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1er et 3e jeudis du mois de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 7 janvier 2010 au 17 juin 2010. La séance du 1er avril est reportée au 8 avril, de 11 h à 13 h, salle 242, 54 bd Raspail 75006 Paris
L’étude historique de la laïcité et de la pluralité dans le contexte français s’arrêtera particulièrement cette année à deux questions : la manière dont cette pluralité a pu être pensée, les prismes, miroirs et références au travers desquels les Français se sont fait une idée de la pluralité religieuse dans une société restée fort peu plurielle pour la plus grande part de son histoire, et le recours à la catégorie de la reconnaissance.
En quoi la reconnaissance accordée par l’État français aux dénominations religieuses, celle particulièrement dont ont bénéficié les cultes dits « reconnus » du XIXe siècle a-t-elle consisté ? La généalogie de cette catégorie doit être replacée dans la longue durée et confrontée à des contextes historiques circonstanciés avec une attention d’autant plus grande que son maniement est particulièrement sensible aujourd’hui. On sait que c’est en déclarant que la République ne reconnaît aucun culte que la loi a prononcé en France la séparation des Églises de l’État, alors que la reconnaissance constitue désormais pour les individus comme pour les groupes une attente aussi hautement proclamée que quasi universelle.
Le séminaire restera enfin attentif aux sollicitations du présent en tentant notamment d’affronter une question qui s’est imposée au cours de l’année passée. De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de tradition, ou de civilisation, ou de morale, « judéo-chrétienne », comme il semble que l’on en parle de plus en plus souvent et de plus en plus fort ?
18 février 2010 : Émile Perreau-Saussine, professeur à l’Université de Cambridge, « Contre la théologie politique »
3 juin 2010 : Nadia Marzouki présentera son enquête en cours sur les conversions au christianisme évangélique en Algérie.
Nadia Marzouki, actuellement en postdoc à l'Université de Yale, a soutenu en 2008 une thèse intitulée : "L'islam introuvable, la construction de l'objet islam par les sciences sociales et l'expertise publique en France et aux États-Unis (depuis la fin du XIXe siècle).
Mots-clés : Histoire, Politique, Religieux (sciences sociales du),
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : Histoire de la modernité religieuse
Renseignements : sur rendez-vous.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, lundi et jeudi.
Réception : sur rendez-vous, auprès de l'enseignante, lundi et jeudi.
Adresse(s) électronique(s) de contact : rhbelot(at)ehess.fr
Nous souhaitions tenter de réévaluer la portée inaugurale souvent prêtée à la Révolution française en matière de liberté des cultes.
Aussi bien connu soit-il, le débat sur la Déclaration des droits s’est avéré pleinement justiciable d’une lecture double distinguant deux lignes de débats. L’une ancrée dans des enjeux très immédiatement contemporains et qui creuse de profonds clivages dans la scène politique française. L’autre, moins immédiatement visible, surtout si on se souvient que la rédaction de l’article X de la Déclaration des droits fit, sur le moment, beaucoup plus la joie des ennemis de la liberté des cultes que de ses partisans, mais qui dresse néanmoins des jalons décisifs dans la délimitation des questions en jeu : ainsi de la disqualification du terme « tolérance » au profit de celui de liberté, ou de la naturalisation très spécifique au contexte français de la désignation en « cultes » par le Politique, ceci sans compter avec la radicalité d’une démarche qui place toute la question dans la perspective de droits individuels universels.
Reste que l’ambivalence de l’invocation d’un ordre public comme limite à l’exercice des droits, ambivalence légicentriste maintes fois soulignée de la Déclaration dans son ensemble, entretient ici une ambiguïté particulière particulièrement efficace : s’agit-il en fait de protéger un ordre public ou un culte public et sa position exclusive ?
Un retour sur les revendications portées par les cahiers de doléances a souligné la prégnance d’une telle exigence d’exclusive, montrant aussi à quel point la discussion de la Déclaration s’ouvrait dans un paysage religieux bouleversé, que l’édit dit « de Tolérance » promulgué par la monarchie en 1787 a réussi à mettre en émoi sans guère avoir le temps de l’apaiser. Ce qui nous a amenés à reprendre également la question du mariage des protestants, de la forme des débats qu’elle a suscités et du processus très embarrassé, - dont l’édit de 1787 constitue l’aboutissement -, qui a tenté de lui apporter une solution politique. Nous avons eu recours ici à une historiographie de langue anglaise, américaine et canadienne, très riche et suggestive mais peu connue et sollicitée en France.
Le séminaire héritait aussi d’une question sur laquelle nous avions buté lors d’une étude précédente sur la référence à des « racines chrétiennes de l’Europe », contexte dans lequel nous avions remarqué la place croissante accordée à une qualification « judéo-chrétienne ». À quel titre peut-on user d’une telle désignation ? De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de tradition, ou de civilisation, ou de morale « judéo-chrétienne » ? Nous avons tenté d’y répondre sur deux registres : en nous intéressant au champ historiographique en plein renouvellement, qui explore la séparation du christianisme d’avec le judaïsme, ou plutôt de « chrétiens » d’avec des « juifs », et par une enquête (dont on n’aura pu dessiner ici que les linéaments) sur la notion, ou le faisceau de notions, qui font l’objet de cette fortune récente. L’exemple américain nous a particulièrement intéressés en ce sens qu’il témoigne à la fois d’une réflexion critique sur le succès de la notion dans le contexte très spécifique de la guerre froide mais également d’une distance prise ensuite à son égard par les acteurs autant que les commentateurs.
Le séminaire a également eu deux invités. En nous livrant sa lecture de l’« adaptation de l’Église catholique à la modernité », Émile Perreau-Saussine, professeur à Oxford (brutalement décédé quelques jours plus tard) nous a donné une séance mémorable, notamment par la vivacité et l’intérêt de la discussion que ses propos ont suscités.
Nous avons enfin été très intéressés par la présentation de Nadia Marzouki, post-doc à Yale University, de l’enquête qu’elle a entreprise sur les conversions au protestantisme évangélique en Algérie.
Dernière modification de cette fiche : 1 juin 2010.
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