Date de parution:
mars, 2005
Type de norme: 
ISBN 13
Numéro: 
http://editions.ehess.fr

Dire et vivre l’ordre social en France sous l’Ancien Régime

Fanny Cosandey

L’ouvrage, issu d’un travail collectif sur les signes d’honneur (appellations, titulatures, interactions verbales, rang et cérémonial), examine la question de l’ordre social dans la France moderne.

Pourquoi se querelle-t-on avec tant d’énergie, sous l’Ancien Régime, pour une place dans un cortège, un titre pris dans un acte notarié, un « Monsieur »  déplacé ou omis dans une lettre ? Comment comprendre ce monde marqué par une rigidité des statuts qui n’empêche pourtant pas la mobilité sociale ? Comment la hiérarchie se vit-elle et se présente-t-elle, finalement, avant la Révolution et son postulat d’égale dignité ?

Les modes d’emploi du système des appellations
« L’enjeu de la manipu­lation des dénominations semble assez évidemment les tactiques de promotion sociale. La partie se déroulait sous le contrôle de tous les autres joueurs prompts à sanctionner les infractions. Les épithètes sont des enjeux « dans cette société où l’honneur se négocie tout autant que la fortune. Attributs sym­boliques auxquels l’on tient, [les mots] sont signes extérieurs d’un statut qu’on essaie de maintenir ou qu’on est en voie de modifier ». Comme tous les pri­vilèges, les noms d’hon­neur doivent se défendre en commun. Les limites de chaque groupe ont ainsi pour gardiens chaque membre du groupe individuellement. Un des caractères les plus frappants du système est qu’il crée un monde commun en liaison avec l’organisation corporative de la société urbaine (qu’il s’agisse des compagnies de justice, des collèges des secrétaires ou des cor­porations de métiers, sans oublier les communautés ecclésiastiques). Par cette médiation corporative, le mystère de la collectivi­sation des appellations d’honneur s’explique comme une conséquence de l’idée de représentation moderne que Hobbes a résumée en une formule lapidaire : « une multitude d’hommes devient une seule personne quand ces hommes sont représentés par un seul homme… Car c’est l’unité de celui qui représente, non l’unité du représenté qui rend une la personne. »
(Robert Descimon)