« Le Chantier Fantasio : enquête sur un processus de création à l’Opéra Comique »

Né d’un désir de collaboration entre deux institutions, l’atelier « Le chantier Fantasio » a été initié par Olivier Mantei, directeur de l’Opéra Comique et Karine Le Bail, chercheuse au CNRS (Centre de recherches sur les arts et le langage / EHESS) et chargée de séminaire à l’EHESS.

Les « Fantasept » sont un groupe d’étudiants de l’EHESS choisis par le metteur en scène Thomas Jolly et son équipe afin de suivre le processus de création d’une œuvre méconnue de Jacques Offenbach à l’Opéra Comique : Fantasio, d’après la pièce éponyme d’Alfred de Musset.

Ce programme de recherche inédit, ouvert aux étudiants, a eu tout autant pour vocation de familiariser des apprentis chercheurs en arts avec le monde de la scène en tant qu’objet d’étude concret que de questionner les rapprochements possibles entre les artistes, les institutions artistiques et l’univers de la recherche. Soutenu par le Laboratoire d’excellence Création, arts, patrimoines (LabEx CAP), « Le chantier Fantasio » a également permis d’interroger le statut du chercheur en arts et les possibles formes d’intervention que ce dernier peut engager dans un processus de création artistique. Il a fallu notamment affronter la question sous-jacente à toute démarche de ce type, aussi ambitieuse soit-elle : la rencontre entre la recherche et l’art est-elle possible ? Peut-on faire d’un processus de création un objet théorique au même titre qu’une œuvre finie ? Comment l’activité de chercheurs peut-elle s’inscrire dans un processus de création artistique ? Selon quelles formes, quelles frontières et quelles limites peuvent-ils se rencontrer ?

L’atelier, dont le mode opératoire a été en constante élaboration, s’est finalement organisé autour de deux axes principaux : la possibilité d’apporter une contribution au processus de mise en scène et l’étude de ce même processus de création. Les « Fantasept » ont donc été invités, dès les premières rencontres autour de Fantasio, à adopter tour à tour une position de participants et d’observateurs. Lors des deux ateliers préparatoires, « les Vendredis de Jacques » – conçus par l’Opéra-Comique pour montrer le travail à l’œuvre au public – ils sont ainsi allés chercher dans les archives plusieurs documents « aux recoins » de l’œuvre d’Offenbach, apportant des éléments touchant directement à la réception de l’œuvre (coupures de presse), au contexte socio-historique (l’alcoolisme, le discours hygiéniste des années 1870, la guerre franco-prussienne), tout autant qu’ils ont étudié le livret et la partition de manière plus approfondie. Durant la période de création proprement dite, les étudiants ont repris une position plus classique d’observateurs, rédigeant des « chroniques » pour rendre compte des répétitions toujours sous un angle nouveau.

La recherche universitaire en art est trop souvent pensée dans une temporalité ultérieure à la création, tributaire de la forme finale. L’étude du processus de création en tant que dispositif a ainsi permis d’étudier l’œuvre Fantasio dans sa double temporalité. D’abord, celle étirée de la démarche de création encore erratique, c’est à dire la mise en pratique de la logique d’abduction de la création artistique : observation des essais, des modifications, des reprises, des réflexions, des discussions, qui ont permis de s’intéresser à la généalogie des choix artistiques. Puis, celle de la forme finale, du spectacle en tant que tel, à la lumière de tout le travail de création préalable. Il s’agira, dans un dernier temps, de rendre compte de l’ensemble des activités et des recherches menées par les étudiants.  Ce travail final actuellement en cours d’élaboration prendra la forme d’un outil numérique, tentative d’une écriture multimédia de la recherche alliant vidéos, sons, articles. Des premiers éléments de leur travail sont disponibles sur leur carnet de recherche en ligne et sur le site de l’Opéra-Comique.

 

 

 

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