Colloque sur la Shoah : l’EHESS dénonce le déni des autorités polonaises

Communiqué de presse de l'EHESS

L’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) a rendu publics les graves faits survenus à l'occasion d'un récent colloque alors que s'ouvre l'année scientifique franco-polonaise.

Les 21 et 22 février derniers, le colloque international « La nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah » s’est tenu à l’EHESS. Organisé en partenariat avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, le CNRS et l’Université de Strasbourg, il a réuni des spécialistes internationalement reconnus de l’histoire de la Shoah en Pologne.

Dans les semaines précédant l’ouverture du colloque, des pressions ont été exercées par téléphone et par courrier électronique à l’encontre des organisateurs du colloque et de la présidence de l’École des hautes études en sciences sociales, dans le but de faire annuler la manifestation ou d’en modifier le contenu. Cette première atteinte à la liberté scientifique a été suivie par de fortes perturbations durant le colloque. Un groupe d’une trentaine de personnes identifiées comme appartenant à la mouvance nationaliste polonaise ont multiplié les intimidations jusqu’à atteindre l’inacceptable en proférant des propos antisémites.

Devant la gravité des incidents, l’EHESS a effectué immédiatement un signalement au procureur de la République. Elle a aussi déposé une plainte contre X.

Des éléments plus précis, pouvant éventuellement permettre d’identifier certaines des personnes responsables des faits mentionnés, ont été portés à notre connaissance au cours des trois dernières semaines. L’EHESS adresse donc aujourd’hui un complément d'information au procureur qui jugera, le cas échéant, des poursuites à engager.

Une lettre ouverte du 28 février 2019 du président de l’EHESS, Christophe Prochasson, à l’ambassadeur de Pologne en France, Tomasz Młynarski, demandait aux autorités polonaises en France de dénoncer clairement ces faits intolérables. Elle est restée à ce jour sans réponse. La lettre du ministre de l’Enseignement supérieur polonais Jarosław Gowin à son homologue Frédérique Vidal met en doute la réalité des propos antisémites pourtant disponibles en ligne, et désormais relayés par certains médias en Pologne.

Alors que s'ouvre aujourd’hui l’année scientifique franco-polonaise, l’ambiguïté de l’attitude des autorités polonaises face à des atteintes intolérables à la liberté académique et à la liberté de penser dans notre pays est particulièrement préoccupante.

 

Paris, le 18 mars 2019

 

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