2009-2010

Sociologie historique des configurations de savoir

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e vendredis du mois de 11 h à 13 h (salle des artistes, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 8 janvier 2010 au 25 juin 2010. Séances supplémentaires de 15 h à 17 h, les 2e et 4e vendredis du mois (même salle) du 9 avril au 25 juin 2010. La séance du 26 mars se déroulera de 15 h à 17 h (salle des artistes). La séance du 16 avril est annulée. Séance supplémentaire le 7 mai, de 11h à 13h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris). La séance du 11 juin est annulée.

Dans le prolongement du travail des années précédentes, le séminaire abordera, à partir de deux chantiers de recherche ouverts, des configurations intellectuelles qui s'inscrivent dans la longue durée : 1) Peut-on faire la sociologie des pensées radicales ? Le succès actuel de penseurs radicaux (Badiou, Zizek) conduit à enquêter sur les formes récurrentes de la pensée en rupture avec les formes dominantes de l'activité intellectuelle et qui se veulent une alternative sans compromis avec toutes les autres espèces de discours à prétention de vérité ; 2) La question de l'inscription durable du rationalisme dans la pensée française conduit à renouveler l'enquête sur les schèmes de pensée et d'action qui organisent le savoir philosophique en fonction d'une ligne de partage entre sujet et concept, entre spiritualisme et rationalisme.

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulé général : Mondes naturels et mondes culturels. Sociologie historique des configurations de savoir

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous uniquement

Réception : sur rendez-vous en septembre par courriel

Niveau requis : pas de niveau spécifique requis. Admission après entretien avec le responsable du séminaire

Adresse(s) électronique(s) de contact : fabiani.jean-louis(at)orange.fr

Compte rendu

Le séminaire a cette année commencé l’exploration d’un nouveau champ de recherche : celui des pensées radicales en philosophie et dans les sciences sociales. Deux axes ont été distingués : le premier prend appui sur le paradoxe que constitue aujourd’hui le grand succès public de philosophies marxistes révolutionnaires qu’on aurait pu croire obsolètes après la débâcle du communisme réel. Dépassant cette dimension contre-intuitive, on a cherché dans un premier temps à analyser un certain nombre de schèmes communs à cette production radicale. On a d’abord noté la dissociation entre le contenu de ces philosophies radicales et un véritable projet politique : la véhémence des propos et les appels à l’insurrection demeurent confinés à l’espace du commerce des idées, et les auteurs étudiés ne répugnent pas aux séductions du marché. La radicalité est devenue une offre particulièrement typée dans le processus de marchandisation des concepts. En outre, ces pensées, au-delà de la référence presque litanique à Marx, et souvent à Lénine, peuvent être décrites comme des opérations syncrétiques intégrant une pluralité de discours, de la métaphysique à la psychanalyse. Le lien entre l’activité intellectuelle radicale et la forme Parti semble aujourd’hui être dissous. Les philosophies radicales sont devenues le meilleur discours d’accompagnement de l’art contemporain, lieu d’un alliage souvent surprenant entre les secteurs les plus spéculatifs des marchés et le révolutionnarisme le plus extraverti. Plus que les départements de philosophie, les écoles d’art constituent le vecteur privilégié de cette pensée de rupture. L’étude des catalogues d’exposition permet de mettre au jour la ductilité et l’exploitabilité des conceptualisations radicales dans la production des formes de justification de la production artistique. Il ne s’agit pas pour autant de reconstituer, fût-ce sous la forme du pastiche, l’association entre avant-garde esthétique et avant-garde politique : les discours les plus véhéments proviennent très souvent de l’institution et du marché. Loin de l’ambition de scientificité du marxisme historique, c’est au contraire vers la littérature et l’art que ces pensées se tournent pour exprimer leur volonté de rupture. Cette année, on a mis l’accent sur la lecture de textes pour recenser un certain nombre de schèmes et de tropes caractéristiques d’une nébuleuse au sein de laquelle on a privilégié, pour des raisons pratiques, l’œuvre profuse d’Alain Badiou, la plus proche de celle, canonique, de l’intellectuel total figuré par Sartre. Il reste à compléter l’enquête par une analyse de la réception de ces discours : on s’efforcera de soumettre à nouvelle épreuve l’analyse polémique de Raymond Aron dans l’Opium des intellectuels, faite dans le contexte très différent de la guerre froide. L’autre axe a été historique : dans la deuxième partie du séminaire, animé avec Noël Barbe et Jean-François Bert, on a esquissé une archéologie des sciences sociales marxistes, en explorant successivement l’émergence du rationalisme moderne autour de Georges Politzer, la naissance d’une anthropologie marxiste et le moment althussérien de la collection « Théorie » chez Maspero. Cette recherche sera poursuivie dans le séminaire 2010-2011. Le directeur d’études a également assuré deux enseignements dans le cadre des masters liés au centre Norbert Elias à Avignon et à Marseille (Sociologie des publics en collaboration avec Emmanuel Ethis et Jamin Molinas, Individuel et collectif en sociologie) et deux cours à Central European University (Key issues in social theory, cultural policy). Il a présenté ses travaux au congrès de l’American Anthropological Association à Philadelphie (décembre 2009), au colloque sur les publics de l’Université de Metz (mars 2010), au colloque Durkheim de l’Université Humboldt (Berlin, juin 2010) et à la Graduate Conference de Budapest (juin 2010). Il a enfin dirigé l’ensemble des sessions du comité 37 de l’International Sociological Association (Sociologie des arts) dont il était le président à Göteborg en juillet 2010.

Publications
• « Der Allesfresser », Der Schweizer Monat, été 2009, p. 28.
• « Les philosophes et l’affaire Dreyfus », Les événements fondateurs. L’affaire Dreyfus, sous la dir. de Vincent Duclert et Perrine Simon-Nahum, Paris, Armand Colin, 2009, p. 209-218.
• « À propos d’Ivan Ermakoff : Ruling oneself out. A theory of collective abdications », Critique internationale, n° 45, octobre 2009.
• « Les deux Boltanski », Mediapart, 21 octobre 2010, 12 p.
• « Live at the Village Vanguard. Le paradoxe de l’écoute enregistrée du jazz », L’année sociologique, 2010, vol. 60, n° 2, p. 387-402.

Dernière modification de cette fiche : 10 juin 2010.

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