La Renaissance et les miroirs (II)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 17 h à 19 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 6 novembre 2008 au 15 janvier 2009 et du 19 mars 2009 au 18 juin 2009. La séance du 13 novembre se déroulera en salle 8. La séance du 8 janvier est annulée

Si le miroir est aux yeux des humanistes le lieu par excellence d’interrogation de la pensée, il est aussi pour les artistes le lieu par excellence du questionnement de la peinture. En 2008-2009 sera poursuivi le travail entrepris l’année précédente sur la 'spécularité' à la Renaissance et  sur l’ambivalence du miroir qui, allié à la connaissance, ne l’est pas moins à la séduction et à la tromperie.

Mots-clés : Arts, Culture, Image, Littérature, Visuel,

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations

Intitulé général : Histoire et critique de l'humanisme

Renseignements : Yves Hersant, EHESS, bureau 806, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 49 54 25 75 et par courriel.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, Yves Hersant, EHESS, bureau 806, 54 bd Raspail, 75006 Paris, tél. : 01 49 54 25 75 et par courriel.

Réception : sur rendez-vous, Yves Hersant, EHESS, bureau 806, 54 bd Raspail , 75006 Paris, tél. : 01 49 54 25 75 et par courriel.

Niveau requis : nécessité d'un projet de recherche écrit.

Adresse(s) électronique(s) de contact : hersant(at)ehess.fr

Compte rendu

Au cours du séminaire de l’année précédente, l’accent avait été mis sur la prodigieuse ambivalence du miroir : allié à la connaissance, il ne l’est pas moins à la séduction et à la tromperie. En 2008-2009 s’est poursuivi dans d’autres directions le travail sur l’ambiguïté de l’image spéculaire, qui entretient avec son référent une relation à la fois analogique et causale. Ainsi notre attention s’est-elle longuement portée sur le statut du reflet et sur ses transformations, tant sociales que scientifiques (ce qui a conduit, notamment, à examiner les conceptions de l’optique avant et après Kepler). Point de départ : l’idée chère à certains Renaissants selon laquelle le miroir est l’instrument d’une « magie » ; entre autres pouvoirs, il a celui de changer les choses en spectacles, les spectacles en choses, moi en l’autre et l’autre en moi. Point d’arrivée : le cartésianisme, qui exorcise les spectres spéculaires pour en faire des illusions. Les images perdent alors de leur puissance et la ressemblance n’est plus que le résultat d’une perception. Selon la brutale formule de Merleau-Ponty, « un cartésien ne se voit pas dans le miroir », il voit un mannequin et non une chair. Mais si la magie du miroir disparaît en même temps que l’épistémè de la ressemblance, l’importance conférée aux reflets n’en est nullement amoindrie : le XVIIe siècle valorise au contraire le « poli » et la clarté, tout en conférant aux miroirs un rôle social accru ; autant les moralistes s’en défient, autant les mondains en généralisent l’usage.
Une autre série de séminaires a porté sur le miroir comme « opérateur identitaire », plus précisément sur le lien étroit qui apparaît à la Renaissance entre la diffusion des miroirs et la valorisation du visage comme « affiche de l’identité ». étayée par quelques textes littéraires – le Songe de Poliphile, deux sonnets de Baldassarre Castiglione, les pages de Rabelais décrivant l’abbaye de Thélème, la fable de La Fontaine intitulée « L’homme et son image », magistralement commentée par Louis Marin –, l’enquête ne pouvait manquer de déboucher sur le paradoxe lacanien selon lequel, loin de précéder son image, le Moi en est le reflet.
En troisième lieu a été réexaminée la pratique des peintres, si nombreux à peindre des miroirs et à les ériger en idéal figuratif. Le terminus ad quem ne pouvait être ici que les Ménines de Velázquez ; nous en avons réexaminé l’interprétation par Foucault – selon qui cet énigmatique tableau manifeste l’essence de toute représentation –, en la contestant sur certains points grâce aux apports de Daniel Arasse, de Philippe Comar, de Michel Thévoz. Après un exposé de Sara Longo, les ultimes séances ont été consacrées au miroir noir (où l’on voit ce que l’on veut voir) et à la spécularité selon Giordano Bruno, pour qui l’univers est le miroir de la divinité, « immense simulacre, fait d’innombrable et d’infini ». Le dernier mot a été laissé à Athanase Kircher, qui présente l’homme comme un danseur parmi les miroirs.
En marge du séminaire, j’ai présenté des exposés à l’Académie des Sciences de Bucarest, à l’Université de Nantes, à l’Université de Syracuse. Sur des questions différentes, je suis intervenu aux universités de New York, Venise, Rome, Genève, Neuchâtel, Cosenza, ainsi qu’à l’École supérieure de commerce de Paris, à l’Académie de France à Rome et à l’Institut français de Sarrebruck.

Publications
• Avec Franco Maria Ricci, « Se perdre dans les bambous et se retrouver », dans Le Jardin comme labyrinthe du monde, sous la dir. de Hervé Brunon, Éditions Musée du Louvre/Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2008, p. 239-248.
• « La morale de la farce. Sur le Chandelier de Giordano Bruno », dans Pensée morale et genres littéraires, de Montaigne à Genet, sous la dir. de J.-C. Darmon et P. Desan, Paris, PUF, 2009, p. 19-30.
• « Le ventre du roi », dans Une traversée des savoirs. Mélanges offerts à Jackie Pigeaud, sous la dir. de P. Heuzé, Y. Hersant et E. Van der Schueren, Montréal, Presses universitaires de Laval, 2009.
• « Against Euroculture », dans An Identity for Europe. The Relevance of Multiculturalism in EU Construction, sous la dir. de Riva Kastoryano, New York, Palgrave Macmillan, 2009, p. 59-70.
• « Rally round the European Flag ? », The Monist, An International Journal of General Philosophical Inquiry, avril 2009, n° 92/2, p. 258-267.
• « Peinture et théâtre dans l’Italie renaissante », XIIe Entretiens de La Garenne Lemot, dans Les Arts. Quand ils se rencontrent, sous la dir. de J. Pigeaud, Rennes, PUR, 2009, p. 135-141.

Dernière modification de cette fiche : 11 février 2009.

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