La formation des préférences esthétiques et artistiques

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mercredi de 15 h à 17 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 12 novembre 2008 au 27 mai 2009. Pas de séminaire le 28 janvier et les 4 et 25 février


- Après l’étude des modalités de l’attention en régime esthétique menée depuis trois années, le séminaire abordera cette année la question de la formation des préférences esthétiques et artistiques, donc la relation entre l’activité attentionnelle et l’orientation appréciative. En partant d’une analyse globale des relations entre cognition et émotion on s’attachera à décrire la spécificité de l’appréciation esthétique et artistique, à comprendre la relation causale qui la lie à l’activité attentionnelle et à étudier le rôle des biais susceptibles de l’infléchir soit en amont (au niveau de l’attention), soit en aval (au niveau de la formulation du jugement évaluatif). En cours de chemin on tentera d’élucider dans une perspective descriptive (et naturaliste) certaines questions qui n’ont cessé de préoccuper l’esthétique philosophique classique, notamment le rôle de la réaction hédoniste, la question du « subjectivisme » et du « relativisme » ou encore le problème du statut ontologique des propriétés esthétiques et artistiques.

- Comme l’année dernière, une séance par mois sera réservée au cycle de conférences « Les nouvelles figures de l’artiste universel » (dirigé parYolaine Escande et Denis Vidal) qui relève du GDRI « Anthropologie et histoire de l’art ».

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations

Intitulé général : Création artistique et relation esthétique : objets, cadres catégoriels et fonctions

Renseignements : Jean-Marie Schaeffer, Yolaine Escande et Denis Vidal (pour les séances "Nouvelles figures de l'artiste universel")

Direction de travaux d'étudiants : lundi, mardi et jeudi de 11 h 30 à 12 h 30

Réception : sur rendez-vous

Niveau requis : nécessité d'un projet de recherche écrit. Bonne connaissance de l'esthétique philosophique et de la philosophie de l'esprit.

Adresse(s) électronique(s) de contact : schaef(at)ehess.fr

Compte rendu

Après avoir étudié pendant les années précédentes la composante cognitive de l’expérience esthétique, nous avons travaillé cette année sur sa dimension appréciative. Après une analyse générale de la notion d’émotion telle qu’elle est étudiée actuellement dans le domaine de la psychologie des émotions, le séminaire s’est intéressé à la question plus spécifique du (dé-) plaisir – notion centrale dans l’esthétique classique (par exemple chez Kant). Le (dé-) plaisir est-il une émotion sui generis ou est-il une valence (positive ou négative) constitutive de toutes les émotions ? Un certain nombre d’arguments empiriques plaident pour la deuxième hypothèse. Le plaisir peut donc être décrit comme une valence (positive ou négative), prenant généralement (mais pas nécessairement) la forme d’une expérience vécue, et s’attachant à des affects mais aussi à des représentations cognitives.
Dans un deuxième moment, on a analysé la relation esthétique – définie comme attention cognitive régulée par son indice de satisfaction interne – dans le cadre de cette analyse des valences hédoniques. En prenant appui sur certains travaux psychologiques (notamment ceux de Kent Berridge et de Rolf Reber), on a élaboré un modèle descriptif de la relation esthétique conçue comme une boucle de feedback bidirectionnel qui s’établit entre l’attention portée à l’objet (par exemple une œuvre d’art) et le calculateur hédonique qui évalue la valence de cette relation attentionnelle. L’analyse critique de la théorie de la fluidité (fluency) perceptive et conceptuelle, qui est actuellement adoptée par beaucoup de théoriciens pour expliquer l’appréciation esthétique positive, a permis de montrer qu’à elle seule elle est incapable d’expliquer notre rapport esthétique aux œuvres d’art, dont certaines (et parmi les plus appréciées !) contreviennent aux règles de la fluence, et donc imposent au contraire une surcharge de travail à l’attention (ce qui est d’ailleurs conforme à l’hypothèse selon laquelle la signalisation artistique est une signalisation coûteuse). Certains travaux ont par ailleurs montré que l’attractivité de la fluency avait une condition limite : l’ennui. Cela suggère l’existence du deuxième facteur d’attractivité qui est la curiosité. En combinant les travaux sur la fluency et ceux sur la curiosité, on a élaboré un modèle tensionnel de l’appréciation esthétique, selon lequel elle est la résultante de deux valences contraires : la facilité (et donc la familiarité) d’un côté, la curiosité (donc la non-familiarité et par conséquent la difficulté) de l’autre.
Cette description psychologique, si elle permet de comprendre le processus de la relation esthétique conçue comme relation d’attention appréciative, ne nous apprend rien, ni sur les forces qui « étalonnent » le calculateur hédonique en amont de l’expérience, ni sur ceux qui, éventuellement, corrigent son output en faisant entrer en jeu d’autres facteurs d’évaluation. L’analyse de ces forces et de ces facteurs ne saurait plus être menée avec les outils de la psychologie mais uniquement avec ceux des sciences sociales.
Au cours de l’année, le séminaire a accueilli le professeur Ernest Lepore, philosophe de Rutgers University (USA) qui a assuré quatre séances consacrées à ses travaux actuels dans le domaine de la linguistique cognitive. Le professeur Rolf Reber, psychologue à l’Université de Bergen (Norvège) a donné une conférence sur la théorie de la « fluency ».

Publications
Théorie des signaux coûteux, esthétique et art, Tangence Éditeur, Québec, 2009.
La fin de la excepcion humana, Éditions Fondo de Cultura economica, Buenos Aires, 2009 (trad. espagnole de La fin de l’exception humaine, Gallimard, 2007).
• « Quelles valeurs cognitives pour quels arts », dans Ce que l’art nous apprend, sous la dir. de Sandrine Darsel et Roger Pouivet, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 6781.

Dernière modification de cette fiche : 24 février 2009.

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