Ce que les artistes font à l'histoire

Après Nietzsche, la conscience historique a été ressentie comme une « fièvre », une entrave à la compréhension profonde de l’expérience humaine, à son appropriation présente. Paul Valéry, Virginia Woolf, Italo Svevo, partageaient le sentiment exprimé par Stephen Dedalus dans l’Ulysse : l’histoire est un cauchemar à oublier. En revanche, aujourd’hui, de nombreux romanciers et artistes se proposent comme les véritables médiateurs du passé. Ils le « cherchent », et certains d’entre eux visent à combler les failles de l’histoire, d’autant plus que les sujets historiques traités sont imprégnés de questions métahistoriques, comme l’expérience du temps, les temporalités régressives et asynchrones. Le rapprochement est encore plus poussé lorsque les artistes se plongent dans les archives, ou entreprennent des opérations de « re-enactment », comme pour prouver le caractère ouvert et non définitif du passé, ou encore lorsque les frontières entre le documentaire et la fiction s’avèrent plus poreuses que jamais. Les historiens, de leur côté, ont remis en discussion le « noble rêve de l’objectivité » et leurs dispositifs de représentance, et sont devenus plus sensibles à la question de l’imagination-pour-le réel du passé.

Bref le grand partage entre un passé plastique, ouvert à tous les ordres du temps, et un passé révolu et définitif, se retrouve plein de brèches. Pour autant, ces passages ne relèvent pas d’une résolution dialectique des anciens conflits, ni d’une coexistence irénique. Il y a toujours un risque d’esthétisation de l’histoire au détriment des faits. Il y a aussi l’ambivalence de la fiction, lorsqu’elle prétend faire parler les disparus. A travers la diversité des œuvres et des cas qu’il s’agira de traiter, nous chercherons à décrire et comprendre plusieurs configurations possibles des usages de l’histoire par les artistes, depuis la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, époque où l’art contemporain semble à nouveau imprégné d’une certaine « urgence de l’histoire ».

Matin (9h30-12h30)

  • Olivier Abel et Sabina Loriga
    Présentation de la journée
  • Esteban Buch
    L’opéra documentaire, un genre aporétique ?
  • Lisa Ginzburg
    Trois cas d'usage fictionnel de l'histoire dans la production romanesque italienne d'aujourd'hui

 

Après-midi (14h-17h30)

  • Eric Michaud
    Anselm Kiefer et le nazisme : l’histoire plombée
  • Isabelle Ullern
    Ce que la Passion sans salut de Michael Levinas fait aux 500 ans de la Réforme après la Shoah
  • Maria Stavrinaki
    La préhistoire au présent. Remarques sur l'historicité de l'art contemporain
Philosophie psychologie arts et langage Arts, Histoire

Informations pratiques

Chercheur(s):
Sabina Loriga
Date(s)
  • Mardi 29 mai 2018 - 09:30 - 17:30
Lieu(x)
  • Fonds Ricoeur (Amphithéâtre) - 83 bd Arago 75014 Paris
À télécharger