Elisabeth Anstett

Directrice de recherche au CNRS
Site(s): IRIS

Après avoir abordé des questions classiques d’anthropologie de la parenté (renvoyant aux usages culturels et sociaux des relations de consanguinité et d’alliance), les travaux d’Elisabeth Anstett portent, depuis son arrivée à l’Iris en 2009, sur les enjeux des pratiques commémoratives dans les espaces postsocialistes et plus particulièrement sur les processus de patrimonialisation de l’expérience collective des violences de masse.

Les recherches que mène Elisabeth Anstett sur les usages sociaux des traces laissées par le Goulag se développent ainsi en plusieurs volets : un premier volet porte sur une étude de la dimension performative d'une remémoration collective du passé concentrationnaire soviétique, à partir de l’analyse comparée de pratiques et rituels commémoratifs accomplis en Russie et en Biélorussie ; un deuxième volet est consacré aux mots et à l'argot du Goulag, et interroge une mémoire langagière de la violence, désormais intégrée dans l’espace public des pays russophones à travers le discours politique mais aussi le genre autobiographique ; un troisième volet est consacré aux pratiques de patrimonialisation de l’expérience violente que fut celle des camps de concentration, qui se traduisent par la création d’espaces muséographiques tout autant que par l’émergence d’un thanato-tourisme. Plus largement ce travail (dont l’actualité est relayée par un blog) vise à conduire une réflexion sur les ressorts sociaux de la patrimonialisation d’un vécu collectif de la violence, à partir d’une mise en lumière des enjeux juridiques, sociaux et moraux de la construction du statut de victime. Dans le cadre de ses recherches sur la mise en scène des supports matériels de la remémoration, Elisabeth Anstett a été chercheur-résidant invitée à l’université de Yale (USA) en 2011 afin de mener une étude sur la comparaison des muséographies du travail forcé en Russie et aux USA.

Prolongeant sur des artefacts très contemporains sa réflexion sur les usages sociaux (politiques, sexués, religieux, identitaires) du patrimoine et sur les multiples enjeux d’un usage second de la culture matérielle, Elisabeth Anstett a mis en place en collaboration avec l’anthropologue Nathalie Ortar (MEDDAD – LET) un atelier de recherche destiné à interroger directement les pratiques de recyclage et de détournement des objets. Cet atelier, intitulé « La deuxième vie des objets : anthropologie et sociologie des pratiques de récupération » et qui a accueilli Howard J. Becker lors de son inauguration en octobre 2011, a été adossé à un carnet de recherche.

Dans le prolongement de ses travaux sur les usages sociaux des traces laissées par les violences de masse, Elisabeth Anstett a, par ailleurs, récemment élaboré en collaboration avec l’historien Jean-Marc Dreyfus (Université de Manchester) un vaste projet de recherche intitulé « Corpses of Genocide and Mass Violence » s’intéressant à la destinée des cadavres dans les configurations génocidaires et initiant de façon plus générale une réflexion sur la postérité des violences extrêmes au 20e siècle. Ce programme de recherche a été lauréat en juillet 2011 d’une Starting Grant de l’European Research Council. Ce projet pluridisciplinaire impliquant anthropologues, historiens et juristes et prévu à durer 4 ans (2012-2015), se déploie en collaboration avec des chercheurs des universités de Manchester (GB) et Groningen (NL) et a plus particulièrement pour objectif d’étudier le sort fait aux cadavres, et au corps des victimes depuis l’étape de leur destruction jusqu’à l’étape de leur commémoration, dans les configurations de crimes de masse. Ce projet, qui dispose de son propre site web, vise à comprendre comment diverses sociétés contemporaines ont composé avec l’expérience du génocide ou de la violence extrême.