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Mardi de 15 h à 17 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 18 novembre 2008 au 10 février 2009
Le séminaire se propose d’explorer la possibilité de prendre les savoirs des sciences de l’homme pour objet d’enquête ethnologique. Depuis une décennie, on voit se multiplier des projets d’ethnologie ou d’anthropologie des sciences, limités habituellement aux sciences exactes et naturelles, mais qui sont justiciables d’une extension aux sciences de l’homme, voire à l’ensemble des savoirs dans notre culture dont les métamorphoses récentes offrent de multiples exemples du métissage entre conceptions académiques et représentations non savantes. Au travers d’une série d’études de cas, portant sur l’anthropologie, la sociologie et l’histoire, je montrerai que les sciences de l’homme sont un lieu parmi d’autres d’une lente élaboration de nouvelles cosmologies qui exercent une influence considérable sur le monde contemporain.
Cet enseignement est ouvert aux étudiants du master.
Mots-clés : Anthropologie,
Aires culturelles : Europe,
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie des savoirs occidentaux
Renseignements : par courriel
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous
Site web : http:// http://las.ehess.fr/
Adresse(s) électronique(s) de contact : stoczkow(at)ehess.fr
Dans l’histoire de la culture occidentale, les sciences sociales constituent une innovation relativement récente : elles n’ont été institutionnalisées qu’à partir du milieu du xixe siècle. Les projets qui leur ont permis de gagner rapidement une légitimité comportaient un double objectif : d’une part, construire une connaissance objective du monde humain ; d’autre part, employer cette connaissance pour apporter au monde humain des améliorations radicales.
Ces deux ambitions ont été systématiquement tenues pour complémentaires et compatibles : la connaissance de l’homme et de la société devait être un moyen ; la transformation de l’homme et de la société en était la fin. Il s’agit là d’un pari fondateur des sciences sociales, responsable de la plupart des espoirs dont on a pu les investir. Pourtant, les présupposés et les implications de ce pari n’ont jamais été soumis à un examen approfondi. C’est à cette tâche que le séminaire a été consacré cette année : je me suis proposé d’analyser les conséquences de la double quête des sciences sociales qui aspirent simultanément à créer une connaissance empirique de la réalité humaine et à transformer profondément cette réalité.
Ma démonstration a été appuyée sur l’analyse d’un échantillon de quelques « grandes théories » qui ont vu le jour en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en France, entre le début et la fin du XXe siècle. Plusieurs auteurs, plusieurs styles, plusieurs contextes historiques et sociaux, et néanmoins une caractéristique commune : chacune de ces vastes synthèses théoriques veut offrir à la fois une explication globale de la chose humaine et un moyen d’amender profondément la condition humaine et la vie sociale.
À travers ces études de cas, je me suis efforcé de montrer que les projets d’une amélioration radicale du monde humain nécessitent, sur le plan conceptuel, que soient remplies deux conditions. Premièrement, ces projets ont besoin d’une axiologie, c’est-à-dire d’une théorie des valeurs. Celle-ci inclut, d’un côté, une représentation de valeurs négatives, à partir desquelles on définit les maux dont il conviendrait d’affranchir le monde humain, et de l’autre, une représentation de valeurs positives, employée pour concevoir l’état vers lequel il faudrait tendre. Deuxièmement, ces projets réformateurs tentent d’échafauder une ontologie, c’est-à-dire une théorie de l’être, destinée à tracer une frontière entre les propriétés essentielles – donc fatalement invariables – du réel, et ses propriétés accidentelles, dont on peut espérer la modification. Ces deux premières composantes, axiologique et ontologique, sont souvent accompagnées d’une étiologie, c’est-à-dire d’une théorie des origines, et forment ensemble de véritables cosmologiques, portant sur la forme, le contenu et la dynamique de l’univers qui abrite l’homme. L’analyse de mon échantillon de « grandes théories » a permis de mettre en relief une particularité importante des cosmologies qui y sont associées et qui occupent désormais une place dominante dans la tradition occidentale : elles tendent toutes à opérer une conjonction entre le métaphysique et le factuel, l’un et l’autre jugés nécessaires pour rendre les théories des sciences sociales à la fois crédibles et pertinentes aux yeux de nos contemporains. Et puisque cet échantillon couvrait tout un siècle, il était loisible de retracer – dans ce cadre chronologique – une évolution historique de nos représentations cosmologiques de l’homme et de la société.
Cependant, cette évolution fait apparaître non seulement des transformations, mais aussi des continuités. La plus insigne, qui a retenu particulièrement mon attention, était celle qui se manifeste à travers la récurrence d’une finalité matricielle de ces constructions cosmologico-empiriques. Les projets d’une transformation méliorative de la chose humaine, sous-jacents aux théories des sciences sociales, comportent souvent la promesse de l’abolition d’un mal quasi ontologique, tenu pour cause première de toutes les autres imperfections déplorables qui sont censées affecter la vie collective des humains. En cherchant à établir le diagnostic de ce mal primaire et en proposant les moyens de son abrogation, les théories des sciences sociales acquièrent une authentique dimension sotériologique. Il est important de comprendre dans quelle mesure cette ambition sotériologique peut affecter la solidité empirique des savoirs que les sciences sociales construisent.
La dernière séance du séminaire a été consacrée à la présentation, par les étudiants, de leurs propres analyses des présupposés cosmologiques discernables dans les Conventions de l’UNESCO portant sur la diversité génétique et culturelle de l’humanité.
En août 2008, j’ai été invité à donner une conférence plénière au dixième colloque de l’European Association of Social Anthropologists, qui s’est tenu à Ljubliana ; le texte de cette conférence a été publié l’année suivante dans la revue britannique Anthropology Today.
Publications
• Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss, Paris, Hermann, 2008, 343 p.
« UNESCO’s doctrine of human diversity. A secular soteriology ? », Anthropology Today, vol. 25, 3, 2009, p. 7-11.
• « Race et culture : une vision responsable de l’humanité », Pour la Science, dossier « Claude Lévi-Strauss », février-avril 2009, p. 70-71.
• « L’homme sauvage », entretien avec Bernadette Arnaud, Science et Avenir, juillet 2009, p. 82.
• « O mundo segundo Lévi-Strauss », O Globo, le 15 novembre 2008, p. 2.
• « Controverse sur la diversité culturelle », Sciences Humaines, hors série spécial n° 8, 2008, p. 49-52.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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