Éric Monnet, lauréat du Prix du meilleur jeune économiste 2022

Éric Monnet, spécialiste de l’histoire économique, directeur d’études de l’EHESS où il est titulaire de la chaire Souveraineté monétaire et mondialisation, professeur à Paris School of Economics (PSE) et chercheur affilié au Centre for Economic Policy Research (CEPR), reçoit le Prix du meilleur jeune économiste 2022 décerné par Le Monde et le Cercle des économistes.

Le Monde et le Cercle des économistes distinguent chaque année, depuis 2000, « un économiste français de moins de 41 ans qui allie une expertise reconnue et une participation active au débat public », dans le but de « récompenser les travaux d’un jeune chercheur et de mieux faire connaître les multiples facettes des sciences économiques ».

Une approche à l’intersection de la macroéconomie et de l’histoire politique

Éric Monnet étudie les politiques et systèmes monétaires et financiers aux XIXe et XXe siècles, avec une attention particulière pour l’histoire française et son contexte européen. Il s’intéresse particulièrement au fonctionnement des sociétés en crise. En voulant comprendre « comment des abstractions, comme les variations des flux financiers ou la monnaie, pouvaient avoir un effet sur la vie réelle des gens », il développe un fort intérêt pour l’histoire. « Ce n’est qu’en thèse que j’ai commencé à faire de l’histoire économique, parce que l’histoire permet de remettre de la complexité dans la théorie économique et l’analyse des crises. L’École normale supérieure et l’École des hautes études en sciences sociales offrent un cadre interdisciplinaire adapté à cette approche », a déclaré l’économiste dans une interview au Monde.

D’un point de vue méthodologique, son approche se situe à l’intersection de la macroéconomie et de l’histoire politique. Cela consiste à utiliser les outils théoriques et statistiques de l’analyse macroéconomique, en plus de la méthodologie historique fondée sur les archives, pour restituer le contexte des prises de décisions politiques et, en retour, à étudier les effets de ces politiques sur l’économie. Une hypothèse de cette démarche est la possibilité de recontextualiser certaines politiques en procédant à une analyse a posteriori de l’économie, et en portant ainsi un regard critique sur ce qui était appréhendé par les acteurs contemporains. Sans nier la perception que ces derniers avaient de l’économie (forgée par leurs relations sociales, l’usage de statistiques, leur connaissance théorique en économie, leur insertion dans des cadres hiérarchiques et rapports de pouvoir, etc.), Éric Monnet étudie leurs représentations et décisions au regard de l’évolution de court et long terme des structures économiques. Cela implique notamment un raisonnement contrefactuel, en s’interrogeant sur la prise de décision des responsables politiques (auraient-ils pu penser ou décider autrement ?) pour in fine comprendre ce qui les poussait à agir. Loin de réduire la politique à une histoire événementielle, il cherche à caractériser des périodes successives pour mieux retracer conjointement les mutations des structures économiques et d’idéologies.

En appliquant cette démarche à ses travaux sur la crise bancaire et la Grande dépression en France dans les années 1930 ou encore sur le rôle de la Banque centrale dans la reconstruction économique et les politiques d’investissement d’après-guerre, il éclaire les nouveaux phénomènes monétaires et financiers à la lumière des enseignements de l’histoire.

Parcours d’un historien de l’économie

Ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon, il poursuit ses études à l’EHESS où il soutient sa thèse en 2012 sur la politique de la Banque de France de 1945 au début des années 1970, pendant la période des Trente glorieuses, sous la direction de Pierre-Cyrille Hautcœur. Ses travaux sont alors récompensés par le prix de l’Economic History Association et le prix de l’International Economic History Association. Il a publié de nombreux articles dans des revues internationales d’économie et d’histoire économique, contribué à des ouvrages d’histoire monétaire et financière et récemment publié deux ouvrages : Controlling Credit. Central Banking and the Planned Economy in Postwar France, 1948-1973 (Cambridge University Press, 2018) et La Banque-providence. Démocratiser les banques centrales et la monnaie (Le Seuil, 2021). Il a également coordonné plusieurs ouvrages collectifs ou numéros spéciaux de revues consacrés à la place de l’analyse économique et des économistes dans la décision politique. Il intervient régulièrement comme expert auprès d’institutions (Banque de France, Conseil d’analyse économique, CEPR, FMI).

 

> En savoir plus sur ses travaux

> Lire son portrait publié par Le Cercle des économistes

> Lire son interview dans Le Monde