Retour sur Focus, le rendez-vous dédié aux écritures alternatives en sciences sociales, à Marseille

Écrire les sciences sociales autrement

Retour sur FOCUS – Salon des écritures alternatives en sciences sociales, du 9 AU 10 juin 2022, raconté par Bénédicte Barillé et Emmanuelle Durand

Le 9 et 10 juin 2022, le Salon des écritures alternatives a tenu sa troisième édition à Marseille au Mucem. Focus est porté par le réseau national des écritures alternatives en sciences sociales qui s’appuie sur le groupement de recherche (GDR) "Images et sciences sociales". L’objectif principal du salon des écritures depuis sa création est d’établir un pont entre la recherche et les industries culturelles. Ce salon est organisé sur deux jours, avec une première journée dédiée aux professionnels composée essentiellement d’ateliers, à la fois d’initiation et de présentations de projets et une seconde, ouverte au public, avec l'organisation de tables rondes notamment.

À travers une interview croisée, Bénédicte Barillé, responsable de production à la Direction Image et Son de l'EHESS (DIS), et Emmanuelle Durand, doctorante à l'EHESS à l'Iris (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux), nous transmettent leur expérience de ce salon, devenu un véritable rendez-vous des écritures alternatives dans la recherche en sciences sociales. 

 

En quoi consiste FOCUS - Salon des écritures alternatives en sciences sociales ?

Bénédicte Barillé (B.B.) : Le salon Focus tente de créer un lien entre la recherche et les industries culturelles afin d'établir une culture commune, pour que les chercheurs et les professionnels des industries culturelles puissent mieux se connaître et dialoguer. Il permet également aux chercheurs et chercheuses en sciences sociales de se rencontrer et d'échanger autour de ces différentes pratiques d'écriture. 

Ce salon est organisé en deux journées, le jeudi et vendredi. La première journée, dédiée aux professionnels, réunissait une centaine de personnes et se composait essentiellement d’ateliers, à la fois d’initiation et de présentations de projets. Cette année, il y avait quatre ateliers :

  • 1 atelier d’initiation en création sonore ;
  • 2 en cinéma ;
  • 1 en exposition ;

Pour réaliser ces ateliers, un appel à candidatures est lancé auprès de chercheurs et chercheuses en poste ou non et à des doctorants et post-doctorants de toute la France. Sur la cinquantaine de candiatures reçue,12 projets ont été retenus puis répartis dans quatre panels.

La deuxième journée du vendredi est ouverte au public. Au total, environ 400 personnes étaient réunies ! Au grand auditorium du Mucem, deux tables rondes se sont tenues autour des questions des écritures alternatives en sciences sociales, avec le souci de réunir des professionnels issus à la fois du monde de la recherche et du monde de la culture. Focus est devenu un véritable rendez-vous, permettant année après année de tisser un réseau de professionnels. 

Emmanuelle Durand (E. D.) : J’ai participé à la toute première édition et à cette dernière où j’ai eu la chance de présenter mon projet dans le cadre d’un atelier privé et bienveillant. J’ai pu échanger avec des acteurs professionnels et bénéficier de leurs regards différents, chacun étant issus de différents milieux, avec ses propres projets et ses propres parcours et expériences. La deuxième journée permet de voir des projets différents des uns des autres, tout aussi bien en cinéma qu'en spectacle vivant. Les échanges des tables rondes sont très intéressants. Avec le festival Jean Rouch hors les murs qui se tenait en parallèle, au Mucem, j’ai aussi pu assister à des projections après les tables rondes.

 
Qu'avez-vous pu apporter durant cet événement pour proposer une nouvelle approche d'expression des sciences sociales ?

E.D. : J’ai présenté un projet de court-métrage documentaire de création, qui s’ancre dans ma thèse en anthropologie préparée à l’EHESS, à l’Iris sur le vêtement usagé au Liban. Le scénario de ce projet de film suit donc deux commerçants de vêtements usagés au Liban. Pour sa réalisation, j’ai très vite eu recours à la vidéo et au son, ayant un attrait pour ces pratiques, afin de documenter autrement les gestes de travail et les ambiances de l'environnement étudié. En avançant sur le terrain, j’ai entrepris l’écriture filmique de ce projet en 2020, au même moment où j’ai commencé la rédaction de ma thèse. Malheureusement, certaines crises se sont succédées au Liban et je n’avais plus accès au terrain. Finalement, j'ai du filmer à trois reprises ce court métrage qui s'est étalé sur une durée de 3 ans. 

Lors de l’atelier auquel j’ai participé au salon Focus, j’ai présenté l’état d’avancement de mon projet, en montrant notamment un teaser. Je me suis rendu compte que l’écriture d’un projet de film, lorsque l’on vient du monde des sciences sociales, est un exercice très difficile, tout particulièrement pour ce qui concerne les réflexes que l’on peut avoir dans l’écriture et la tentation d’expliciter un peu trop les choses. C’est souvent un défaut qui est pointé par les acteurs du monde du cinéma. Mon expérience à Focus a été très précieuse en ce sens puisque j’ai pu bénéficier du regard de ces professionnels.

 

Comment la DIS a-t-elle permis d'effectuer le lien entre les différents acteurs du salon (chercheurs, doctorants et professionnels de l'industrie créative) ?

B.B. : Cette année, nous avons travaillé sur la disposition spatiale du salon : les porteurs de projets intervenaient dans les projets des uns et des autres pour construire un dialogue et un langage commun que l’on tente de maintenir édition après édition. Le salon laisse également une grande place à l'informel pour offrir à chacun un moment pour respirer, se rencontrer et discuter. Ces échanges sont précieux et agréables, notamment en sachant que Focus est un réseau national qui a, lui aussi, souffert du Covid. 

L’idée est que chaque chercheur présente leur projet en 10 minutes, à travers une présentation dynamique qui s’éloigne des standards académiques, afin de plonger les professionnels dans le cœur du projet pour proposer un rapport direct à l’objet. Le but est de construire une parole libre et ouverte pour que les professionnels des industries culturelles soient plus à même d'aider les chercheuses et les chercheurs dans leurs difficultés pratiques. 

 

Pouvez-vous nous décrire vos ressentis et votre expérience à la suite de votre participation (en amont ou en aval) à ce salon ?

B.B. :  L'intérêt du public montre que Focus est un événement de plus en plus important et un rendez-vous devenu annuel et national ! L'écriture alternative est un sujet qui agite actuellement beaucoup les chercheurs et les étudiants et nous pouvons voir à travers cette expérience que le sujet est bien soutenu collectivement. En effet, tout cela est plutôt rassurant ! Chaque année on s’améliore, notamment sur notre manière de créer des conditions d'échanges autour de la bienveillance. Ce n'est pas quelque chose d'acquis mais quelque chose en perpétuel construction. Vivement la 4e édition !

E.E. : C’était chouette d’avoir un cadre où il existe un croisement entre sciences sociales et industries culturelles. Il y a plein d’espaces qui se multiplient en la matière. Le salon est un événement complet : c’est un rendez-vous et un moment assez important chaque année. Après une année sans projet de film, cela me rend heureuse de finalement pouvoir présenter mes projets par le biais de cet événement ! Ce qu’offre ce salon c’est qu’à chaque édition il y a des gens qui reviennent et on peut voir les avancements des projets, voir sur long terme. Je trouve cette démarche très appréciable ! Peut-être que l’on retrouvera mon projet film à l’auditorium l’année prochaine, qui sait ? Enfin, ce salon a su réunir des candidatures, des participations de la France entière, il y a un véritable réseau national qui se tisse. Focus est vraiment une réussite !