Sacrifices d’enfants à Carthage ? Science et fiction romanesque

Cette après-midi d'étude est organisée par le CRAL (EHESS-CNRS) et le programme de recherche Biologie et Société (EHESS-EPHE-MSH) à l'occasion de l'invitation à l'EHESS de M. Jeffrey Schwartz, paléoanthropologue, professeur à l'Université de Pittsburgh.

Toute une tradition de l’archéologie punique fonde l’affirmation de la coutume barbare de l’infanticide à Carthage sur l’existence d’urnes renfermant les restes carbonisés d’enfants humains, ensevelies dans des cimetières situés en dehors de la cité, les « Tophets ». Le fait qu’on y trouve, associés aux restes d’enfants, ceux d’animaux eux aussi brûlés, serait la preuve d’une pratique sacrificielle. Historiens et épigraphistes quant à eux se réfèrent, pour confirmer cette affirmation, aux auteurs grecs et latins qui décrivent les pratiques atroces de leur ennemi carthaginois.  

Cependant, ces interprétations ne sont-elles pas forcées et fragiles ? Comment conclure de l’existence d’une urne funéraire à un rite sacrificiel  ? Et ne peut-on lire les textes des Grecs et des Romains comme des écrits de propagande exagérant la barbarie des Carthaginois ? Que nous dit la paléo-anthropologie sur la nature de ces restes, sur l’âge des enfants et les conditions de leur décès ? Somme toute, l’évocation saisissante du sacrifice d’enfants à Carthage chez nombre d’interprètes depuis le 19e siècle ne doit-elle pas davantage au roman de Flaubert Salammbô (1862), qu’aux preuves scientifiques ?

« Je n’ai, monsieur, nulle prétention à l’archéologie » écrivait en 1863 Flaubert à Guillaume Froehner qui lui reprochait inexactitudes et invraisemblances dans la reconstitution de Carthage que livrait Salammbô. Il se pourrait bien, pourtant, que son roman ait inspiré de multiples reconstitutions des mœurs carthaginoises, et singulièrement celle de l’atroce et dramatique scène du sacrifice d’enfant dépeinte au Chapitre 13 du roman.

Cette journée d’étude croisera archéologie, paléontologie humaine et études littéraires, autour du thème troublant et spectaculaire de l’infanticide. Elle visera, sinon à dégager une vérité définitive sur la question, du moins à faire bouger les lignes en mettant en lumière l’interpénétration des discours -- la place de la fiction dans la science et de la science dans la fiction. 

 

PROGRAMME

 

14 h 30 : Introduction

Claudine COHEN (Directeur d’Etudes à l’EHESS, CRAL) « Reconstitution archéologique, paléontologie et fiction »

 

Pierre ROUILLARD (Archéologue, Directeur d’Etudes au CNRS) "Le « Tophet de Carthage », Un siècle et demi de recherches et d’interprétations archéologiques"

 

Jeffrey SCHWARTZ (Professeur d’Anthropologie à Pittsburgh University, DE invité à l’EHESS) "Sacrifices d’enfants dans la Carthage de Didon (VIIIe siècle – 146 av. J.-C)? Données paléoanthropologiques et fiction Romanesque/Infant sacrifice at Dido's Carthage (8th c 0 146 av. J-C)BCE): paleoanthropological data and romanesque fiction"

 

Claudine COHEN "Flaubert et l’archéologie : La reconstitution de Carthage dans Salammbô"

 

DISCUSSION GENERALE

 

 

Informations pratiques

Chercheur(s):
Claudine Cohen
Date(s)
  • Vendredi 19 mai 2017 - 14:30 - 18:30
Lieu(x)
  • EHESS (salle 17) - 54, boulevard Raspail 75006 Paris
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