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1er et 3e mardis du mois de 13 h à 15 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 4 novembre 2008 au 16 juin 2009. La séance du 3 mars est annulée
Le séminaire poursuivra, pour la seconde année, sa réflexion sur les possibilités d’émergence d’une anthropologie de la sexualité.
Si l’anthropologie fut en effet pionnière en la matière avec une série de travaux majeurs publiés dans l’immédiat avant-guerre — ceux de Bronislaw Malinowski (1930) ou de Margaret Mead (1928 et 1935) par exemple —, on ne peut que s’étonner de la discrétion dont elle fit montre par la suite sur cette question. En parcourant l’espace dégagé par la naissance de ce champ d’investigation fécond, nous n’y discernerons plus aujourd’hui que quelques friches éparses.
Cette déshérence, les manuels et autres chroniques retraçant l’histoire et l’actualité de la discipline en portent témoignage. L’Anthropologie de la sexualité n’y apparaît jamais comme domaine clairement identifié et « sanctuarisé », mais comme une question secondaire abordée dans une nébuleuse de recherches individuelles et sous couvert de questionnements jugés plus présentables : ceux du politique ou du religieux, de la parenté ou, dans le meilleur des cas, du genre. Même pour les successeurs les plus affirmés de la tradition durkheimienne et maussienne, la question est généralement reléguée à un agrégat de comportements idiosyncrasiques individuels : relevant de l’Ego, du sujet et de la sphère privée plutôt que des déterminants culturels ou sociaux que les ethnologues discernent partout ailleurs. L’anthropologie — si ce n’est pour répondre aux inquiétudes épidémiologiques liées aux IST — a ainsi concédé à la psychologie et à la psychanalyse un terrain qu’elle ne s’est plus guère essayée à reconquérir per se depuis lors.
Pourtant, comme le suggéraient déjà ces prolégomènes à une anthropologie de la sexualité publiés dans les années 30, moult indices témoignent du caractère social, global et culturellement déterminé tant des pratiques, des représentations que des expressions cognitives et phénoménologiques liées à cet objet. L’anthropologie a ainsi passé par pertes et profits un sujet qui ressort à l’évidence de son domaine de compétence, voire qui eût pu faire lien entre des champs largement explorés — ceux du corps et de la personne, du genre et de la parenté, etc.
S’emparer à nouveau de ces questions, ainsi que se le propose ce séminaire, et revendiquer la possibilité d’y adosser un discours véritablement anthropologique, c’est donc, certes, inscrire un « nouvel objet » sur les listes de la discipline, mais alors un objet pour lequel le qualificatif de « nouveau » ne renvoie pas à de l’artificiel ou du fashionable, mais bien plutôt à de l’évidence sinon à de l’inévitable.
Mots-clés : Anthropologie, Corps, Genre, Sexualité,
Aires culturelles : Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie de la parenté
Renseignements : barry(at)ehess.fr
Direction de travaux d'étudiants : Le vendredi toute la journée sur RDV.
Réception : barry(at)ehess.fr ; le vendredi sur RDV.
Adresse(s) électronique(s) de contact : barry(at)ehess.fr
La deuxième année du séminaire a été partiellement consacrée à des discussions avec les étudiants sur les mobilisations des personnels de la recherche et de l’enseignement, ce qui nous a conduits à faire quelques séminaires hors les murs et à exiger des étudiants des travaux écrits pour pouvoir valider sérieusement leur année. Nous nous sommes efforcés de thématiser la problématique inédite de l’anthropologie de la sexualité et de mieux délimiter son champ d’expertise. Nous avons ainsi, pour les besoins de l’analyse et par souci de clarification, distingué trois domaines d’études qui, parce qu’ils sont le plus souvent inextricablement imbriqués, sont trop généralement confondus.
Le domaine des pratiques, qui comprend l’étude des comportements individuels, mais aussi l’expression ou l’inhibition des affects, l’orientation sexuelle, etc. C’est, ordinairement, le terrain de prédilection de la sexologie, des sexual studies et de la sociologie. À titre d’exemple, nous avons invité Philippe Combessie, Professeur à l’Université Paris-Ouest-Nanterre, qui a traité du multipartenariat féminin ; une doctorante, Mélanie Gourarier, a exposé son travail sur les coachs en séduction ; Natacha Chetcuti, sociologue, a traité de la sexualité des lesbiennes et Maria Teixeira, anthropologue, de l’entrée en sexualité en Afrique urbaine contemporaine. Ces deux derniers exposés faisaient recours à la théorie des scripts sexuels de John Gagnon et William Simon et, à ce titre, auraient pu tout aussi bien figurer dans les deux autres rubriques.
Le domaine des codes, qui regroupe non seulement l’ensemble des normes individuelles et collectives (juridiques, morales ou institutionnelles), mais aussi de ce que nous appellerons les savoirs normés, ceux, liés à une époque ou à une culture particulière, qui font montre d’une réelle efficace sociale, d’un caractère immédiatement performatif : les différentes étapes, évoquées par Michel Foucauld, par Paul Veyne ou plus récemment par Robert Muchembled (dont Laurent Barry nous a présenté les thèses) ou par Jean-Claude Bologne sur l’histoire de la pudeur (exposés de Dolorès Pourette et Marie-Élisabeth Handman), de nos représentations occidentales du genre, dans son lien à la sexualité et surtout la manière dont ce lien codifie et oriente nos pratiques, fournissent un bel exemple de ce que nous entendons sous cette expression. Là où l’immixtion du droit, de l’État ou des Églises dans la sexualité concernera au premier chef le droit et la sociologie, celui des savoirs normés intéressera le plus souvent les gender studies ou l’histoire des mentalités. À ce volet se raccrochent les exposés de Dolorès Pourette sur l’ouvrage de Paola Tabet, La grande arnaque…, de Marie-Élisabeth Handman sur Simone de Beauvoir et la prostitution et de Chiara Calzalaio (doctorante) sur les femmes et le travail à Ciudad Juarez (Mexique).
Enfin, l’immense horizon des représentations qui s’étend du fantasme individuel à l’utopie collective et comprend l’ensemble des savoirs partagés qui n’ont pas (ou pas encore) le statut de codes ; qui n’interviennent pas directement dans la régulation des conduites mêmes s’ils participent indirectement à la formation des codes. L’imaginaire collectif qui évoque tantôt la sexualité de l’autre (dont Serge Tcherkézoff nous a présenté un bel exemple cette année en évoquant le mythe occidental de la sexualité polynésienne), tantôt une autre sexualité du soi (celle mise en scène et transfigurée par le mythe, le conte, le roman, ou le film, voire par nous-mêmes dans les « métavers » – ces espaces virtuels façon second life), ou encore la manière dont, selon les cultures, les acteurs affirment ou nient la réalité du lien entre sexualité et reproduction, sont trois représentants parmi bien d’autres de l’étrange et populeuse faune qui peuple ce continent des représentations. L’ethnosociologie (ou l’ethnobiologie), la littérature ou la psychanalyse furent, de longue date, les disciplines qui eurent à l’arpenter.
C’est ce vaste éventail d’institutions et de représentations liées à la sexualité humaine, étudiées jusqu’ici en ordre dispersé, que nous nous sommes efforcés de regrouper cette année derrière l’oriflamme d’une démarche analytique plus cohérente, en plaçant l’étude de la sexualité humaine sous un signe qui la caractérise mieux que tout autre, à savoir le fait de porter sur de l’humain, d’être d’abord et avant tout une anthropologie.
Publications
Laurent Barry
• La parenté, Paris, Gallimard (Folio Essais), 2008, 863 p.
• « Aux origines de la filiation », dans Origines de la vie Vertiges des origines, colloque Gypsy VIII, sous la dir. de René Frydman et Muriel Flis-Trèves, Paris, PUF, 2008, p. 57-107.
• « Qui sont nos enfants, où sont nos parents ? Aux origines de la génération », actes du XXe colloque Le monde-Le Mans, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009.
• « L’oubli des origines. L’amnésie généalogique en histoire et en ethnologie », Annales de démographie historique, écrit avec Michael Gasperoni, 2009.
Marie-Élisabeth Handman
• « L’anthropologue et le système sexe-genre », Connexions, 90, 2008, p. 77-85.
• Séminaire international organisé par la ville de Modène et la région Emilie-Romagne, le 31 mars 2009 : « Visibile o invisibile, di cosa si tratta ? Il fenomeno dello sfruttamento sessuale : confronto sui cambiamenti e le azioni di contrasto » : « Prostitution and Trafficking in France or hypocrisy, confusion and inefficiency ».
Dernière modification de cette fiche : 3 mars 2009.
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