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1er et 3e mardis du mois de 17 h à 19 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 janvier 2010 au 29 juin 2010
En France, l’approche contrefactuelle (« What If History ») prête à sourire. Ignorée par les historiens professionnels, elle est assimilée à un genre littéraire « mineur » : l’uchronie. Elle a pourtant donné lieu depuis les années 1990, dans le monde universitaire anglo-saxon, à un domaine de recherche à part entière, avec ses débats épistémologiques et ses colloques internationaux. Nous souhaitons ici présenter la démarche contrefactuelle, analyser les vives controverses qu’elle a suscitées dans l’univers académique anglophone puis discuter sa pertinence dans le contexte historiographique et social français. Cette approche permet ainsi de questionner de manière originale les problèmes de la causalité, du rôle de l'imagination, de l'écriture et des usages politiques de l'histoire.
Aires culturelles : Amériques, Britanniques (études), Europe, France, Inde,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire
Renseignements : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : inscription en master ou en doctorat.
Adresse(s) électronique(s) de contact : quentin.deluermoz(at)gmail.com, pierre.singaravelou(at)gmail.com
Cette conférence est née d’une interrogation sur le succès actuel de la What if history anglo-saxonne. Avatar d’une pratique ludique ancienne et souvent conservatrice (une histoire linéaire des « grands hommes » et des « grands événements »), la démarche contrefactuelle permet de réinterroger aussi les questions fondamentales de l’imputation causale, de la vérité, du déterminisme, des rapports histoire/fiction et du plaisir de lecture.
De prime abord, nous avons présenté et situé les divers usages et formes de la démarche contrefactuelle. Si on en trouve trace chez les historiens depuis Tite-Live, elle ne prend une forme spécifique, l’uchronie, qu’au xixe siècle et c’est après la Seconde guerre mondiale que les chercheurs retiennent le raisonnement contrefactuel lui-même pour objet d’études. Aujourd’hui, l’« histoire avec des si » n’est plus l’apanage des historiens britanniques et états-uniens. La cliométrie de Robert Fogel et la Virtual History de Niall Ferguson ont influencé des chercheurs en Australie, Allemagne ou en Inde. Parallèlement, le genre de l’uchronie, qui s’est rapproché de la science fiction américaine au cours des années 1960, a connu un renouveau depuis les années 1980. Enfin, cette démarche est largement mobilisée par les autres sciences sociales (psychologie, droit, relations internationales, etc.). Cette réflexion contrefactuelle semble donc s’inscrire dans un contexte social et scientifique particulier (fascination pour les frontières réalité/fiction, discours sur la fin des grandes idéologies, retour de l’acteur, de l’événement et de la narration en sciences sociales) mais renvoie au fond au mode de réflexion historique, cette connaissance par trace, partagée entre modélisation et recours à l’imagination.
Dans un second temps, ont été discutées les questions épistémologiques posées par cette approche. L’examen du problème de la causalité en histoire a rappelé, à partir des travaux anciens de Max Weber, à quel point cette forme de raisonnement est ordinaire dans la définition de la plausibilité des hypothèses formulées. Éprouvant les tensions entre espaces des contraintes et des possibles, elle nourrit en outre des modèles d’analyse élaborés. Mais la démarche contrefactuelle impose aussi une réflexion sur l’importance de l’imagination en histoire et sur les ressources cognitives de la fiction. En effet, la projection dans les « futurs possibles, crains et espérés » proposée par Reinhart Koselleck, nourrie par un prudent travail d’archives, autorise un décentrement fictionnel qui permet une remise en cause particulièrement efficace de la téléologie ou de la continuité historique. Elle offre également un outil de « déconstruction » des grandes catégories d’analyse (« révolution industrielle », « empire », etc.). Contrairement aux apparences, cette démarche n’est enfin pas intrinsèquement liée à l’histoire conservatrice. Utilisée par les intellectuels radicaux, elle constitue aujourd’hui le fondement scientifique des campagnes de réparations (esclavage, génocide). Plus largement, la réouverture des futurs du passé représente un moyen de répondre au rétrécissement temporel qui affecte les sociétés contemporaines en accroissant nos capacités d’agir.
La dernière partie de l’année a été consacrée à la mise en œuvre de cette démarche. Ont été discutés les « futurs possibles de 1848 » qui permettent d’éprouver l’ouverture du moment révolutionnaire, ou encore « l’histoire impériale » pour laquelle ce mode de raisonnement peut nourrir, mais aussi remettre en cause, les analyses en termes de translatio imperii. La dernière séance, enfin, a discuté des usages récréatifs et pédagogiques en dehors du monde universitaire. Au-delà de la seule What if History, se profile la question des « futurs possibles » du passé : nous souhaitons continuer cette réflexion de manière collective afin de poursuivre l’examen des formes existantes, des usages encore possibles et des apories de cette démarche ordinaire du raisonnement en sciences sociales.
Dernière modification de cette fiche : 26 mai 2010.
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