Fernand Paul Achille Braudel, né le 24 août 1902 à Luméville-en-Ornois (Meuse) et mort le 27 novembre 1985 à Cluses (Haute-Savoie), est un historien français. Fermement convaincu de l'unicité profonde des sciences humaines, il est l'un des représentants les plus populaires de « l'École des Annales » et a marqué durablement l'historiographie française par la définition de concepts « braudéliens » : l'étagement des temporalités, la longue durée, ou encore la civilisation matérielle sont des prismes à travers lesquels il observe le monde et dépasse très largement l'histoire traditionnelle en ouvrant sur des sciences telles que la géographie, l'économie, l'ethnologie, la sociologie, ou encore l'archéologie.

Braudel aujourd'hui

Si les historiens d'aujourd'hui sont tournés vers d'autres problématiques, ils s'associent aux géographes, aux sociologues et aux économistes pour le reconnaître comme l'un des plus grands intellectuels du xxe siècle. Son enseignement suscite d'ailleurs toujours des travaux sur la mondialisation ou le capitalisme (comme, par exemple : Beaujard, Berger et Norel 2009).

On peut toutefois remarquer que des pans entiers de l'histoire traditionnelle n'ont pas été touchés par les travaux de Fernand Braudel. C'est le cas, en particulier, pour l'Antiquité. Faut-il y voir, tout d'abord, une rencontre intellectuelle manquée entre Mikhail Rostovtzeff et Max Weber, au début du XXe siècle, qui aurait pesé lourd, historiographiquement parlant (Bruhns 2005) ? Cela a pu induire une certaine distance des chercheurs de l'Antiquité avec l'économie ; ils ne se sont pas portés « traditionnellement » sur ce genre de problématiques. Dans tous les cas, le prisme braudélien ouvre des perspectives de recherche encore inédites aujourd'hui sur l'étude de l'Antiquité. L'heure n'en est encore qu'à la prise de conscience (Le Bohec 2012). 

De là, un lien vers la science qui, par excellence, est issue en partie des considérations braudéliennes : l'archéologie. Très loin de la vision passée de la recherche de l'objet, l'archéologie de terrain, aujourd'hui, étudie les vestiges matériels laissés par l'Homme dans un espace donné. Elle s'attache à observer la totalité des vestiges, quelle que soit la période ; leurs successions dans le temps ; leurs persistances. Ainsi, malgré les lacunes parfois importantes (dues aux érosions, aux décaissements ayant altéré le « gisement », le « site »), la définition braudélienne de l'archéologie pourrait être : L'étude et la reconstitution des rythmes et des temporalités, et leurs interactions, à partir des vestiges matériels observés, dans un cadre géographique donné (comme une fenêtre de fouille, par exemple).