Atelier II « Crossroads of Intellectual History »

       
Le deuxième atelier du programme Crossroads to intellectual history, coordonné par Stefanos Geroulanos (NYU) et Gisèle Sapiro (EHESS), a eu lieu du 1er au 3 juin 2017 à New York University. Poursuivant les discussions initiées lors de la première rencontre de novembre 2016 autour de l’histoire intellectuelle à l’américaine et l’histoire sociale des idées à la française, il a réuni une vingtaine de chercheurs des deux pays.

La première session de la matinée a été l’occasion pour des doctorants de se confronter à des textes fondateurs : John Raimo a été invité par Gisèle Sapiro à revenir sur l’article de Pierre Bourdieu consacré au « marché des biens symboliques » (1971) tandis que Stefanos Geroulanos a proposé à Lucile Dumont de discuter les apports de Georges Canguilhem à partir d’extraits de deux de ses ouvrages : « Le normal et le pathologique » (1943) et « La Connaissance de la vie » (1952). Lors de la seconde session, Giuseppe Bianco a présenté sa recherche en cours sur l’émergence d’un espace transnational de circulation des idées philosophiques entre 1870 et 1970, Lauren Kirk a introduit son enquête sur les historiens médiévistes français dans l’après-68, et Jean-Michel Chashiche a interrogé les rapports entre les concepts de « marché » et de « champ » à partir de son travail de thèse sur les livres d’économie en France depuis 1945. La journée s’est poursuivie avec une présentation d’Amine Brahimi sur le concept de « marché » des idées islamiques réformistes à partir de son doctorat portant sur le « champ » intellectuel musulman et une autre de Ian Merkel qui a discuté les rapports entre les concepts de « cluster » et de « champ » à travers ses recherches consacrées à l’impact de l’expérience brésilienne pour des chercheurs français comme Fernand Braudel ou Claude Lévi-Strauss.   

     La deuxième journée a permis de poursuivre les échanges avec deux présentations de doctorants mettant au cœur la question de la révolution. Antoine Aubert a continué à développer la dimension bourdieusienne des recherches françaises en interrogeant la place des concepts de « champ intellectuel » et de « champ de production idéologique » dans sa thèse en cours sur les intellectuels révolutionnaire en France depuis Mai 1968 tandis que Pamela Nogales, dans une perspective d’histoire globale plus américaine, a présenté son travail sur la circulation de la mémoire des révolutions européennes de 1848 aux Etats-Unis dans la seconde moitié du 19ème siècle. L’après-midi a ensuite été l’occasion d’échanger autour de deux interventions de professeurs. Judith Surkis a introduit son article de 2012 à la méthodologie foucaldienne portant sur la « généalogie » du linguistic turn avant que Gisèle Sapiro ne questionne la portée transnationale du concept de « champ » à partir de son article de 2013, permettant ainsi de poursuivre les confrontations entre les traditions nationales d’histoire intellectuelle.

La matinée du dernier jour a été le moment d’une discussion finale sur les principaux concepts mobilisés en histoire des idées à travers deux recherches récemment achevées. La communication de Tristan Leperlier sur les écrivains algériens pendant la longue décennie noire (1988-2003) a prolongé les échanges de la veille sur la pertinence de l’utilisation du concept de champ dans une dimension transnationale ; celle de Stefanos Geroulanos lui a succédé en introduisant son ouvrage à paraître sur le thème de la « transparence » et des réseaux conceptuels qui y sont rattachés chez les intellectuels français depuis 1945.

Ces trois journées, suivies également par des chercheurs extérieurs au projet lui-même, ont ainsi été particulièrement fertiles et appellent d’autres échanges constructifs entre universitaires américains et français sur les différentes façons de faire de l’histoire intellectuelle.

Compte-rendu : Antoine Aubert

Histoire, Histoire des idées, Sociologie

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Chercheur(s):
Gisèle Sapiro