Penser les soulèvements

À partir des années 2000, des mouvements de contestation, d’indignation et de révolte n’ont cessé de se produire à l’échelle globale : de l’Europe aux pays arabes, de l’espace post-soviétique aux pays d’Amérique latine. Bien qu’ils ne constituent pas une nouveauté – il suffit de penser aux mouvements contestataires de la fin des années 1960 –, et tout en reconnaissant la spécificité historico-politique de chaque événement, ces mouvements ont cependant des éléments communs qui les différencient des contestations passées. Ces invariants obligent le chercheur à se confronter avec des phénomènes sociopolitiques inédits qui lui montrent la nécessité de repenser certains de ses outils conceptuels.

En particulier, les nouvelles formes de visibilité, de circulation, d’occupation de l’espace public et d’action qui caractérisent ces soulèvements, obligent à considérer à la fois leur dimension sensible et politique – ce « partage du sensible » qui fonde toute communauté. Ce qui appelle à reformulation puise alors dans les catégories de l’esthétique dans son acception originelle d’étude du sensible. C’est d’abord l’expérience de l’espace qui est remise en question par ces mouvements. L’espace social devient un « hybride » entre cyberespace et espace fortement localisé (« Place Tahrir », « Puerta del Sol », « Place de la République », etc.) ; l’espace géopolitique, quant à lui, oscille entre une circulation globale et une inscription et des revendications fortement nationales.

L’expérience du temps s’accélère également, entre flux de communication numérique et flash mob. L’acteur ou le sujet de ces mouvements est aussi insolite : tout en aspirant au collectif, il reste fortement individualisé, il trouve une possibilité d’expression, de circulation et de singularisation dans les réseaux numériques. Par le biais de ces derniers, la dimension émotionnelle et « pathique » de ces événements reçoit un écho inédit.

Parallèlement à l’exposition de Georges Didi-Huberman au Jeu de Paume, cette journée aura pour objet le thème des « soulèvements » dans sa double acception politique et esthétique.

Des sociologues, philosophes, économistes, politologues, psychanalystes, historiens sont invités à intervenir sur la capacité des images à susciter des émotions collectives, en se penchant sur des questions actuelles comme la représentativité des gestes politiques, la circulation d’images dans le monde « globalisé » ainsi que leur pouvoir de créer des nouveaux espaces de mobilisation et des nouveaux sujets en révolte.
La séance sera présentée par les directeurs de la journée et par Michel Wieviorka.

La journée s’articulera en suivant trois sessions thématiques : « Gestes », « Circulations » et « Subjectivités ». 

Informations pratiques

Chercheur(s):
Michel Wieviorka, Georges Didi-Huberman, Marielle Mace, Perrine Poupin
Date(s)
  • Samedi 03 décembre 2016 - 10:30 - 18:45
Lieu(x)
  • Musée du Jeu de Paume (Auditorium) - 1, Place de la Concorde 75008 Paris
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