La nature pense-t-elle ?

Le colloque « La nature pense-t-elle ? » est organisé par Frédéric Joulian (EHESS, Centre Norbert Elias), Yoann Moreau (Mines ParisTech, Centre de Recherches sur les Risques et les Crises), Mayuko Uehara (Kyoto University, Graduate School of Letters).

Il se déroulera du 6 au 8 juin 2019 à Paris, les 6 et 7 juin 2019 à l'UNESCO, le 8 juin 2019 à la Maison de la culture du Japon.

L’objectif de cette rencontre interculturelle et interdisciplinaire Japon-France est d’explorer de façon critique et ouverte ce que nous appellerons « les intelligences de la nature ». Des chercheurs en sciences humaines et en sciences naturelles, tous acteurs-praticiens de la recherche contribuant à redéfinir et à renouveler les approches de la Nature, délivreront leurs visions de la question et débattront avec un large public.

 

Accès ouvert à tous, à l’UNESCO sur inscription : frederic.joulian@ehess.fr;jocelyne.bernard@ehess.fr

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Argument

Pour sapiens, et l’époque moderne de l’Occident, qui dit « pensée », dit « pensée réflexive », dit « sujet pensant», dit séparation ontologique nette et hiérarchisation des formes du vivant, spécificité et supériorité de l’intelligence humaine. Selon ce paradigme, les êtres de culture (les humains) « font », fabriquent et signent tandis que les êtres de nature (les non-humains) « sont », s’adaptent et subissent. Or, depuis presqu’une centaine d’années avec les travaux pionniers de Jakob von Uexkül, Watsuji Tetsurô, Thomas Sebeok, d’autres paradigmes que celui de la modernité occidentale ré-affirment et démontrent l’intime continuité et l’entrelien "Aida" entre les différentes formes du vivant et du non vivant. Cette constellation de penseurs et de praticiens -acceptant l’unité et la diversité des formes de nature-, contrevient à la pensée dominante et sécante de la science positive.

En nous fondant sur une pensée moniste, relationnelle et phénoménologique empruntée à Nishida Kitarô, Imanishi Kinji et Augustin Berque d’une part, et d’autre part aux chercheurs les plus originaux de l’anthropologie (André Leroi-Gourhan, Philippe Descola, Tim Ingold), de la psychologie (James Gibson, Edwin Hutchins), de la philosophie (Yamauchi Tokuryû, Jacques Derrida), cette rencontre constituera l’occasion unique de réexaminer les questions de continuité et de spécificité des différentes formes de vivacités sur la base des travaux les plus actuels en la matière. Nous mobiliserons ceux qui osent approcher non seulement « l’intelligence rationnelle », mais aussi « les intelligences sensibles » des êtres vivants, végétaux ou animaux, ou le plus souvent, êtres composites et hybrides. Que serait une mousse sans son support minéral ? Un champignon sans ses hôtes aériens et sous-terrains ? Ou comment existerait un mammifère sans son cortège bactérien et parasitaire qui le définit tout autant que ses neurones ?

L’accent sera ainsi mis sur les formes collectives et distribuées de cognition et sur leurs différents modes d’existences réelles. L’éthologie, la physiologie végétale, l’écologie, l’agronomie, l’anthropologie, la philosophie, … seront bien évidemment embarquées dans le débat, de façon tout à la fois exigeante (en ne détachant pas l’animal de son milieu de vie) ; ouverte (en ne tentant pas de hiérarchiser ses comportements, des plus simples aux plus complexes) ; et en regardant comment l’être s’exprime dans tel ou tel contexte, en présence de tel ou tel acteur ou actant.

Ces nouvelles formes de compréhension, mais surtout, de co-existences que l’Occident est en train de redécouvrir via l’anthropologie, l’éthologie et la philosophie, nous amènent aussi à aborder la question des droits que nous pouvons octroyer à la Nature et plus généralement la question des représentations et des porte-parole de la Nature ; qu’il s’agisse de montagnes, de fleuves, de communautés animales, d’espèces ou d’individus. Comment vivre en intelligence avec des sensibilités et des modes d’existences non-humains ? Comment contribuer à une co-existence durable entre les multiples formes de vie ? Selon quels modèles ? Selon quels principes ? Ceux que nous pensons voir à l’œuvre dans l’évolution sur des dizaines ou centaines de millions d’années ? Ceux de la modernité et de la globalisation ? Ou ceux, que nous tentons d’activer depuis des cosmologies locales, en rupture avec l’hégémonie d’une nature universelle et prédéfinie ?

 

Direction scientifique : 

  • Frédéric Joulian (EHESS, Centre Norbert Elias)
  • Yoann Moreau(Mines ParisTech, Centre de Recherches sur les Risques et les Crises)
  • Mayuko Uehara (Kyoto University, Graduate School of Letters)
Asie, France, Japon

Informations pratiques

Chercheur(s):
Date(s)
  • Jeudi 6 juin 2019 - 09:00 - Samedi 8 juin 2019 - 18:30
Lieu(x)
  • UNESCO (6-7 juin) - 125, avenue de Suffren 75007 Paris- Métro Ségur
  • Maison de la Culture du Japon à Paris (8 juin) - 101 bis, quai Branly 75015 Paris - Métro Bir Hakeim
Contact(s)
  • frederic.joulian@ehess.fr
  • jocelyne bernard@ehess