Communiqué | Le Carnet de l'EHESS : perspectives sur le coronavirus

Extraits d’une réflexion collective et immédiate sur la crise sanitaire réalisée par l'École des hautes études en sciences sociales

L’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) publie le Carnet de l’EHESS : Perspectives sur le coronavirus.
Dès le début de la crise sanitaire, l’École a souhaité immédiatement prendre part à la réflexion intellectuelle sur ce phénomène inédit et mondial. Face à cette sidération, chaque semaine plusieurs billets étaient publiés - en ligne - pour comprendre et éclairer ce nouveau quotidien. Aujourd’hui, l’EHESS regroupe une partie de cette production intellectuelle, sans actualiser ses écrits, en un Carnet papier, gratuit et disponible dans les divers campus de l’École.
Cet objet savant nous invite aujourd’hui à repenser la crise et laisse une trace pérenne sur cette réflexion en sciences sociales sur la pandémie.
Le Carnet regroupe vingt-cinq billets écrits par une trentaine de chercheuses et chercheurs, étudiantes et étudiants de l’École et d’autres institutions : un témoignage polyphonique de la réaction d’une communauté savante face à une crise.

 

En mars 2020, le début du premier confinement a placé la France entière face à la fragilité de ses constructions sociales ainsi qu’à sa propre vulnérabilité. C'est dans ce contexte opaque, que l’EHESS a voulu ouvrir une réflexion collective et immédiate sur les savoirs que l’École pouvait apporter à cette situation inédite.  

Comment l’EHESS pouvait prendre part à la crise en proposant une pensée critique et réflexive sur la crise que nous vivions au quotidien ? La pandémie pouvait-elle constituer pour les chercheurs et chercheuses de l’École l’occasion d’ouvrir des perspectives de réflexion inédites ? Comment concilier la rapidité avec laquelle l’épidémie progressait avec le temps long de la recherche ?

Il fallait pour cela se doter d’un dispositif inédit, réactif et à la portée de toutes et tous. C’est ainsi qu’a été mis en place le carnet « Perspectives sur le coronavirus », dont le premier billet porte la date du 27 mars 2020 (ce jour-là, la France franchissait les 30 000 contaminations avérées pour 1 995 décès).

Puis semaine après semaine, de nombreux billets se sont succédés sur des thématiques telles que les jeunes générations face à la pandémie (Le coronavirus porte-t-il le coup de grâce aux jeunes générations ? par Camille Peugny), l’avenir du télétravail (Quel avenir pour le télétravail après le confinement ? par Cyprien Batut), l’écologie (Une autre pandémie : la pollution par François Jarrige et Thomas Le Roux), la politique (L’épidémie mise en récit en Afrique de l’Ouest par Yannick Jaffré).

Ce Carnet aujourd’hui imprimé et diffusé à un public très large est un objet de réflexion et de témoignages qui permettra, d’ici quelques années, de reconstruire et mieux comprendre la vie au temps du Coronavirus.

 

Quelques extraits du livret :

Le coronavirus porte-t-il le coup de grâce aux jeunes générations ?
écrit le 1er octobre 2020 par Camille Peugny

« Disons-le d’emblée, l’âge ne saurait constituer la seule clé de lecture des facteurs d’exposition au coronavirus. Pour le dire de manière un peu caricaturale, la Covid-19 n’est pas qu’une maladie de personnes âgées. C’est aussi une maladie d’ouvriers dans les abattoirs, d’aides à domicile, de caissières, de SDF ou d’habitants des quartiers populaires et d’immigrés. À cet égard, la situation de la Seine-Saint-Denis est explicite. Un travail de l’Ined cherchant à expliquer le taux de surmortalité de 134 % observé dans ce département pendant la première phase de l’épidémie a mis en évidence la corrélation étroite entre pauvreté, discrimination ethnique ou raciale et exposition au virus. En matière de risque sanitaire, il faut ainsi manier la variable « génération » avec la même prudence que dans d’autres domaines de la vie sociale, c’est-à-dire en gardant à l’esprit qu’elle demeure fracturée par les inégalités sociales : une jeune caissière travaillant dans une ville dense a probablement bien davantage de risques de contracter le coronavirus, et possiblement d’en subir de longues séquelles, qu’une étudiante réfugiée dans la résidence secondaire de et avec ses parents sexagénaires, lesquels sont bien davantage protégés que leurs homologues vieillissant dans des cités – denses – d’habitat social. En un mot, il y a les générations, certes, mais n’oublions pas les classes sociales.

Quand mon village fait l’expérience de l’épidémie : le Gard
écrit le 26 mai 2020 par Laure Marchis-Mouren

« Plus globalement, les associations sportives des villages environnants se sont également organisées pour maintenir leur activité. Les coachs sportifs diffusaient des programmes de CrossFit écrits à faire chez soi ou proposaient des cours de sport filmés à faire en direct ou en replay chez soi. Ces vidéos ont remporté un franc succès dès le début du confinement, avant de connaitre un ralentissement avec la reprise des activités professionnelles le 11 mai 2020. En effet, la motivation semble décroître lorsque le cours n’est pas regardé en direct (en «¬live¬»). Comment expliquer le succès de ces vidéos  réalisées par des personnalités locales plutôt que par des sportifs très renommés des réseaux sociaux, suivis par des milliers de followers ? Ces coachs sportifs locaux sont connus des adhérents des associations, et plus largement, de la plupart des habitants du village en raison de leur investissement dans l’activité de la commune. Ils ont donc une réputation sociale. De plus, voir un visage connu à l’écran a probablement joué un rôle dans le succès de ces vidéos amateur. Il s’agit ici pour la population de se référer à des personnes qu’elles connaissent réellement et qu’elles côtoient régulièrement en dehors de la période de confinement. »

Carnet disponible en PDF

.

L’EHESS
Créée en 1975, l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) constitue l’un des principaux pôles de sciences humaines et sociales en Europe. Elle est unique dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche français, tant du fait de son projet intellectuel interdisciplinaire que grâce à son modèle de formation par la recherche, à son ancrage international et à son ouverture sur la société. L’EHESS réunit près de 800 enseignants-chercheurs, 3000 étudiants du monde entier et 500 personnels administratifs et d'appui technique à la recherche. L’Ecole est implantée à Paris, au Campus Condorcet à Aubervilliers, Toulouse, Lyon et Marseille et héberge près de 40 unités de recherche. Elle héberge des enseignants-chercheurs invités et dispose de sa propre maison d'édition : les Editions de l'EHESS.

Informations pratiques
Gratuit
Carnet disponible à l’accueil des différents campus de l’EHESS : Paris, Aubervilliers, Marseille et en ligne : ehess.fr 

Contact presse 
Audrey Rouy
06 14 12 66 35
audrey.rouy@ehess.fr