Didómena, l’entrepôt de données de la recherche de l’EHESS

Publication de la Version tamoule de la légende de la variole de la vache de Francis Whyte Ellis

Didómena est le fruit d’une collaboration transversale portée par une équipe de professionnels du numérique, de l’information scientifique et technique (IST) et de chercheurs de l’EHESS.

Cette plateforme collaborative permet d'organiser, de partager et de pérenniser les données – images, textes, vidéos, etc. – utilisées ou produites dans le cadre de travaux de recherche. Les données y sont décrites selon les standards de l’information scientifique et technique. Selon les besoins de chaque utilisateur, elles peuvent être laissées en accès restreint ou publiées en accès ouvert.

Emmanuel Francis, chercheur au Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS), figure parmi les premiers utilisateurs de Didómena. Il nous fait part de son expérience dans le cadre de la publication de la version tamoule d’un manuscrit des années 1810.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à publier la Version tamoule de la légende de la variole de la vache de Francis Whyte Ellis sur Didómena ?

J’avais déjà écrit des billets de blogs1 et un article2 sur ce manuscrit contenant la seule version en langue tamoule connue à ce jour de ce texte que Francis Whyte Ellis (1777-1819) écrivit – d’abord en tamoul, avant d’en donner des traductions en anglais – pour convaincre les populations tamoulophones de procéder sans crainte à la vaccination antivariolique, en présentant celle-ci comme un sixième bienfait de la vache. Thomas Trautmann, un collègue américain, avait déjà publié une version en anglais de ce texte, collationnée à partir d’archives préservées au Royaume-Uni. J’avais prévu de préparer une édition et une étude plus approfondie de la version tamoule… mais le temps m’a manqué. Thomas Trautmann, très intéressé par cette version tamoule, m’a fait part de l’intérêt qu’elle suscitait aussi auprès de nos collègues tamouls, notamment. Plutôt donc que de laisser dormir ces données dans mon ordinateur, Didómena m’a apporté une solution très pratique pour les rendre accessibles et – qui sait ? – compléter un jour ce jeu de données en ajoutant la transcription et la translitération du texte, dont j’ai une version de travail presque présentable.

Comment avez-vous eu connaissance de l’existence de ce manuscrit original ?

Par un concours de circonstances... Au moment où je lisais l’ouvrage dans lequel Thomas Trautmann donne la version en anglais de la légende3, Grégoire Schlemmer, un collègue de l’IRD, m’a signalé l’existence d’un petit fonds de manuscrits indiens conservés à la Bulac. Jérôme Petit, un autre collègue, aujourd’hui à la BNF, avait en outre déjà publié une description de ce fonds4. En l’examinant, mon attention fut immédiatement attirée par le manuscrit décrit comme un « Traité sur la vaccination antivariolique mis en forme de traité indien » (selon une fiche de Jean Filliozat) et comme « Texte tamoul p. 5-24 et traduction anglaise p. 25-48 ». L’examen du manuscrit à la Bulac m’a confirmé qu’il s’agissait bien du texte d’Ellis, dans les deux langues. Il faut aussi souligner ici la politique très ouverte de la Bulac : aucune restriction d’accès au manuscrit original, autorisation de photographier et de publier ces photographies, le manuscrit n’étant plus protégé par des droits d’auteurs.

Qu’est-ce qui vous a semblé intéressant sur Didómena pour le dépôt de ce type de données ?

D’abord la facilité d’utilisation : j’ai pu télécharger tous les fichiers d’un seul clic et entrer les métadonnées une seule fois. Didómena utilise par ailleurs des référentiels qui contiennent beaucoup d’éléments précis : le type de données « manuscrit » ; la langue tamoule ; des mots clés comme « vaccine » ou « variole », qui ont été suggérés ; lors de la saisie, l’auteur, Francis Whyte Ellis, a été identifié à partir des bases de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes). Didómena permet également d’attribuer au jeu de données un titre en plusieurs langues ou encore d’indiquer une date approximative pour le manuscrit (les années 1810). En outre, la possibilité d’attribuer un DOI au jeu de données permettra qu’il soit cité et trouvable très facilement.

Quelles sont vos suggestions suite à votre expérience sur Didómena ?

Le lecteur IIIF avec son effet « zoom » est déjà un élément très utile, mais il gagnerait à occuper toute la largeur de la page pour permettre une consultation plus aisée. Un bouton pourrait, par exemple, permettre d’ouvrir le lecteur sur une page dédiée. Le lecteur pourrait également incorporer un outil de navigation du jeu de données. Télécharger d’un seul clic l’ensemble d’un jeu de données serait aussi un plus. Je ne doute d’ailleurs pas que nos collègues de la DSI sont en ce moment même en train de plancher sur les prochaines évolutions de Didómena, qui, il faut le souligner aussi, sont convenues en concertation avec les chercheurs et pour répondre à leurs besoins.

 

 

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1 Francis Emmanuel (2013), « Tamil Original of Ellis’ Legend of the Cowpox Found ». Billet de blog.

Francis Emmanuel (2014), « Un manuscrit tamoul unique : la légende de la variole de la vache ». Billet de blog.

2 Francis Emmanuel (2017), « La sixième “vacherie” d’Ellis », in: Christophe Vielle, Christian Cannuyer & Dylan Esler (dir.), Dieux, génies, anges et démons dans les cultures orientales & Florilegium Indiae Orientalis Jean-Marie Verpoorten in honorem (pp. 253-266), Société Royale Belge d’Études Orientales : Bruxelles (Acta Orientalia Belgica 30).

3 Trautmann Thomas R. (2006), Languages and Nations: The Dravidian Proof in Colonial Madras. Berkeley [etc.] : University of California Press.

4 Petit Jérôme (2007), « État du fonds de manuscrits indiens à la Bibliothèque interuniversitaire des Langues Orientales », Bulletin d’études indiennes 24-25 (2006-2007), p. 191-206.

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Chercheur(s):
Emmanuel Francis