Emanuele Coco

 

Biologiste et historien des sciences et techniques, Emanuele Coco est professeur d’histoire de la philosophie moderne à l’Université de Catane (Italie). Emanuele Coco a consacré son activité de chercheur au rapport entre théorie des sciences et modèles culturels. Plus récemment, ses recherches ont porté sur la relation entre la science, les mythes, la nature et les processus culturels. En particulier, il s'est intéressé au mythe des sirènes et à sa naturalisation, un sujet qui a été montré riche en implications culturelles, anthropologiques, philosophiques et psychologiques. Emanuele Coco a été boursier Marie Curie à l’EHESS (2009-2011) et chargé de cours temporaire aux universités de Lille, Florence et Catane, ainsi que coordinateur de projets éditoriaux, éducatifs et européens.

Son dernier livre s’intitule Du cosmos à la mer: la naturalisation du mythe et la fonction philosophique, publié par Olschki, Florence.

Il participe au Programme Professeurs invités de l'EHESS.

CONFÉRENCES

Le paradoxe biologique de l’altruisme et l’imaginaire autour de l’AD

Dans le cadre du séminaire Théologie et parenté : la fabrication de la norme catholique sur les commencements de la vie à l’épreuve des biotechnologies, de Séverine Mathieu, directrice d’études de l’EPHE ( IIAC-LAIOS ) et Enric Porqueres i Gené , directeur d’études de l’EHESS ( IIAC-LAIOS )

  • 6 février, 11 h à 13 h, EHESS - salle 4, 105 bd Raspail, 75006 Paris

La conférence commencera par illustrer le paradoxe de l’altruisme dans le contexte du darwinisme classique. Dans la mesure où les organismes « altruistes » offrent une partie de leurs ressources à d’autres, ils ont tendance à se reproduire moins que des sujets « égoïstes ». En conséquence, on pourrait s’attendre à ce que les altruistes disparaissent avec le temps. Une prévision qui, heureusement, ne se produit pas.

Trois moments de l’histoire naturelle de l’altruisme seront présentés : la sélection de parentèle (kin selection), la sélection de groupe (group selection) et l’altruisme réciproque.

Les différents types d’altruisme biologique seront illustrés en comparant les leçons inédites de l’évolutionniste anglais W. D. Hamilton (1936-2000) et les héros tragiques de Shakespeare en tant que représentants de la condition humaine. L’un de ces héros ne s’intègre pas dans les mécanismes génético-réductionnistes : c’est Iago, qui fait le mal pour le mal (c’est un « méchant », pas un « égoïste »). Son cas n’appartient pas au cadre des mécanismes exclusivement génétiques théorisés par la génétique des populations à ses débuts et qui ont grandement influencé la manière de penser la dimension biologique du comportement humain.

La dernière partie du séminaire sera donc consacrée à quelques considérations sur la manière dont nous pensons la relation entre le phénotype comportemental et le gène. Plus particulièrement, certains mécanismes liés à « l’ambiguïté » de l’information génétique seront illustrés (à partir d’un gène, nous obtenons non pas une mais plusieurs protéines). Cela donnera matière à réflexion sur notre façon d’imaginer l’ADN et sur ce qu’il est réellement capable de faire ou non.

Références :

Coco E., Egoisti, malvagi, generosi. Storia naturale dell’altruismo, [Égoïstes, méchants et généraux. Une histoire naturelle de l’altruisme], Bruno Mondadori 2008

Coco E., William D. Hamilton’s Brazilian lectures and his unpublished model regarding Wynne-Edwards’s idea of group selection. With a note on pluralism and different ‘philosophical’ approach to evolution, “History and philosophy of the life sciences”, vol. 38, pp, 2016, pp. 1-18. (Pdf ci-joint)

Coco E., On the current state of altruism: generosity in the eyes of natural selection from Darwin to today, “Atti della Accademia Nazionale dei Lincei. Rendiconti Lincei. Sci. Fis. e Nat.”, 20, 2009, pp. 283-296. (Pdf ci-joint)

La naturalisation du mythe des Sirènes et la diffusion des « narrations scientifiques » dans la société

Dans le cadre du séminaire Enseignement La race à l’âge moderne : expériences, classifications, idéologies d’exclusion, avec Anne Lafont, directrice d’études de l’EHESS (TH) ( CRAL, CRAL-CEHTA ), Jean-Frédéric Schaub, directeur d’études de l’EHESS ( CRH-GEI, MONDA, MONDA-CRBC ), Silvia Sebastiani, maîtresse de conférences de l’EHESS ( CRH-GEHM )

  • 19 février, 14h-17h, EHESS - salle 13, 54 bd Raspail, 75006 Paris

L’exemple fascinant des Sirènes s’offre comme une étude de cas pertinent dans le vaste débat des sciences du vivant sur la distinction entre fantasme et réalité, entre superstition et objectivité scientifique. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, les naturalistes – notamment les français (Buffon, Cuvier, etc) – ont le grand mérite d’identifier chez les lamantins le correspondant zoologique qui aurait pu engendrer les fantasmes liés au mythe des Sirènes. Le mythe est ainsi ramené à la simple réalité et les histoires qui s’y rapportent sont rejetées comme des inventions fantaisistes. L’avancée pour la science est remarquable. Séparer mythe et science semble facile, mais la persistance de tels éléments mythiques est souvent sous-estimée. En réalité, la société utilise souvent non pas des idées scientifiques, mais plutôt des « narrations » : des idées efficaces du point de vue narratif (métaphores) et alignées sur les besoins psychologiques (nécessité d'un avenir sûr, prévisible, peur de la diversité, etc.). Dans le cas du déterminisme génétique, par exemple, cette confusion entre imaginaire et réalité a des conséquences importantes qui seront soulignées au cours du séminaire.

Le problème de la relation entre mythe et science reste donc important : à la condition de prendre en compte notre monde intérieur mythique (les peurs et les attentes que nous projetons sur les « objets de la science »), nous pouvons comprendre quelles raisons motivent le succès de certaines idées (scientifiques ou sans fondement) dans le contexte social. Un pas vers la construction d’une société plus ouverte et plus intégrée, capable de distinguer la science des « superstitions contemporaines » s’agissant de l’être humain.

Références :
Coco E., Dal cosmo al mare. La naturalizzazione del mito e la funzione filosofica [ Du cosmos à la mer : la naturalisation du mythe et la fonction philosophique ], Olschki, Florence, 2017.

 

Bacon et l’ambiguïté entre fantastique et réel dans la construction d’une idée « objective » de la Nature

Dans le cadre du séminaire Globalisation : normes et tensions avec Irène Bellier, directrice de recherche au CNRS (TH) ( IIAC-LAIOS ), Deborah Puccio-Den, chargée de recherche au CNRS ( IIAC-LAIOS ).

  • 21 février, 15h -17h, EHESS - salle AS1_23, 54 bd Raspail, 75006 Paris

Pendant longtemps, notre conception de la nature a traversé des récits mythiques. Suite à la réforme des sciences de la nature (XVIIe-XVIIIe siècles) qui s’est déroulée en France et ailleurs, la nécessité de définir une idée d’une nature plus « objective » et « réelle » a mis les spécialistes face au problème de l’élimination de toute influence fantastique et imaginative. Suivant les préceptes de Bacon (que Darwin aussi dira plus tard avoir suivis), il a fallu distinguer le « vrai » du « faux » : une tâche qui s’est vite révélée problématique.

Au cours de la conférence, nous verrons les indications méthodologiques de Bacon, quelques éléments du débat méthodologique sur l’étude des phénomènes naturels au cours du XVIIIe siècle et deux exemples spécifiques : celui des coraux et celui de l’hydre.

Dans le cadre du séminaire « Mondialisation : normes et tensions », la conférence propose deux questions interdisciplinaires pouvant être discutées ensemble :

1. Le problème de la distinction entre le vrai et le faux est-il dépassé par la pertinence méthodologique de nos épistémologies et méthodologies scientifiques actuelles ou intervient-il encore dans les cas de « science pionnière » ?

2. Est-il possible d’éliminer les « faux » éléments présents dans notre idée de la Nature (et de l’homme) sans d’abord comprendre les racines culturelles (mythiques, psychologiques, etc.) qui ont nourri de telles fausses convictions ?

 

Avons-nous encore besoin des mythes pour parler de la Nature ? Quelques considérations tirées par les cosmologies grecques

Dans le cadre de l'enseignement Sciences, images et imaginaires de la Terre (XVIIe-XXIe siècle), de Claudine Cohen, directrice d’études de l’EHESS, directrice d’études de l’EPHE ( CRAL ).

  • 27 février, 15h-17h (salle 2, 105 bd Raspail)

Dans le cadre des systèmes théoriques visant à offrir une représentation de la Terre, et plus en général de l’Univers, une position importante est occupée par le débat épistémologique sur la science et le mythe. En bref, on peut résumer la question en ces termes : face aux succès de la science, les représentations mythiques de la nature ont-elles encore une validité ? En me référant à Pierre Hadot et à la tradition des études sur le mythe de Creuzer à Jung et Hillman, j’essaierai de faire valoir que les représentations mythologiques projettent dans leurs descriptions de la Nature un monde intérieur et psychologique. Ce monde naturel, même s’il n’est pas « matériel », n’est pas moins « réel » que le monde physique. Je donnerai deux exemples à ce sujet. Le premier concerne le cosmos pythagoricien qui donne aux Sirènes l’espoir d’un lieu où règnent harmonie et beauté. C’est un idéal de prévisibilité et de paix. Le deuxième exemple sera tiré d’Hésiode. Je proposerai l’idée que, dans le cas de la Théogonie, le poète parle lui aussi d’une projection psychologique. La conférence se terminera par une hypothèse à développer : est-il possible de soutenir que la science parle d’un monde extérieur (la nature comprise comme un monde physique) et que le mythe nous montre plutôt un monde intérieur (la nature comprise comme dimension psychologique et culturelle) ?

Références :

Coco E., Dal cosmo al mare. La naturalizzazione del mito e la funzione filosofica [ Du cosmos à la mer : la naturalisation du mythe et la fonction philosophique ], Olschki, Florence, 2017.