux pôles extrêmes : celui de la force cumulative des quatre types de liens sociaux qui prédispose à une intégration sociale stabilisée et celui de la faiblesse cumulative de ces liens, voire de la rupture de certains d’entre eux, qui se traduit par un déficit de protection et un déni de reconnaissance.
    Nous avons relu dans une perspective critique les travaux de Granovetter et des spécialistes des réseaux sociaux, mais aussi les travaux consacrés à ce que l’on appelle les « sociologies de l’individu ». Plusieurs intervenants ont également enrichi notre réflexion. Cécile Van de Velde, Jean-Marie Firdion, Maryse Marpsat, Jullien Billion, Aurélie Picot, Jules Naudet et Valentine Trépied ont étudié la fragilité et le risque de rupture du lien de filiation à partir d’exemples de groupes sociaux particuliers (jeunes chômeurs, sans-abri, parents d’enfants placés, catégories en forte ascension sociale, personnes âgées dépendantes) et de pays différents (pays scandinaves, pays du sud de l’Europe, l’Inde et les États-Unis). Florence Maillochon, Bruno Cousin, Hannah Shilling ont présenté leurs recherches sur les formes du lien de participation élective en prenant en compte aussi bien les réseaux des classes supérieures et des classes moyennes que des classes populaires. Une attention particulière a été accordée aux liens électifs urbains. Dominique Méda, Antoine Valeyre, Natalia Briceno-Lagos et Anaïs Van Sull ont analysé les inégalités qui relèvent du lien de participation organique en analysant les formes de l’emploi précaire et le chômage. Et nous avons eu avec l’exposé de Laure Hadj une séance sur les inégalités en Nouvelle-Calédonie qui nous a permis d’interroger les limites du lien de citoyenneté dans ce contexte particulier. Étudier les inégalités à partir de la force et de la faiblesse des liens sociaux nous a ainsi conduits à enrichir le cadre analytique pour penser à la fois l’intégration et la stratification sociale.

    Publications

    • Le forme elementari della povertà, Bologna, Il Mulino, 2013.
    • Les formes élémentaires de la pauvreté, 3e édition mise à jour et complétée, Paris, PUF, « Le lien social », 2013.
    • Avec C. Giorgetti, en coll. B. Roullin, I. Bejarano, J. Ferreyrolles et L. Paugam, Des pauvres à la bibliothèque. Enquête au Centre Pompidou, Paris, PUF (coll. « Le lien social »), 2013.
    • « Les contradictions constitutives de la modernité », Sociologie, vol. 3, n° 4, 2012, p. 415-420 dans Dossier « Relectures de Raymond Aron, Les désillusions du progrès (1969) ».
    • « La mise à distance des pauvres dans l’espace public : cinq dimensions explicatives », Cahiers français, 2013, n° 376, p. 60-65.
    • « Les cycles de la solidarité envers les pauvres » dans L’avenir de la solidarité, sous la dir. de R. Castel et N. Duvoux, Paris, PUF, « La vie des idées », 2013, p. 23-41.

    Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 30 août 2012.

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