Mémoire et écriture dans les débuts de l'Islam

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Lundi de 14 h à 16 h (IISMM, salle de réunion, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2008 au 25 mai 2009

Comment la culture religieuse de l’Islam a-t-elle donné naissance à une culture profane ? Comment l’une et l’autre sont-elles devenues littérature, alors que la religion dont elles procèdent est issue d’une parole vivante ? Mais d’abord : pourquoi l’existence d’un instrument graphique, attestée depuis le IVe siècle, ne les a-t-elle affectées, à l’origine, que partiellement ? Et s’il est vrai que les conséquences de la literacy ne se manifestent pas du jour au lendemain, pourquoi l’écriture ne commence-t-elle à en modifier les conditions de production et de transmission qu’autour de 750, soit plus d’un siècle après la naissance de l’Islam ? Ces questions intéressent la sociolinguistique et l’anthropologie cognitive, mais aussi l’histoire de l’écrit. Elles pointent les raisons pour lesquelles, à la fin du VIIIe siècle, l’Islam devient à la fois une culture de la littérature et une culture de la traduction, permettant à ses livres de proliférer dans des proportions rarement observées dans le monde prémoderne. Dans un cas comme dans l’autre, la connexion avec la Grèce antique est décisive. Le séminaire se propose d’en étudier les caractéristiques et de démêler les ramifications multiples et complexes qui ont conduit à la fabrique de l’une des plus grandes cultures graphiques.

Dimitri Gutas, professeur d’arabe et de gréco-arabe à l’Université de Yale, invité de l'IISMM, Translation and the transmission of knowledge : the development of civilization west of India from Alexander the Great to Mehmed the Conqueror

4 mai 2009 : Translation as a pragmatic key to a concept of civilization : translation by and for whom, why and when, and of what (the curriculum)

11 mai 2009 :
Translation and the transmission of knowledge : Graeco-Latin Antiquity and Syriac-Middle Persian late Antiquity

18 mai 2009 :
Translation and the transmission of knowledge : Arabic middle Ages

25 mai 2009 : Translation and the transmission of knowledge : Latin and Greek middle Ages

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulé général : Histoire et anthropologie de la culture lettrée du Moyen Âge musulman

Renseignements : Josseline Gillet, 96 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 53 63 56 00, télécopie : 01 53 63 56 10, gillet(at)ehess.fr

Direction de travaux d'étudiants : lundi de 16 h à 18 h, IISMM, 96 bd Raspail 75006 Paris

Réception : sur rendez-vous auprès de Josseline Gillet

Niveau requis : projet écrit ou entretien avec l'enseignant

Site web : http://www.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : touati(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire a débattu cette année de l’une des questions qui ont le plus passionné l’orientalisme moderne depuis sa constitution au xixe siècle. Il s’agissait de savoir si l’islam des origines a ou non été hostile à l’écriture. Deux points de vue diamétralement opposés se sont confrontés. Ceux des orientalistes qui ont développé un point de vue oraliste ont défendu l’idée selon laquelle, influencé par le judaïsme, l’islam des origines a rendu licite l’utilisation de l’écriture comme moyen de conservation de son livre révélé mais aurait frappé d’interdit son application à toute autre activité religieuse ou intellectuelle, en particulier la Sunna qui constitue la Tradition islamique.
Se portant en faux contre ce parallélisme établi entre les couples Torah/Mishna et Coran/Sunna, d’autres orientalistes ont développé le point de vue contraire selon lequel l’écriture n’a posé aucun problème dogmatique particulier au jeune islam. Et si certains juristes musulmans des premiers temps se sont opposés à la transcription de la Sunna ce n’était pas tant par tabou religieux que par exigence herméneutique : ils ne voulaient pas d’une Tradition écrite qui les aurait contrariés dans leur activité productive.
Le responsable du séminaire a exposé tour à tour les points de vue des uns et des autres, avant de présenter de nouveaux matériaux concernant le tournant des viie et viiie siècles qui démentent l’assertion selon laquelle l’islam des origines a frappé d’interdit religieux l’utilisation de l’écriture limitée à la conservation du seul Coran. L’enquête a tour à tour conduit du Hedjaz (Médine et La Mekke) au Yamâma, en Arabie centrale, de l’Irak (Basra et Koufa) en Syrie (Damas) et de l’Égypte (Fustât) au Khurasan (Balkh, Merv), sans compter le Yémen (Sanaa).
Le séminaire a reçu au cours du mois de mai Dimitri Gutas, professeur de gréco-arabe à l’université de Yale, qui y a prononcé un cycle de conférences intitulé : « Translation and transmission of knowledge : the development of civilization West India from Alexander the Great to Mehmed the Conqueror. ».

Publications
• « Notes sur le banquet philosophique et littéraire arabe », dans Corrispondenza d’amosi sensi. L’omoerotismo nella literatura medievale, sous la dir. de P. Odorico, N. Pasero et M.-P. Buchmann), Alexandrie, Alessandra, 2008, p. 271-283.
• « Ottoman Maghrib », dans The New Cambridge History of Islam, sous la dir. de Maribel Fierro, Cambridge, Cambridge University Press, 2009, vol. II, part IV, chap. 18.

Dernière modification de cette fiche : 1 avril 2009.

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