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Jean-Pierre
CAVAILLÉ Docteur IUE-EHESS
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Histoire de la philosophie et histoire intellectuelle des XVIe et XVIIe siècles.
ANTHROPOLOGIE
HISTORIQUE DE L'EUROPE MODERNE : CONFIGURATIONS DU SECRET ET DE LA TROMPERIE
A travers l'exploration des configurations du secret et de la tromperie au début
de l'âge moderne (XVIe-XVIIIe siècles), cette recherche pluridisciplinaire
(philosophie, histoire intellectuelle, histoire de la littérature, histoire des
sciences, histoire sociale et politique), entreprise déjà depuis quelques années,
vise à la constitution d'une anthropologie historique globale, capable d'intégrer
les méthodes des sciences humaines et les connaissances acquises sur la période,
mais également d'orienter de nouveaux travaux d'archives et de proposer une
nouvelle approche de la documentation historique. En effet, par leur présence
massive dans la documentation, leurs usages multiples et la réflexion théorique
dont elles font alors l'objet, les notions différenciées et complémentaires
de secret et de tromperie se sont imposées à mon attention comme susceptibles
de constituer une grille d'analyse pertinente pour rendre compte des profondes
mutations qui affectent l'ensemble de l'expérience humaine au début de l'âge
moderne. Il
s'agit ainsi de mettre à l'épreuve l'hypothèse selon laquelle, entre
Renaissance et Lumières, se produit une transformation substantielle du sens du
secret dans les divers domaines de connaissance et dans les discours à travers
lesquels les hommes se rapportent à la sphère pratique. D'une part on assiste
à une entreprise de démystification et de réduction progressive du secret
entendu comme "mystère" et, d'autre part, dans tous les domaines, il
est possible d'observer une valorisation et une promotion de techniques spécifiques
de production et de préservation des secrets. Cette transformation du sens du
secret est inséparable d'une mise en cause tout aussi profonde de la fiabilité
et de la véracité des signes, et de la constitution tout à la fois de procédures
sophistiquées de vérification et de falsification : en effet, le secret, parce
qu'il est le résultat de procédures techniques, ou parce qu'il consiste lui-même
en dispositifs entièrement maîtrisés par les hommes qui les forgent et les
utilisent, devient indissociable des pratiques de leurre et des idées
d'illusion, de tromperie et de mensonge. La notion de tromperie, avec son large
spectre sémantique, qui s'étend de la simple occultation (silence,
dissimulation) jusqu'au mensonge, à la trahison et à la perfidie, joue un rôle
absolument central dans la culture de la première modernité, et elle est appréhendée
elle-même de manière duelle ; négative et positive : il n'y a pas de
doctrine, en quelque domaine que ce soit, et quelle que soit l'aire linguistique
ou confessionnelle considérée, qui ne s'emploie à déterminer les conditions
et critères d'une bonne et bénéfique tromperie, diamétralement opposée au
leurre néfaste et criminel. Cette double valorisation de techniques
d'occultation volontaire et de stratégies déceptives sera dénoncée avec la
plus grande véhémence par les Lumières, qui croiront y déceler le signe évident
d'une culture politique obscurcie par le despotisme et d'une morale pervertie
par les procédés retors des casuistes. Au
rebours des préjugés moraux sur la culture d'ancien régime et des interprétations
convenues, je me propose d'étudier le rôle joué dans la genèse et le développement
de la modernité par l'effort théorique porté sur les multiples formes et
modalités du secret et de la tromperie, de la dissimulation et de la
simulation, de l'occultation et du mensonge, ainsi que par le souci d'élaborer
les procédures techniques les plus efficaces de réservation et de
falsification de l'information. Il s'agit par là de tenter de décrire et de
comprendre l'évolution globale et les itinéraires particuliers, riches en
contrastes et contradictions, qui conduisent d'une culture de la sacralisation
du mystère à l'émergence d'une exigence à la fois morale et épistémologique
de transparence généralisée. Ce
travail, dont la matière première est formée par un corpus d'œuvres théoriques
(philosophie morale et politique, théologie, droit, science de la nature, esthétique,
rhétorique...) et littéraires (théâtre, roman...), s'efforce cependant d'échapper
à l'écueil d'une pure histoire intellectuelle indifférente aux configurations
sociales, politiques et économiques : il s'agit en effet de décrire les
diverses configurations du secret et de la tromperie, telles qu'elles
apparaissent dans les différents domaines de la réflexion théorique, mais en
relation étroite avec les pratiques effectives. Les
enjeux proprement historiques d'une telle enquête concernent au premier chef la
ré-élaboration des théories de l'action morale et politique au début de l'âge
moderne, mais aussi l'évolution globale de la civilisation des mœurs et des
habitudes mentales et sociales, et encore les transformations des institutions
majeures et des relations sociales. La recherche s'intéresse ainsi au premier
chef à la reformulation du clivage privé-public et à ses multiples apories ;
elle vise également à reprendre à nouveaux frais l'étude des constitutions
simultanées du sujet et de l'État modernes, considérées aussi bien sur le
plan des élaborations théoriques (métaphysique, morale, politique...) qu'au
niveau des représentations sociales. En
outre, cette enquête historique se veut en prise directe sur les discussions
actuelles, dans les sciences sociales et la philosophie, autour des enjeux
culturels et politiques des théories de la communication et du regain d'intérêt
pour les questions morales afférentes aux pratiques d'occultation et de
falsification de l'information. Elle voudrait également apporter sa
contribution aux travaux de philosophie politique contemporains consacrés aux
questions des relations de l'action politique avec la vérité et le mensonge,
et traitant du conflit - ou prétendu tel - entre acteur politique et "diseur de vérité". La
recherche, soucieuse de varier les échelles d'approche et les méthodes afin de
couvrir de façon pertinente le champ d'investigation, s'organise selon trois
volets principaux, susceptibles de donner lieu à des enseignements différenciés
:
I
- un travail de généalogie historique des concepts (simulation et
dissimulation, tromperie positive et négative etc.) et des problèmes (le problème
théologique et épistémologique de la divinité trompeuse, le problème
politique et moral du "mensonge utile", ou bon "mensonge" ;
le problème de la dissimulation légitime et illégitime).
II
- une enquête structurée selon les grandes configurations
socio-culturelles qui constituent les principaux domaines de la praxis au début
de l'époque moderne (morale, droit, civilité, politique), abordées dans leur
effort d'autonomie et leurs interférences multiples.
III
-
un travail d'interprétation de textes théoriques (XVIe-XVIIIe siècles),
consacrés à la question de la tromperie et du mensonge dans les domaines les
plus divers (théologie, métaphysique, sciences de la nature, morale,
politique, civilité, rhétorique, esthétique).
-
Descartes, la fable du monde, Vrin-EHESS, 1992.
-
Traduction des dialogues de Giordano Bruno, L'infinito, universo, e mondi
(De l'infini, de l'univers et des mondes) Les Belles Lettres, Paris, 1995.
-
Traduction, présentation et annotation du De Sapientia Veterum (La Sagesse des
Anciens) de Francis Bacon, Vrin, Paris, 1997.
-
Coordination et réalisation de l'apparat critique (en collaboration avec Didier
Foucault) du n° 12 de la revue Kairos, consacrée à Jules-César
Vanini,
Toulouse, 1998.
-
Jean Chapelain, La lecture des vieux romans. Présentation, notes et établissement
du texte, éditions Paris-Zanzibar, Paris, 1999. -
Dis/simulations. Religion, morale et politique au XVIIe siècle. Jules-César
Vanini, François La Mothe Le Vayer, Gabriel Naudé, Louis Machon et Torquato Accetto. Editions Champion, 2002.
- Le Philosophe antichrétien, manuscrit anonyme de la bibliothèque de l'Arsenal (XVIIe siècle), établissement du texte, notes et postface, Paris, Les Amis de Paris-Zanzibar, 2001. - L'Antre des nymphes. Textes de Francois la Mothe Le Vayer, Adrien de Montluc et Claude le Petit. Présentation et mise en français moderne. Toulouse, Anarcharsis, 2004.
- Traduction italienne: R. Tomadin, L'Antro delle ninfe, Dedalo, Bari, 2008.
- Direction et présentation du n° 39 des Cahiers du Centre de Recherches Historiques : « Écriture et prison au début de l'âge moderne », avril 2007. - Traduction, présentation, annotation de Antonio Rocco, Amour est un pur intérêt suivi de De la laideur , Paris, Garnier, 2012. - Postures libertines. La Culture des esprits forts, Toulouse, Anacharsis, 2011. - En collaboration avec A. Bencistà, édition critique de Francesco Chierroni, Vita della gran poetessa Beatrice , Semper, Firenze, 2011.
- Présentation et coordination avec Didier Foucault des actes du colloque international Sources antiques de l'irréligion moderne : le relais italien, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, Collection de l'ECRIT, n°6, 2001. -
- Coordination et présentation de "Stratégies de l'équivoque", Cahiers du Centre de Recherches Historiques, n°33, avril 2004. - "Histoires d'équivoques", in "Stratégies de l'équivoque", Cahiers du Centre de Recherches Historiques, n°33, avril 2004, pp. 155-173. - "Les libertins : l'envers du Grand Siècle", dans “Quelques 'Dix-septième siècle' : Fabrications, usages et réemplois“, Cahiers du Centre de Recherches Historiques, n°28-29, avril 2002, pp. 11-37. - "Autopsie d'une non-publication : Louis Machon (1603-après 1672)", dans GRIHL, De la Publication. Entre Renaissance et Lumières, Paris, Fayard, 2002, pp. 93-115. - Direction et présentation du n° 39 des Cahiers du Centre de Recherches Historiques : « Ecriture et prison au début de l'âge moderne », avril 2007. -
(dir. en collaboration avec Laurence Giavarini et Cécile Soudan), de « Lectures croisées du Gascon extravagant », édition électronique dans Les Dossiers du Grihl, Actes et débats, 2007-1,
Edition de textes -
Transcription et présentation des Quatrains de la vanité du monde,
Poésie,
n° 56, 1991. -Transcription
et présentation du texte libertin anonyme : Discours sur ce qu'on appelle
philosophe chrétien, La lettre clandestine, n° 4, 1996. - Transcription et présentation de François La Mothe Le Vayer, Explication de l'Antre des Nymphes, fonds Dupuy n°835, La Lettre Clandestine, n°11, 2003, p. 183-204. - Le Philosophe antichrétien, manuscrit anonyme de la bibliothèque de l'Arsenal (XVIIe siècle), établissement du texte, notes et postface, Paris, les Amis de Paris-Zanzibar, 2001 ; repris in Minora clandestina, I. Le Philosophe antichrétien et autres écrits iconoclastes de l'âge classique, sous la direction d'A. Mothu et A. Sandrier, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 19-76. - Contre la censure des livres. Deux textes extraits d'œuvres italiennes traduites en 1644 : Le Courrier dévalisé de Ferrante Pallavicino (Lettre contre ceux qui défendent les livres) et le Divorce céleste, La Lettre Clandestine, n° 12, 2003, p. 225-236.
Traductions
(littérature italienne) -
Traduction et présentation de sonnets du poète mariniste Marcello
Giovanetti, Siècle, n. 4, printemps 1987. -
Traduction et présentation de Giovan Battista Marino : Adonis, Chant VII
(extrait), Poésie, n° 66, 1994. -
Traduction et présentation de Giovan Battista Marino : Madrigaux suivi
de Le lit nuptial, Poésie, n° 60, 1992. - Traduction, annotation et présentation des Madrigaux de Giovan Battista Marino, éditions de la Différence, collection Orphée, 1992.
Ouvrage
à paraître -
Transcription, présentation et notes de l'ouvrage inédit de Louis
Machon, Apologie pour Machiavel (1645 et 1668), pour les Presses
Universitaires du Mirail.
dernière mise à jour : 12 novembre 2012
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