David A. Palmer

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Conférences

La « civilisation spirituelle socialiste » : sacralisation du politique et désacralisation du religieux en Chine contemporaine

Dans le cadre du séminaire de Patrick Michel « Approches politiques du religieux »

Depuis la fin de la période maoïste, face à une crise idéologique, le Parti communiste chinois mène une campagne pour « construire la civilisation spirituelle » en tandem avec la « civilisation matérielle » des réformes économiques. La « civilisation spirituelle socialiste » recouvre aussi bien l'orthodoxie idéologique que l'éducation, la culture et la consommation de bon goût. Elle légitime des mouvements populaires qui s'inspirent de la culture et de la religion chinoises, tout en revitalisant un discours nationaliste sur la civilisation de la Chine. Loin de n'être qu'un slogan vide de sens, la campagne est un modèle de mobilisation politique qui tente d'orienter des mouvements culturels et populaires, voire religieux, dans le sens d'un rapport productif avec le Parti, renforçant son mode de gouvernementalité, qui passe ainsi d'une mobilisation révolutionnaire autour de la lutte des classes, vers une entreprise privatisée et volontariste pour la renaissance de la civilisation chinoise, largement soutenue par la population. Dans ce cadre qui instrumentalise les mouvements culturels et populaires pour les objectifs économiques et politiques du Parti, la religion est désacralisée et mise au service d'un Parti qui demeure plus que jamais le socle transcendant et sacré de la collectivité.

  • Mardi 6 juin 2017, de 13h à 15h, à l'EHESS (salle 7), 105 bd Raspail 75006 Paris 

 

Poly-ontologie chinoise : repenser le pluralisme religieux par le biais de la Chine

Dans le cadre du séminaire de Rita-Hermon-Belot « La liberté des cultes en France: parcours historique et anthropologie religieuse »

Cette intervention vise à interroger la notion de pluralisme religieux en la confrontant au cas de la Chine, qui n'a jamais connu le monopole d'une seule religion, et où la coexistence d'une pluralité de traditions a depuis des siècles constitué un principe officiel de la gestion du religieux, aussi bien par l'Etat que par les institutions religieuses elles-mêmes et les communautés locales. Or ce pluralisme n'envisage pas la liberté et la tolérance mutuelle d'entités indépendantes, mais l'interpénétration, voire l'imbrication de systèmes cosmologiques et de pratiques qui gardent leur cohérence et leur identité internes. Cette logique s'applique aussi bien pour les rapports entre les « trois ensignements » du Confucianisme, Taoïsme et Bouddhisme, que, à l'époque contemporaine, pour les rapports entre ces traditions et l'athéisme marxiste de l'Etat communiste. Or ces traditions et idéologies sont souvent, de par leurs fondements ontologiques, radicalement incompatibles entre elles. En s'inspirant du « tournant ontologique » en anthropologie, nous tenterons, par le biais d'exemples ethnographiques sur la religion populaire, sur des nouveaux mouvements religieux et sur les rapports entre Etat et religion, de modéliser différentes logiques d'imbrication « poly-ontologique » dans le monde chinois. 

  • Jeudi 8 juin 2017, de 11h à 13h, à l'EHESS (salle 6), 105 bd Raspail 75006 Paris 

 

La religion et le problème de la « société civile » en Chine

Dans le cadre du séminaire d'Yves Chevrier « La construction du politique en Chine (1895-2017) »

Dans cette conférence, je propose d'explorer les tensions entre la religion traditionnelle et les normes modernes de solidarité civile en Chine, à partir de la théorie de la "sphère civile" du sociologue américain Jeffrey Alexander (The Civil Sphere, 2006). Les communautés religieuses sont définies par Alexander comme entrant dans la catégorie des sphères « non-civiles » qui peuvent contribuer au civisme ou à la sphère civile, sans en faire partie.  Ici, nous examinerons la position structurelle et dynamique de la religion dans l’émergence de « sphères civiles » en Chine. Pour commencer, j’esquisserai un modèle de trois “axes de solidarité” dans la Chine des Qing, qui étaient toutes organisées autour d’un culte, et qui continuent à structurer de nombreux réseaux populaires (minjian) en Chine contemporaine. Ensuite, j’aborderai la tension entre ces axes traditionnels de solidarité et les normes modernes de la sphère civile, ainsi que le rôle de l’Etat, aussi bien dans l’imposition que dans la restriction de ces normes. Pour conclure, au lieu d’une dichotomie entre la nature « non-civile » et particulariste des réseaux minjian et religieux d’une part, et les idéaux et normes d’égalité, de démocratie et de solidarité universelle qui sous-tendent les formes d’engagement dans la sphère « civile », nous pouvons imaginer qu’ils peuvent se recouper et jouer des rôles complémentaires. Si le long 20e siècle chinois fut marqué par un fossé entre le civisme universaliste et les axes traditionnels de solidarité, le 21e siècle verra-t-il émerger de nouvelles formes d’articulation entre eux?

  • Jeudi 15 juin 2017, de 13h à 15h, à l'EHESS (salle 5), 105 bd Raspail 75006 Paris 

 

L’individualisme de l’altruisme chinois: les ambiguïtés du discours moral des bénévoles en Chine

Dans le cadre du séminaire d'Isabelle Thireau « Normes sociales et légitimité en Chine contemporaine »

Depuis 2008 – séisme de Wenchuan et jeux olympiques de Pékin – le bénévolat est devenu un phénomène de plus en plus visible en Chine, à la fois mouvement populaire exprimant un désir de participation et de solidarité, et redéploiement de techniques et structures de mobilisation politique de l’ère révolutionnaire, mis à jour par le Parti dans le contexte de l’économie de marché. Or ce type d’activité demeure relativement marginal et souvent mal compris, surtout lorsqu’il s’agit d’un engagement de longue durée qui implique de sacrifier le temps consacré à la carrière ou à la famille. Dans cette conference, en se basant sur des entretiens, enquêtes de terrain, productions littéraires et discussions en ligne, auprès de bénévoles de longue durée dans une école de migrants à Pékin et dans des écoles rurales, nous considérerons le sens que donnent ces bénévoles à leur engagement. Ces bénévoles sont partagés entre deux discours de légitimation du bénévolat qui ont cours en Chine – le discours révolutionnaire du sacrifice de soi pour le peuple, et le discours instrumentaliste du projet de carrière enrichi par des expériences extra-professionnelles. Refusant l’un et l’autre de ces discours, de nombreux bénévoles insistent sur leur engagement comme acte libre sans justification rationnelle -- pure expression d’un désir, d’une emotion, voire d’une foi personnelle et indicible. 

  • Vendredi 16 juin 2017, de 15h à 17h

Évenements

Dans cette conférence, je propose d'explorer les tensions entre la religion traditionnelle et les normes modernes de solidarité civile en Chine, à partir de la théorie de la « sphère civile » du sociologue américain Jeffrey Alexander (The Civil Sphere, 2006). Les communautés religieuses sont...
Jeudi 15 juin 2017