Batailles d’images

La propagande visuelle des élections présidentielles françaises 2017 et des élections législatives italiennes 2018

Colloque international et exposition organisés par Maxime Boidy (LabToP-CRESPPA), Luciano Cheles (LUHCIE-Université de Grenoble-Alpes) et Francesca Martinez Tagliavia (CRH-EHESS), en collaboration avec la Maison de l’Italie, Cité Internationale Universitaire.

Le portrait est un genre figuratif qui joue, de longue date, un rôle important dans la communication politique. La capacité de transformer les personnalités politiques absentes en figures présentes en fait un outil de propagande d’une grande efficacité. L’effigie permet de se présenter dans l’espace public sous un jour favorable tout en cultivant l’impression d’authenticité. Néanmoins, publicitaires et graphistes s’appuient sur de nombreux artifices pour mythifier les personnalités : pose, expression du visage, style vestimentaire, symbolisme des couleurs, accessoires et décor sont autant d’éléments sémantiques qui peuvent influencer le regardeur, de manière consciente ou inconsciente. D’autre part, le rapport ordinaire à l’image passe fréquemment par des formes d’agression iconoclaste. Déchirures au niveau du visage, sigles, graffitis, traduisent certains antagonismes qui structurent le champ politique. Ils révèlent en outre des enjeux plus profonds, tels que les formes de représentation ou d’incarnation sur lesquelles sont fondées les institutions des démocraties parlementaires, ou d’autres régimes politiques. L’attaque iconoclaste, la destruction de l’image peuvent laisser place à des stratégies visuelles plus nuancées. Celles-ci traduisent moins un antagonisme entre le projet incarné par l’affiche et la position de celui ou celle qui la détourne qu’un constat politique, voire un simple fait de campagne : l’échec d’une candidature, qui est aussi celui de la stratégie visuelle portée par l’affiche. Bien que l’affiche politique constitue un agencement textuel et visuel élaboré, elle demeure en grande partie le support d’un slogan, d’un message linguistique forgé pour frapper les esprits. Celui-ci devient un objet de détournement d’autant plus puissant qu’il offre un slogan alternatif permettant de décrédibiliser le candidat sur sa propre ligne de campagne. Aux formes de personnalisation assumées par certaines lignes politiques s’opposent les stratégies d’autres partis insistant sur le porte-parolat de leur candidat — l’incarnation est alors subie plutôt que choisie. Le message politique insiste sur les collectifs derrière les personnes, sinon sur les écueils des institutions existantes. Certaines stratégies de détournement amoindrissent, elles aussi, l’incarnation au profit de la puissance d’une masse anonyme, définie comme sujet politique à part entière.

Cette manifestation entend réfléchir à ces questions d’iconographie politique à partir d’un corpus d’images de propagande produites au cours de la campagne électorale des élections présidentielles françaises 2017 et des élections législatives italiennes 2018. Afin d’examiner comparativement la rhétorique visuelle utilisée par les différents candidats au cours des deux campagnes, la manifestation se compose de deux volets.

Le premier volet est d’ordre scénographique : une exposition présente des affiches officielles, des tracts, des professions de foi et des programmes, des images dématérialisées issues des réseaux sociaux, des médias traditionnels ou des « meetings holographiques », mais également un ensemble d’images attestant de détournements, de gestes iconoclastes ou de graffitis. Ces exemples de stratégies visuelles et de contre-images visent à documenter les usages sociopolitiques des images de propagande, tant du point de vue de leur spécificité propre, que de logiques visuelles plus diffuses. Ce faisant, il s’agit de proposer un appareil critique permettant de densifier la réflexion autour des images de propagande officielles, par le dispositif scénographique.

La réflexion scientifique proprement dite autour des images de propagande fait l’objet d’un colloque de deux jours, avec l’invitation de chercheurs spécialistes de l’image et de la communication politique, issus des différentes disciplines des sciences humaines et sociales ainsi que d’une exposition qui se tiendra du 29 mai au 8 juin.

 

 

Histoire Image, Politique

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 31 mai 2018 - 14:00
  • Vendredi 01 juin 2018 - 15:00
Lieu(x)
  • Cité Internationale Universitaire, Maison de l’Italie - 7a, Boulevard Jourdan 75014 Paris
Contact(s)
  • ffrancesca.martinez@gmail.com
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