Alexandre Baril

Alexandre Baril (Ph.D.) est professeur adjoint à l’École de service social de l’Université d’Ottawa et spécialiste de la diversité (sexuelle, de genre et de corps/capacités). Sa formation interdisciplinaire combine dix années en philosophie/éthique, un doctorat en études des femmes, ainsi que deux stages postdoctoraux en études féministes, des genres et des sexualités à Wesleyan University et en science politique à Dalhousie University. Il a publié de nombreux articles dans des revues scientifiques telles que Hypatia: Journal of Feminist Philosophy ; Feminist Review ; TSQ: Transgender Studies Quarterly ; Journal of Literary & Cultural Disability Studies ; Disability & Society ; Genre, sexualité & société ; Recherches féministes ; Recherches sociologiques & anthropologiques. Ses recherches intersectionnelles se situent à la croisée des études de genre, queer, trans, du handicap et de la sociologie du corps et des mouvements sociaux. Ses travaux récents se penchent sur les discours tenus sur le suicide au sein des mouvements et études anti-oppression.

 

Alexandre Baril participe au Programme Professeurs invités de l’EHESS, sur proposition d’invitation de Juliette Rennes, du CEMS.

Alexandre Baril will take part of the Visiting professors program designed by EHESS, upon a proposition of Juliette Rennes (CEMS).

 

Conférences

« Le suicide chez les minorités de genre et de sexualité »

Dans le cadre du séminaire : “Études sur le genre et la sexualité (niv.2): actualité de la recherche en sciences sociales”.

Queeriser, c’est se réapproprier, recoder, redéployer dans de nouveaux contextes et à d’autres fins des termes. Contrairement à d’autres travaux qui affirment queeriser le suicide (Marsh, 2010 ; McDermott et Roen, 2016) et qui proposent des analyses prenant comme objets d’études le suicide parmi les communautés queers et les minorités sexuelles et de genre, cette communication entend queeriser le suicide dans un sens plus large que de seulement problématiser le suicide de ces personnes. Queeriser le suicide dans un sens plus global, c’est refuser l’assimilation des idéations et gestes suicidaires aux paradigmes dominants d’interprétation du suicide, qu’ils soient médical/psychiatrique, biopsychosocial ou social et qui, au-delà de leurs divergences, aboutissent à la même conclusion : le suicide est anormal et n’est jamais une bonne option. Queeriser le suicide, c’est laisser les personnes suicidaires se réapproprier, recoder et redéployer les discours sur le suicide à partir de leurs référents, besoins et objectifs. Queeriser le suicide, c’est resignifier le sens négatif que lui donnent les discours dominants pour faire émerger des récits différents. La thèse défendue ici est qu’en dépit d’une laïcisation, d’une certaine décriminalisation et dépathologisation du suicide, les personnes suicidaires, leurs gestes et leurs discours demeurent inintelligibles en fonction d’une injonction à la vie et à la futurité, à la fois dans la société et au sein des mouvements et des études anti-oppressions (études féministes, queers, trans, sur le handicap, etc.). Cette communication propose ainsi, à partir d’une approche anti-oppressive et intersectionnelle qui prend en considération l’oppression d’un groupe jusqu’à présent oublié dans les analyses intersectionnelles, soit les personnes suicidaires, la notion de suicidisme comme nouveau cadre conceptuel pour théoriser leur marginalisation et exclusion.

  • Lundi 2 décembre 2019, 15h-17h – Salle 13, 105 Bd Raspail 75006 Paris

 

« Personnes trans et handicapées : repenser les intersections entre le genre et les capacités »

Dans le cadre du séminaire : “Genre, sexualité, institutions : régulations et subjectivation”

Les recherches s’intéressant aux intersections entre transitude et handicaps et entre cisgenrisme et capacitisme sont rares. Il s’agit pourtant d’un sujet important puisqu’une proportion significative de personnes trans sont handicapées et que les violences subies par ce groupe vivant à l’intersection de deux oppressions sont dévastatrices. Aux États-Unis, 39% des personnes trans vivent avec un handicap ou une maladie chronique (James et al., 2016) et au Canada ces chiffrent s’élèvent à 55% (Bauer et al., 2012). Comme une proportion significative de personnes trans sont également handicapées, il semble capital de mieux comprendre leur expérience enchevêtrée de la transitude et du handicap, mais aussi du cisgenrisme et du capacitisme. Cette présentation s’articule ainsi autour de la question suivante : quelles sont les contributions heuristiques, aux plans théorique et politique, à penser les intersections entre les réalités trans et handicapées ? Cette présentation propose : 1) de constituer un état des lieux des travaux sur ces intersections; 2) d’analyser les barrières empêchant la théorisation de ces intersections; 3) d’offrir une analyse intersectionnelle des réalités trans ethandicapés; 4) de dégager les apports heuristiques d’analyses intersectionnelles des réalités trans et handicapées. De façon plus générale, cette présentation vise à analyser le rôle de diverses institutions, qu’il s’agisse des institutions médicales ou psychiatriques, disciplinaires et universitaires (études trans, études du handicap, etc.) ou autres, dans la régulation des identités trans et handicapées et qui ont rendu difficile jusqu’à présent la théorisation et subjectivation communes des réalités trans et handicapées et comment une reconceptualisation de certaines de ces institutions pourrait favoriser des coalitions et alliances entre groupes marginalisés.

  • Jeudi 12 décembre 2019, 9h-12h – Campus Condorcet, salle 0.004, Bât. recherche Nord, Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers

 

« La musculation comme “technologie de genre” : le corps en transformation des hommes trans »

Dans le cadre du séminaire : Masculinités, féminités: approches sociologiques

Malgré la multiplication des travaux portant sur la masculinité, la santé et la musculation, aucune recherche ne s’est attardée aux rapports que les hommes trans entretiennent vis-à-vis de la musculation dans la construction de leur masculinité. D’un côté, les études sur les masculinités s’intéressent peu ou pas aux enjeux trans. D’un autre côté, cette exclusion des personnes trans dans les travaux sur les masculinités reflète le problème plus général de leur exclusion dans les recherches sur la santé, axées implicitement sur la santé des personnes cisgenres (c’est-à-dire non trans). Cette présentation souligne les apports heuristiques d’une analyse des réalités trans pour les études sur les masculinités, pour la sociologie du genre, de la santé et du sport afin de repenser les liens entre masculinité et muscularité. Si, à juste titre, des études sur les masculinités et la musculation montrent que cette pratique cultive une masculinité hégémonique, je soutiens que cette interprétation fait l’économie d’une analyse intersectionnelle qui intègrerait l’identité de genre (trans/cisgenre), où la musculation peut devenir une “technologie de genre” comme outil de validation de la masculinité trans dans des sociétés cisgenristes (ou transphobes). Cette communication permet ainsi de repenser les liens entre masculinité, santé et musculation à la lumière des théories trans et se penchera de façon plus générale sur les masculinités trans et leur rapport complexe vis-à-vis des masculinités dominantes.

  • Lundi 16 décembre 2019, 8h-10h – Campus Condorcet, salle 0.015, Bât. recherche Sud, Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers

 

« Personnes trans âgées, identité de genre et santé cognitive : portrait d’un champ en émergence »

Dans le cadre du séminaire : Approches critiques des catégories d’âge

Cette communication vise à présenter un état des lieux des recherches émergentes sur les personnes trans âgées. Elle se penche aussi plus spécifiquement sur la santé cognitive de cette population et les interventions pour la soutenir. Des travaux ont rapporté de manière anecdotique que les démences (incluant la maladie d’Alzheimer et plusieurs autres changements cognitifs) et les pertes de mémoire qui leur sont associées peuvent avoir des impacts sur l’identité de genre. Par exemple, certaines personnes trans âgées vivant avec des démences présentent une certaine «confusion» à l’égard de leur genre ou oublient qu’elles ont effectué une transition et s’identifient de nouveau avec leur genre assigné à la naissance. Ce phénomène soulève des questions cruciales pour les professionnel-les de la santé au regard de l’utilisation des pronoms, des soins corporels (rasage, coiffure, etc.), des interactions genrées, des soins de santé (continuation ou arrêt des traitements hormonaux), etc. Cette communication présente une typologie critique des solutions mises de l’avant par les chercheur-es et les professionnel-les de la santé pour répondre à cette problématique et offre un nouveau paradigme théorique, fondé sur des principes anticisgenristes, anticapacitistes et anti-âgistes, pour guider les futures interventions auprès de cette population.

  • Mercredi 18 décembre 2019, 17h-19h – Salle 2, 105 Bd Raspail 75006 Paris