Maddalena Carli

Site(s): Le CESPRA

Maddalena Carli est professeure associée d’histoire contemporaine à l’Université de Teramo (Italie), Département de Sciences politiques. Intéressée par les processus de construction des identités collectives, son activité de recherche porte sur l’histoire de l’Italie fasciste, les relations entre images et politique et celles entre photographie et science. Après avoir travaillé sur les cultures nationaliste et socialiste italiennes dans les années 1910 [Nazione e rivoluzione Il "socialismo nazionale" in Italia : mitologia di un discorso rivoluzionario, Milan, Unicopli, 2001], elle en est venue aux rapports entre art et politique durant l’entre-deux-guerres [avec Maria Stavrinaki, a dirigé le volume Artistes et Partis. Esthétique et politique (1900-1945), Paris, Les Presses du réel, 2012. Elle vient de terminer une monographie sur la politique d’exposition du fascisme italien : Vedere il fascismo. Le mostre del regime tra le due guerre mondiali, Roma, Carocci, publication prévue au printemps 2020]. En poursuivant son intérêt pour la culture visuelle, elle a entamé une étude de la collection photographique de Cesare Lombroso, conservée dans les archives du Musée d’anthropologie criminelle de l’Université de Turin [dossier Les vitrines de l’humanité. Questions aux musées d’anthropologie, dirigé par Silvia Sebastiani, Passés Futurs, 2019].

 Maddalena Carli participe au Programme Professeurs invités de l'EHESS, sur proposition de Christophe Prochasson, au CESPRA.

Conférences

 

Mesurer l’homme, moderniser la société. Le socialisme de Cesare Lombroso

Dans le cadre du séminaire Histoire et socialisme (XIX-XX siècle), animé par Christophe Prochasson

  • Mercredi 11 mars 2020, de 9h00 à 11h00, Campus Condorcet, salle 0.007, bâtiment Recherche Nord, Cours des Humanités 93300 Aubervilliers

L’objet de la conférence est de présenter le parcours politique de Cesare Lombroso, qui l’amena en 1893 à adhérer au Parti socialiste et à accepter de se porter candidat aux élections administratives de Turin en 1902. Par le biais de la documentation d’archives et des articles publiés dans la presse, il s’agit de comprendre les liens entre l’activité scientifique de Lombroso (notamment sa conception de l’atavisme et ses considérations sur le comportement des foules) et son penchant réformiste, aussi bien que les tensions et les mésententes qui le conduisirent à l’éloignement et à la sortie du parti en 1904. Quelques considérations finales seront consacrées à la transmission à titre posthume de cet engagement socialiste, progressivement effacé par la mémoire de la théorie du criminel né et par ses implications racialisantes.

 

Entre continuités et ruptures. Usages politiques du passé fasciste dans l’Italie du temps présent

Dans le cadre du séminaire Usages publics du passé, animé par Sabina Loriga, David Schreiber et Olof Bortz

  • Mardi 17 mars 2020, de 13h00 à 15h00, salle AS1_08, 54 bd Raspail 75006 Paris

Le passé fasciste a toujours été l’objet, en Italie, d’usages politiques multiples et d’affaires virulentes ; les dernières années ont été pourtant marquées par un changement de ton qui mérite l’attention des historiens. Nourries de références au contexte international (la crise économique, les tensions européennes, la montée de la violence, les attitudes racistes et antisémites), les analogies entre le présent et les années 1930 portent de plus en plus sur la situation intérieure : la place donnée, dans le système politique, aux leaders, autrement dit aux chefs ; la posture autoritaire du nouveau gouvernement Ligue du Nord-Cinq étoiles ; ses discours nationalistes et anti-européens, mais aussi populistes, pour ne s’en tenir qu’aux thèmes majeurs d’une comparaison avec les vingt ans du fascisme qui est alimentée par tous les partis du pays, qu’ils soient situés à droite, à gauche ou au centre du spectre politique. Dans la conférence, j’analyserai ce besoin de se référer au fascisme pour parler de l’actualité : si ce n’est pas une nouveauté, son étendue et ses significations multiples me semblent témoigner d’une modification de sensibilité envers l’histoire de l’État totalitaire qui n’est pas sans conséquences sur l’identité nationale d’aujourd’hui.

 

Présentation du numéro 6 de Passés Futurs « Les vitrines de l’humanité », dirigé par Silvia Sebastiani

  • Mardi 17 mars 2020, à 18h00, 54 bd Raspail 75006 Paris

 

À la recherche de l’atavisme. Restes humains, photographies et objets des brigands italiens au Musée d’anthropologie criminelle Cesare Lombroso de l’Université de Turin

Dans le cadre du séminaire Santé, frontières et territoires : histoire des savoirs, XIXe-XXe siècles, animé par Anne Rasmussen

  • Jeudi 19 mars 2020, de 11h00 à 13h00, salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris

Une fois terminée sa formation universitaire (1852-1858), Cesare Lombroso participa comme médecin militaire à la campagne de répression du brigandage qui eut lieu pendant le processus d’unification italienne (1861) et qui lui donna l’occasion de visiter les provinces méridionales du pays. Il y étudia la « typologie » de ses habitants et y poursuivit cette activité de collecte des restes humains inaugurée lorsqu’il était étudiant et qu’il allait pratiquer toute sa vie, afin de nourrir ses recherches anthropologiques et, du même coup, les salles de son musée, hébergé depuis 1898 au rez-de-chaussée du nouvel Institut de médecine légale de l’Université de Turin. Les crânes et les squelettes, les objets (vêtements, armes, outils) et les représentations (dessins, photographies) des brigands constituent une section importante de la collection Lombroso ; une section qui a continué de s’enrichir après la mort du fondateur et qui n’a pas cessé d’attirer l’attention de la presse et du débat public, faisant l’objet de procès et de campagnes contre le Musée pour ses prétendues attitudes racistes: ce fut sur la fossette occipitale du brigand calabrais Villella que le médecin de Vérone fonda sa théorie de l’atavisme, en établissant un lien fort entre la population du Sud d’Italie et les stigmates du primitivisme. Dans mon intervention, je me propose d’analyser la place tenue par les « traces » des brigands dans le système lombrosien et de réfléchir aux polémiques, politiques et judiciaires, que ce dernier continue de soulever.

 

Exposer l’italianité. Des imaginaires pour l’homme nouveau du fascisme

Dans le cadre de L’Atelier Condorcet Sang et stigmates dans l’étude des processus de racialization (séance coorganisée par le séminaire Italie, nation, race e racisme, animé par Marie-Anne Matard Bonucci, Marc Lazar et Pauline Peretz, et le séminaire, La race à l’âge moderne : expériences, classifications, idéologies d’exclusion, animé par Anne Lafont, Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani)

  • Mardi 24 mars 2020, de 16h00 à 19h30, salle du Traité, Centre d’Histoire de Sciences Po 56, rue Jacob 75006 Paris

Le medium exposition a été considérablement utilisé par le fascisme italien, qui y a eu recours non seulement dans l’encadrement du travail artistique, mais encore dans la promotion du projet de régénération anthropologique sous-jacent à la rhétorique de l’homme nouveau. Parmi les thèmes donnant lieu à une exposition dès la fin des années 1920 à 1943, celui de l’italianité a pris des formes multiples, qui vont des allégories féminines de la patrie aux figures des hommes censés incarner la « race latine », dans cette tension entre « italianisation » et « fascisation » qui a traversé toute l’expérience de l’État totalitaire. Par le biais des installations (notamment les photomontages) et des œuvres d’art qui ont animé les aménagements des expositions fascistes, je voudrais réfléchir sur la variété de configurations qui ont été associées à ce mot-clef de la politique raciale du régime et sur leur évolution après la conquête de l’Éthiopie (1935-1936), la proclamation de l’Empire (9 mai 1936) et la promulgation des lois pour « la défense de la race » (1938).

 

Le design d’exposition fasciste

dans le cadre du séminaire Habitat/Habitus : le design comme esthétique sociale. II, animé par Barbara Carnevali et Emanuele Quinz

  • Mercredi 22 avril 2020, de 15h00 à 17h00, salle M. & D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris