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1er, 3e et 5e lundis du mois de 17 h 30 à 20 h (salle 215, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 16 novembre 2009 au 7 juin 2010
Le séminaire poursuivra l’analyse critique des travaux récents ou en cours sur l’histoire du monde méditerranéen au cours de ces six siècles, et des problèmes anciens et nouveaux que pose aujourd’hui l’écriture soixante ans bientôt après la publication du livre de Fernand Braudel (1949) : cohérence et limites de l’espace envisagé ; articulation des différentes temporalités et des différents niveaux de lecture et points de vue ; statut relatif de la Méditerranée et du monde méditerranéen par rapport aux mondes qui l’entourent et s’en partagent le contrôle ; modèles d’interprétation de l’histoire qui en dérivent ; formes de coopération ou de concurrence entre les disciplines et les traditions nationales ou culturelles ; écarts et hiérarchies entre les différentes écritures de cette histoire, selon leur langue, leur lieu de production, les horizons de leur circulation, leurs différences méthodologiques et idéologiques; spécificité (ou non) des thématiques envisagées, des questions posées, des réponses avancées et des méthodes utilisées par les chercheurs ; décalages entre cette histoire « moderne » de la Méditerranée, centrée sur le long XVIe siècle, une histoire plus « contemporaine », centrée sur les XIXe et XXe siècles, et de nouvelles propositions d’histoire de plus longue durée, plurimillénaires.
Lundi 18 janvier 2010 : Flavio Heinz, professeur à la PUCRS de Porto Alegre, « Élites régionales et pouvoir monarchique : loyautés, désaccords , autonomies ». Il mettra l'accent en particulier sur le rôle joué au Brésil par le positivisme au Brésil dans la transition vers la République.
Mots-clés : Histoire,
Aires culturelles : Méditerranéens (mondes),
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde méditerranéen
Intitulé général : Histoire moderne et contemporaine des pays méditerranéens
Renseignements : Anna Maria Bosc, bureau 111, MSH, 54 bd Raspail 76005 Paris tél. : 1 49 54 21 20
Direction de travaux d'étudiants : contact (pour rendez-vous) Anna Maria Bosc ; contact (projets de recherche et rendez-vous) Maurice Aymard (bureau 305, MSH, aymard(at)msh-paris.fr)
Réception : sur rendez-vous exclusivement
Niveau requis : licence ou master 1 ou 2 (selon le cas). Présentation d'un projet de recherche écrit. Connaissances linguistiques : français, anglais + une autre langue de la région méditerranéenne
Adresse(s) électronique(s) de contact : aymard(at)msh-paris.fr, bosc(at)msh-paris.fr
Prolongeant celui de l’année précédente, le séminaire a cherché à croiser l’étude de deux thèmes qui se retrouvent au cœur des recherches récentes : celui des espaces (espaces vécus et espaces comme constructions savantes des sciences sociales) et celui des identités. Ni l’un ni l’autre ne sont propres à la Méditerranée, mais celle-ci semble constituer un cadre particulièrement favorable à la valorisation de leur potentiel heuristique. Elle le doit à la pluralité de ses passés inscrits dans la très longue durée, à son partage ancien entre différentes civilisations, religions et constructions politiques, à la complexité et à l’enchevêtrement de ses frontières, et au rôle joué par la mer dans la circulation des hommes et des biens culturels, et dans la définition des horizons des individus, des groupes et des sociétés. Elle invite en fait à une histoire différente, capable de prendre ses distances avec celle, toujours dominante, des États territoriaux, et de suggérer des directions nouvelles de recherche, valables pour d’autres régions du monde.
Les constructions savantes et les représentations de l’espace méditerranéen par les différentes sciences sociales (et pas seulement par les historiens) ont en commun de chercher à concilier les contraires. La fragmentation entre une multiplicité de mondes clos, paradis des ethnologues et des civilisations traditionnelles, et une unité qui est à chaque fois un niveau supérieur, construit et reconstruit siècle après siècle par les échanges et les circulations. Ou encore la longue durée des frontières intérieures et extérieures, et les capacités de mise en relation à brève comme à longue distance (la « connectivité ») développées à chaque époque par les individus et les groupes pour tirer parti de ces écarts
Deux exemples nous ont servi de fil conducteur pour mettre en évidence la complexité des liens entre espaces et identités.
Le premier est celui de la vie et de la légende du renégat calabrais Euldj Ali (connu aussi sous une dizaine d’autres noms, comme Ulucciali, ou encore Kiliç Pacha), telle que vient de l’analyser dans le détail Vito Teti. Enlevé encore enfant par Barberousse en 1536 à l’occasion d’une razzia sur les côtes, vendu comme esclave à Istanbul et mis à la rame par un corsaire qui le prend en sympathie, lui fait épouser sa fille après l’avoir fait renier, et en fait à son tour un corsaire. Après avoir servi sous les ordres de Dragut et de Piyale Pacha, il sauve à Lépante l’aile gauche de la flotte ottomane qu’il commande et parvient à reconduire à Istanbul. Nommé Kapudan Pacha, il reprend en 1574 Tunis, et, au terme d’une longue carrière, se fait enterrer dans le mausolée de la mosquée qu’il a fait construire par Sinan Pacha. Il fait dès les lendemains de sa mort l’objet d’une double héroïsation, qui a duré jusqu’à aujourd’hui. Côté chrétien, la première biographie en est rédigée par le vicaire général de l’évêque de Mileto, Gian Giacomo Martini, qui en fait le prototype du génie et du courage calabrais, rebelle maudit par sa mère pour avoir renié, mais dont les gestes illustrant (depuis Cervantès) ses qualités, et témoignant de sa fidélité à sa patrie perdue, vont se trouver systématiquement repris et mis en valeur : ainsi sa bonté avec ses esclaves, dont il organise la procession dans l’Arsenal à l’occasion d’une peste, ou le syncrétisme de ses funérailles. Dès les premières décennies du XVIIe siècle, la figure hostile du renégat est récupérée par des auteurs chrétiens comme l’un des symboles de cette identité calabraise qu’ils cherchent à créer. Aujourd’hui, il a sa statue à Castella, sa rue à Crotone, mais il est aussi revendiqué par d’autres bourgades calabraises, et exalté par de nombreux documentaires, articles, scénarios de films, et même de représentations théâtrales. Il est aussi l’objet d’une tradition parallèle, côté turc cette fois, qui le veut né en Anatolie, fils d’un turc naufragé, élevé en pays chrétien par une esclave turque.
Le second exemple a été celui des réseaux marchands qui contrôlent les échanges commerciaux terrestres et maritimes dans le sud-est européen et en Méditerranée orientale au XVIIIe siècle, étudié par Gelina Harlaftis. Réseaux définis à l’époque comme « grecs » (en hongrois görög), alors qu’ils regroupent une mosaïque ethnique de Grecs, de Macédoniens-Valaques et Slaves, de Serbes, de Bosniaques, de Bulgares, d’Albanais orthodoxes, etc. : la religion (l’orthodoxie) et la langue utilisée comme lingua franca de communication (le grec) viennent unifier des groupes dont les différences constituent en fait la force et la base de leurs réseaux.
Les exposés de Flavio Heinz (PURGS, Porto Alegre) et Andrea Reguera (Université de Tandil), ont permis d’élargir la comparaison à l’Amérique Latine.
Dernière modification de cette fiche : 18 mai 2010.
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