Jalons pour une histoire de l’esthétique dans un Japon en transformation, 1873-1925

Conférence d’Arthur MITTEAU (Université Paris Diderot/CCJ) dans le cadre du séminaire interdisciplinaire « Histoire du Japon moderne et contemporaine : permanences et ruptures », le 18 avril 2019.

La notion d’« esthétique » peut recouvrir plusieurs choses différentes, mais dans un cadre scientifique, il importe avant tout de la replacer dans une histoire. Avant d’être une discipline universitaire ou une branche de la philosophie, ce fut un phénomène intellectuel et culturel, certes initié par les « philosophes » de l’Europe des Lumières, mais pour cela, tout aussi tributaire du contexte de l’époque, intellectuel, social, et même technique. Si l’on peut la définir comme un manière particulière d’aborder l’art et plus généralement le spectacle du monde, et de rendre compte des jugements de valeur vis-à-vis de ceux-ci, ses caractéristiques principales – primat donné à la réception et au spectateur, à l’analyse de l’expérience perceptive ; scientisme ; vision unifiante des arts ; lien avec l’émergence du « public » moderne et des institutions patrimoniales – sont donc élaborées au fil des textes des intellectuels, mais aussi sous l’influence du contexte au sens le plus large, comme le montre le lien avec la notion de « public ». Or si ce phénomène intellectuel est ainsi apparu sous une forme historique liée à un contexte donné, il a pu également se transmettre et s’acculturer dans d’autres contextes et aires culturelles, pour un autre résultat, débouchant sur des phénomènes d’influence, d’hybridation, de réécriture de l’histoire de l’art. Ce fut le cas du Japon de la séquence allant de l’ère Meiji (1868-1912) à la défaite de 1945, époque d’accélération des mutations vers l’ère contemporaine. Aujourd’hui, il peut sembler évident de parler d’« esthétique » au Japon pour telle ou telle pratique ou domaine artistique, ainsi lorsqu’on va parler d’ « esthétique des arts du thé ». Pourtant, un tel discours ne va pas de soi, pose problème, et il est précisément le fruit d’une telle histoire. Mais comment en est-on arrivé à ce résultat ?
L’histoire critique de cette séquence d’introduction au Japon de l’esthétique moderne est déjà l’objet d’études, et il s’agit ici d’y proposer plusieurs directions de contribution. D’abord, lors du séminaire, nous comparerons les idées sur l’art de plusieurs théoriciens de cette époque allant de 1868 aux années 1930. Il s’agit, en analysant successivement de tels « jalons », de mettre en évidence une évolution, par laquelle le discours théorique sur l’esthétique, donc sur les concepts régulateurs de la valeur des œuvres d’art, passe peu à peu de philosophes réfléchissant avant tout aux arts plastiques (Ernest Fenollosa, Okakura Tenshin) à des universitaires spécialistes de « littérature nationale » (kokubungaku : Ôtsuka Yasuji, Ônishi Yoshinori). En outre, il s’agit de repenser la notion même d’esthétique, suivant en cela les chercheurs extérieurs aux études japonaises, en la définissant non plus seulement comme un phénomène concernant les seuls théoriciens, mais comme une forme culturelle globale, influençant notre regard sur l’art, que ce soit dans les pays dits occidentaux, au Japon, ou ailleurs. Il s’agit de proposer des pistes méthodologiques pour effectuer une étude de cette esthétique au sens élargi, en pensant en termes de catégories sociologiques d’émetteurs du discours sur l’art, et en proposant des pistes d’analyse de sources numériques (textes des éditoriaux d’art dans les quotidiens).

Aires culturelles Histoire Japon

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 18 avril 2019 - 11:00 - 13:00
Lieu(x)
  • EHESS (salle A05-51) – 54 boulevard Raspail 75006 Paris
Contact(s)
  • crj@ehess.fr