Laurence Gautier

Chaire : sécable de l'IISMM
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Agrégée d’histoire, docteure de l’Université de Cambridge, Laurence Gautier a enseigné à l’OP Jindal Global University (Sonipat) avant de rejoindre le Centre de Sciences Humaines (New Delhi) en tant que chercheuse. Elle étudie le devenir de la minorité musulmane indienne après la Partition. Dans son premier livre (à paraître), Between Nation and Community. Muslim universities and Indian politics after Partition, elle met en évidence la recomposition des identités « musulmanes » et « indiennes » depuis 1947, à travers une enquête sur les universités musulmanes indiennes (notamment Aligarh Muslim University, Jamia Millia Islamia et Osmania University). Retraçant les débats qui eurent lieu autour du rôle de l'éducation dans l’« intégration nationale », autour du statut de l’ourdou comme langue d’instruction et symbole culturel, ou encore la question du droit des minorités, elle souligne la diversité des voix, des conceptions de la nation et de la « communauté » dans le débat sur les identités « musulmanes » et « indiennes ». Elle met également en évidence la fonction représentative des universités musulmanes : celles-ci apparurent à la fois comme symboles de la « communauté » musulmane et comme intermédiaires entre autorités étatiques, partis politiques et population musulmane en Inde. Laurence Gautier enquête désormais sur les différents types de leadership musulman en Inde (enquête prosopographique menée avec Julien Levesque et Nicolas Belorgey) ainsi que sur la « politique musulmane » du Congrès depuis l’indépendance. C’est l’occasion pour elle de s’interroger sur les notions polémiques de « pseudo-laïcité » et d’« apaisement des minorités » employées par la droite nationaliste hindoue pour discréditer toute politique cherchant à s’adresser aux citoyens indiens musulmans. A travers ces enquêtes, Laurence Gautier se penche plus largement sur la fabrique des identités minoritaires en Inde depuis 1947.

Laurence Gautier participe au Programme Professeurs invités de l’EHESS sur proposition du professeur invitant Corinne Lefèvre du CEIAS dans le cadre de la Chaire sécable de l'IISMM

 

CONFÉRENCES

 

Le nationalisme laïque en question : Nehru et les universités musulmanes après la partition

Cette présentation interroge, à travers l’étude des relations entre gouvernement indien et universités musulmanes, la notion de « nationalisme laïque » chère au Congrès. Pendant la période coloniale, le Congrès élabora un nationalisme laïque (secular nationalism) faisant reposer l’unité de la nation sur un dépassement des identités communautaires, qu’il s’agisse de la caste ou de la religion. En pratique cependant, les dirigeants du Congrès eurent eux-mêmes tendance à s’adresser aux indiens musulmans comme à une population distincte. Au lendemain de la partition, Nehru se tourna vers des structures non partisanes pour « rallier » la population musulmane à son projet d’intégration nationale. Il se tourna notamment vers des institutions éducatives, à commencer par Aligarh Muslim University, symbole fort de la communauté musulmane dans le sous-continent. Cette présentation vise, d’une part, à mettre en lumière la fonction représentative des universités musulmanes, souvent perçues comme des symboles de la communauté musulmane pouvant servir d’intermédiaires privilégiés entre autorités politiques et population musulmane. Il s’agit d’autre part de souligner les ambiguïtés du « nationalisme laïque » du Congrès, qui s’oppose fermement à toute forme de représentation séparée tout en s’adressant aux musulmans comme à un groupe à part.

 Dans le cadre du Séminaire général du CEIAS, EHESS « Actualité de la recherche sur l’Asie du Sud » 

  • Le 8 mars 2022 de 14h à 16h - Campus Condorcet (GED/bât. recherche Sud/Nord) GED-Salle 2.11 Cours des humanités 93300 Aubervilliers

 

Apprendre par le faire : innovations pédagogiques et réforme sociale à Jamia Millia Islamia

Le mouvement de non-coopération, lancé par Gandhi au début des années 20, constitua l’un des temps forts du mouvement anticolonial en Inde. Ce fut aussi un temps d’innovations pédagogiques pour les écoles nées de ce mouvement, cherchant à rompre avec le système éducatif colonial. Parmi elles, la Jamia Millia Islamia fut l’une des rares à survivre à la fin du mouvement de non-coopération. L’institution devint l’une des pionnières en matière d’éducation fondamentale (basic education) et d’éducation pour adultes (adult education) en mettant en place un modèle pédagogique innovant.  Ce modèle, inspiré par Gandhi et les innovations pédagogiques en Europe et en Amérique du nord, accordait une place centrale aux travaux manuels et aux jeux de rôle. Il s'agissait d' « apprendre par le faire » (learning by doing), pour reprendre la célèbre formule de John Dewey. Cette présentation examinera ces méthodes pédagogiques et leurs implications sociales et politiques. Pour les enseignants de la Jamia, le but était à la fois de proposer un modèle pédagogique plus inclusif, accessible aux non-élites, et de proposer une alternative au modèle colonial, dans la perspective d'une décolonisation de l'Inde. A travers ces innovations pédagogiques et leurs échanges avec Gandhi, les enseignants de Jamia espéraient ainsi former des citoyens dévoués au service de la nation tout en réformant la société par le bas.

Dans le cadre du Séminaire "Histoire et anthropologie des sociétés musulmanes : cultures matérielles et pratiques dévotionnelle en Asie du sud et au-delà"

  • le 9 mars 2022 de 10h à 13h - Bâtiment EHESS-Condorcet, Salle A202 EHESS, 2 cours des humanités 93300 Aubervilliers

 

Musulmans et disciples de Gandhi : la Jamia Millia Islamia, symbole du nationalisme musulman en Inde

En 1920, en pleine effervescence anticoloniale, un groupe de religieux, d’hommes politiques et d’éducateurs indiens musulmans établirent une « université musulmane nationale », la Jamia Millia Islamia, en réponse à l’appel de non-coopération lancé par Gandhi. Cette présentation mettra en lumière les liens politiques et personnels entre Gandhi et les membres de cette institution, manière de revenir sur la notion de « nationalisme musulman ». Nous montrerons également comment les enseignants de la Jamia s’approprièrent (en les critiquant parfois) les idées de Gandhi sur l’éducation et les réformes sociales. A travers leurs expérimentations pédagogiques, ils cherchèrent à développer un modèle éducatif qui donnât du sens à la future indépendance de l’Inde. Ces enseignants contribuèrent de la sorte à façonner et promouvoir la vision « gandhienne » de la nation et de la société indienne.

Dans le cadre du séminaire d'Anne Viguier, Inalco

  • Le 31 mars, 10h-12h, Salle 4.14, Inalco, 64 rue des Grands Moulin, 75013 Paris. **La séance est ouverte au public sous réserve d'une levée des restrictions sanitaires**