2009-2010

Savants, artistes, médiateurs : approches et connaissances du Maghreb

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er, 3e et 5e mercredis du mois de 17 h à 19 h (IISMM, salle de réunion, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris. ), du 4 novembre 2009 au 2 juin 2010. Séance supplémentaire le 24 février (même heure, même salle). La séance du 18 novembre 2009 se tiendra à la Bibliothèque du centre d'Histoire sociale, 6e étage, Centre Malher, 9 rue Malher 75004 Paris. La séance du 30 mars 2010 est annulée

Que sait-on du Maghreb en Europe aujourd’hui ? À partir de cette question très générale, entre autres élaborée à partir de sa place dans les imaginaires contemporains et sur la situation de la recherche savante qui le prend comme objet – ou comme cadre d’étude –, on cherchera à comprendre les modes et les processus de constitution de ces savoirs et les œuvres qui les ont fixés.
On sera attentif à la variété des approches qui se renforcent mutuellement ou s’opposent, en fonction du statut de leurs auteurs, qu'il s'agisse de leur situation institutionnelle (amateurs ou professionnels, militaires ou administrateurs, universitaires et journalistes), de leur appartenance nationale (français intégrés dans l’appareil colonial, étrangers collaborateurs ou subversifs, « indigènes » à la parole à la fois reconnue et délégitimée, plus ou moins insérés dans le dispositif savant) ou de leurs engagements politiques. Nous nous intéresserons aussi aux relations qu'entretiennent entre eux savants, artistes et médiateurs, selon des clivages politiques et idéologiques, ou sans les recouper.

Programme des séances :

4 novembre : présentation générale du programme de l’année ; bilans historiographiques ; les archives personnelles et l’approche biographique : le cas Paul d’Estournelles de Constant, auteur de La politique française en Tunisie. Le protectorat français et ses origines (1854-1891).

18 novembre : Afaf Zekkour (Université d'Alger) : « Les lieux de sociabilité des Oulémas à Alger dans les années 1930 ». Séance commune avec le séminaire Population et rapports sociaux en situation coloniale : le cas algérien (XIXe-XXe siècle) organisé par Sylvie Thénault et Emmanuel Blanchard.
Notez bien : La séance aura lieu à la bibliothèque du Centre d’Histoire Sociale, 6e étage, Centre Malher (Université Paris-I), 9 rue Malher 75004 (métro : Saint-Paul).

2 décembre : Diana Cooper Richet (Université de Saint-Quentin-en-Yvelines) : « Anglais et presse anglaise en Algérie à la fin du XIXe siècle »

16 décembre : Ariel Planeix (doctorant en anthropologie, Institut d'Étude du Développement Economique et Social (IEDES), Université Paris-I) : « Auguste Mouliéras et les Zkara cent ans après : retour critique sur un terrain de l'orientalisme et ses théories »

6 janvier : Mercedes Volait (CNRS-INHA) : « Arthur-Ali Rhoné et la postérité des savoirs dilettantes »

20 janvier : Nicolas Schaub (doctorant en histoire de l’art, Université de Strasbourg) : « Enquêtes artistiques dans le monde militaire en Algérie, 1830-1840 »

3 février : Insaf Ouhiba (doctorante en histoire du cinéma, Université de Paris Ouest Nanterre), L’Orient au cinéma

17 février : David Lambert (Framespa, Université Toulouse-II) : « Pouvoir et influence en milieu colonial : l'exemple de la Tunisie et du Maroc »

24 février : Morgan Corriou (doctorante en histoire, Université Paris-VII) : « Les programmes arabes de Radio-Tunis (1938-1956) »

3 mars : Guy Basset : « Au carrefour de la modernité culturelle algéroise : le peintre Sauveur Galliéro (1914-1963) »

17 mars : Insaf Ouhiba (doctorante en histoire du cinéma, Université de Paris-Ouest-Nanterre) : « L’Orient au cinéma »

7 avril : M’hamed Oualdi (Institut européen de Florence) : « Culture matérielle et militariste : décorations, uniformes et portraits des mamelouks de Tunis (1831-1881) »

5 mai : Valérie Bajou (conservateur au château de Versailles) : « Les salles d'Afrique à Versailles (1833-1848) »

19 mai : Isabelle Weiland (doctorante en histoire, EHESS) : « Regards occidentaux sur la participation de la Tunisie aux expositions universelles dans la deuxième moitié du XIXe siècle »

2 juin : Jacqueline Pluet-Despatins : « Le travail de revue. Deux démarches : Jean Amrouche et Mouloud Mammeri »

Mots-clés : Histoire,

Aires culturelles : Maghreb,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M1S1 M1S2 M2S3 M2S4)

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde musulman

Intitulé général : Histoire du Maghreb, XIXe-XXe siècles

Renseignements : CHSIM, tél. : 01 53 63 56 16/03.

Site web : http://chsim.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : claire.fredj(at)wanadoo.fr, messaoud(at)ehess.fr

Compte rendu

Dans la continuité des années précédentes, le séminaire a permis de discuter de travaux récents d’histoire sociale, culturelle et politique du Maghreb pendant la période coloniale. Parfois en collaboration avec le séminaire Population et rapports sociaux en situation coloniale : le cas algérien (XIXe-XXe siècles) organisé par Sylvie Thénault et Emmanuel Blanchard au Centre d’Histoire Sociale du Centre Malher (CNRS/Université Paris-I), nous avons cherché à mieux comprendre les caractéristiques particulières de la société coloniale en Algérie, en Tunisie et au Maroc, par des approches à la fois prosopographiques et biographiques, fondées sur des archives publiques et privées.
L’exploitation des commissions municipales a ainsi permis, au-delà des représentations communes, de dresser un portrait collectif des notables français en Tunisie et au Maroc, et d’évaluer l’action de ces patrons et de leurs clientèles (David Lambert). C’est une élite particulière que celle des soignantes européennes (sages-femmes, infirmières, médecins, religieuses et laïques) qui travaillent en Algérie auprès des musulmanes et tentent de faire entrer praticiennes et patientes indigènes dans la modernité médicale (Claire Fredj). Malgré les barrières communautaires, il existe des espaces sociaux mixtes – ceux que fréquentent, à Tunis, les élites cosmopolites au début des années 1880, mais aussi, paradoxe apparent, certains des lieux où se réunissent les Oulémas réformistes musulmans à Alger dans les années 1930 (Afaf Zekkour). Au sein même de l’ensemble des « Européens », il y a aussi des sociabilités particulières, comme celle des touristes anglais à Alger, pour qui s’est développée une presse spécifique à la fin du xixe siècle (Diana Cooper Richet).
S’intéresser aux productions culturelles nouvelles qui se développent au Maghreb aux XIXe et XXe siècles engage à étudier leur dimension politique et les modes de constitution de cultures nationales particulières. On l’a vu tout particulièrement à travers le cas tunisien. L’analyse des décorations, des uniformes et des portraits des mamelouks de Tunis (1831-1881) permet de mieux définir la culture militaire du pouvoir beylical (M’hamed Oualdi) mais aussi de s’interroger sur sa capacité d’adaptation au nouveau régime politique imposé par le Protectorat français. Quel sens les beys ont-ils donné à la participation de la Tunisie aux expositions universelles dès 1851 ? Entre affirmation nationale et exaltation de l’œuvre coloniale, une image du pays se diffuse dans ce cadre (Isabelle Weiland). Elle est médiatisée par les premiers films tournés au Maghreb, des documentaires Lumière qui mettent en scène un Orient fictif sous une apparente neutralité aux longs métrages de fiction au propos parfois nuancé et complexe (Insaf Ouhiba). L’analyse des programmes arabes de Radio-Tunis entre 1938 et 1956, permet de souligner l’importance des effets du développement d’une production radiophonique nationale, révélateur d’enjeux identitaires (concernant la langue, la musique) profonds (Morgan Corriou).
Un accent particulier a été mis sur la production et la diffusion d’images sur le Maghreb, des débuts de la conquête coloniale aux décolonisations. Parmi les artistes peintres qui ont accompagné les premières décennies de la conquête militaire de l’Algérie, au service de l’armée, consignant une documentation de première main et participant au développement d’un imaginaire sur l’Algérie (Nicolas Schaub), s’est distingué Horace Vernet à qui le roi Louis Philippe confie le décor des salles d’Afrique à Versailles, lieu d’exposition prestigieux, célébré, et pourtant le plus souvent resté fermé au public (Valérie Bajou). Un siècle et demi plus tard, l’œuvre de Sauveur Galliéro, grand prix artistique de l’Algérie en 1961, pose la question d’une peinture nationale algérienne (Guy Basset), en écho avec les interrogations des hommes de revues que sont Jean Amrouche et Mouloud Mammeri (Jacqueline Pluet-Despatins).
Une ouverture sur l’Égypte a permis de rappeler l’importance des amateurs « dilettantes », savants et collectionneurs, dans un travail de mise en valeur de monuments du passé qui a pu être réinvesti après les indépendances dans de nouvelles logiques patrimoniales, comme c’est le cas au Caire pour l’œuvre Arthur-Ali Rhoné (Mercedes Volait). Paul d’Estournelles de Constant, diplomate et historiographe des débuts du protectorat français en Tunisie, allie pratique d’aquarelliste amateur et action politique. À travers ses carnets intimes et ses papiers personnels, on comprend mieux comment les conceptions du passé et de l’avenir du pays qu’il a partagées avec Paul Cambon, premier résident général à Tunis, ont pu être en partie partagées par les élites dirigeantes tunisiennes jusqu’à aujourd’hui (Alain Messaoudi). La réutilisation de la production savante de l’époque coloniale se pose en d’autres termes en Algérie : les travaux ethnographiques d’Auguste Mouliéras sur les pratiques religieuses de la tribu des Zkara, à la frontière du Maroc, présentent l’intérêt d’aborder des questions et un passé aujourd’hui refoulés (Ariel Planeix). Un bilan de l’état de l’historiographie de l’Algérie coloniale, établi à l’occasion d’une journée d’études organisée en novembre 2009 à l’Université de Paris-Ouest Nanterre sur le thème « Savoir et colonisation », a pu confirmer cette spécificité.

Dernière modification de cette fiche : 26 mai 2010.

Dernière mise à jour le 9/06/2009

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