Le cadavre et ses avatars

Approches socio-anthropologiques des substituts au corps et des corporéités plurielles en contextes de sortie de violence extrême

Notre atelier se propose d’explorer dans une perspective anthropologique comparative les multiples modes d’existence du cadavre en tant que corporéité. Matérialité fluctuante, travaillée par le temps et des processus de transformation naturels et sociaux, support de rituels complexes ou « déchet » abandonné, objet de dispositions juridiques ou d’investigations judiciaires et médicales, le cadavre a suscité récemment des travaux pionniers dans le champ des sciences humaines, notamment en rapport avec sa production, son traitement en contexte de violence de masse et son destin ultime.

La multiplication des ethnographies portant sur la diversité des modes de traitements sociaux et d’existence symbolique du cadavre dans les contextes de violence extrême autorise désormais une exploration comparative des pratiques et représentations produites par cette corporéité composite discontinue. Que l’on considère les éléments matériels, supports d’individuation, qui fusionnent avec les restes corporels (lambeaux de vêtements, alliance, photographies, projectiles etc.), ou les gestes qui façonnent ces corps morts et les déplacements qui les formatent ou les recomposent, il est intéressant d’interroger la stabilité et la malléabilité du cadavre en tant que production sociale. Sa réapparition, au moment de l’exhumation, ne doit en effet pas faire oublier ses autres formes d’apparitions : révélations oniriques, recours à la voyance, visions d’âmes en peine ou relations d’échange avec le mort.

Supports de tentatives scientifiques ou informelles d’identification, sources de conflits d’interprétation, les restes absents apparaissent comme des spectres hantant à plus d’un titre les familles des victimes : trouvés, ils deviennent des objets d’investigation pour les experts ou des preuves judiciaires ; restitués, ils occupent une place centrale lors des actes mémoriels officiels et deviennent porteurs de multiples enjeux politiques qui dépassent le rituel de leur ré-enterrement. La corporéité des cadavres de la violence extrême ne peut donc être abordée qu’à partir de l’analyse des différentes étapes d’un mode d’être qui leur est propre depuis leur réapparition, celle-ci, encadrée ou non par une exhumation, en constitue l’événement-clé. Cette existence singulière pose la question de la temporalité de leur « vie sociale » et des modes rituels ou politiques de réactivation ou de recomposition de leur statut symbolique.

 

Programme

Jeudi 6 septembre 2018 – 14h-18h30h

Accueil et ouverture : Dorothée Delacroix (UCLouvain/Marie Sk Curie-Ispole), Anne-Marie Losonczy (EPHE-Cerma/Mondes Américains) et Elisabeth Anstett (CNRS-Ades et Iris)

♦ Panel n°1 : L'espace-temps des cadavres
Discutante : Elisabeth Anstett, CNRS-Adès et Iris

• De l'absence aux restes, des restes aux âmes. Modes et temps d'existence des cadavres de la violence entre identification et sanctification en Colombie.
Anne-Marie Losonczy, EPHE-Cerma

• La mort transfigurée : cadavres en devenir et violence d’Etat en Argentine
Pamela Colombo, EHESS/Marie Sk Curie-Iris

 

♦ Panel n°2 : Destins politiques des corps et figures de l’absence
Discutante : Valérie Robin Azevedo, Université Paris Descartes-Canthel

• Quand les cadavres témoignent : Anamnèse d’une nécro-politique au Maroc
Zakaria Rhani, Université Mohamed V – IURS

• Martyrs des « nôtres », martyrs des « autres » : traitements divergents de massacres (19e – 20e siècles) et d’ossements en Bulgarie postsocialiste
Galia Valtchinova, Université Toulouse 2 Jean Jaurès – Lisst et Cas

 

 

Vendredi 7 septembre 2018 – 9h-13h30

♦ Panel n°3 : La présence des morts. Des corporéités oniriques aux recherches ADN
Discutante : Elisabeth Claverie, CNRS-ISP

• Quand les âmes parlent de leurs corps. Rêves et apparitions des disparus dans les Andes péruviennes et dans la région d’Extrémadure (Espagne)
Arianna Cecconi, EHESS-Centre Norbert Elias

• Circulation des corps et des âmes dans le Pérou d'après-guerre. Épreuves de vérité et Revelations voilees aux temps des exhumations.
Dorothée Delacroix, UCLouvain/Marie Sk Curie-Ispole

 

♦ Clôture et ouverture de la discussion collective

• De la profanation médicolégale du cadavre à sa réhumanisation paradoxale dans l'Occident contemporain
Marika Moisseeff, CNRS-Las

Aires culturelles, Anthropologie Amérique du Sud, Amériques

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 06 septembre 2018 - 14:00 - Vendredi 07 septembre 2018 - 13:30
Lieu(x)
  • Aix Marseille Université - Faculté de Médecine (Salle 109 - bat. jaune/vert) - 27 Boulevard Jean Moulin, 13005 Marseille
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