Domaine: Sociologie

Patrick Michel

Centre Maurice Halbwachs - CMH (directeur)

Directeur d'études de l'EHESS
Tél. : 01 43 13 64 00
Mail : patrick.michel@ehess.fr
Chaire : Approches politiques du religieux. Sociohistoire des relations entre religion et politique
Site(s): CMH

Patrick MICHEL est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Section « Service Public »), 1975 ; titulaire d’un diplôme d’Etudes Approfondies d’anthropologie sociale et historique, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1977 ; d’un doctorat de 3ème cycle en Science Politique, Paris I, 1979 ; d’un doctorat d’État en Science Politique, mention « très honorable » avec félicitations du jury à l’unanimité (proposition au prix de thèse et à une subvention à l’édition), Université Paris I, 1988 ; et de l’habilitation à diriger des recherches, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1993.

Il a été directeur scientifique adjoint du Département des Sciences de l’Homme et de la Société du Centre National de la Recherche Scientifique (2002–2006) et président de la Section 40 (Pouvoir – politique – organisation) du Comité National de la Recherche Scientifique (2008-2012).

Il enseigne à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales [Approches politiques du religieux – Sociohistoire des relations entre religion et politique : présentation ci-dessous] et à l’Institut d’Études Politiques de Paris.

Mon programme de recherche et d’enseignement vise à analyser, comme sociologue, tant les recompositions contemporaines du religieux, saisies à partir du politique, que celles du politique, appréhendées à partir du religieux et de ses évolutions. Il s’agit là d’envisager le religieux non en tant que tel, doté d’une pertinence qui lui appartiendrait en propre, mais comme un indicateur susceptible, dûment contextualisé, de servir d’analyseur. Il s’agit aussi, parallèlement, de cerner par le politique l’économie contemporaine du religieux dans son rapport aux transformations du temps présent.

Ce programme s’inscrit dans la continuité d’une démarche entamée dès avant mon entrée au CNRS, en 1984. Je me suis ainsi intéressé au rôle du religieux dans l’Europe centrale, et plus particulièrement en Pologne, sous régime communiste. À partir de perspectives disciplinaires diverses (et complémentaires), de l’anthropologie sociale et historique (j’ai bénéficié de l’enseignement d’Alphonse Dupront à l’EHESS dans la seconde moitié des années 70) à la sociologie politique, je m’étais appliqué, en rupture avec les méthodes et les catégories de la soviétologie d’alors, à analyser des sociétés engagées dans un processus de sortie du communisme à travers les mobilisations auxquelles pouvait (ou pas) se prêter le religieux. Ces recherches ont débouché d’abord sur un doctorat d’État en Science Politique (Paris I, 1988), puis sur une habilitation à diriger des recherches (EHESS, 1993).

Au gré de mes affectations successives (à Paris I, au Groupe de sociologie des religions, à l’EHESS (CEIFR), au CERI, au Centre Maurice Halbwachs, avec une parenthèse de quatre ans, de 2002 à 2006, où j’ai rejoint la direction scientifique du Département des sciences de l’homme et de la société du CNRS, en charge des Sections 36 (Sociologie - Normes et règles) et 40 (Pouvoir – politique – organisation), j’ai poursuivi ce questionnement sur les recompositions croisées du religieux et du politique. Ouvertes à de nouveaux terrains (l’Europe occidentale), ces recherches tendaient à comprendre les effets d’un double processus : la disqualification (durable ? définitive ?), du fait de la fin du « communisme réel », de l’utopie comme socle de légitimation du politique, d’une part, l’accélération d’une tendance lourde à l’établissement individualisé d’un rapport au sens (i.e. à l’appropriation individuelle légitime des ressources symboliques disponibles), de l’autre.

L’hypothèse centrale découle ici du constat de Michel de Certeau selon lequel « lorsque le politique fléchit, le religieux revient ». Mais s’il revient, ce n’est assurément pas en tant que tel. Sa visibilité a pour fonction première de souligner un déficit du politique si cruel qu’il lui manquerait les mots politiques pour se dire. D’où le recours au religieux, comme registre d’articulation, en situation de flottement généralisé des repères et des marqueurs, de l’urgence et de l’impossibilité simultanées de nouer un rapport renouvelé à une totalité. Et ce sur fond d’épuisement du croyable où plus encore que celle du religieux, c’est la crédibilité du politique qui est interrogée. En d’autres termes, la référence à des stabilités organisatrices de la réalité perçue n’apparaît plus globalement crédible. Il s’agit donc là de se saisir des recompositions du croire pour les constituer en autant d’indicateurs et de modalités de gestion des transformations qui interviennent aujourd’hui : triple redistribution du rapport au temps, du rapport à l’espace et du rapport à l’autorité ; triple crise affectant l’identité, la médiation et la centralité ; triple désajustement : déficit de politique, explosion/inadéquation de l’offre de sens, forte diminution/rétraction du crédible.

L’ensemble de cette problématique structure la recherche menée et l’enseignement dispensé, les terrains couverts de façon privilégiée étant l’Europe centrale et occidentale (dont la France), dans la continuité du travail effectué, mais aussi l’Amérique latine, du fait de chantiers ouverts plus récemment. J’ai ainsi récemment achevé la rédaction, en collaboration avec Jesus Garcia-Ruiz, d’un ouvrage sur le néo-pentecôtisme en Amérique latine, s’intéressant à la façon dont les nouvelles institutions communautaires du christianisme protestant conservateur travaillent à fabriquer un individu globalisé, selon une logique pleinement intégrée de marché. Je m’intéresse également aux repositionnements des religions historiques dans un paysage mondial nouveau, recherche dont l’analyse de la politique de canonisation du Vatican (sous Jean-Paul II et Benoit XVI) constitue l’amorce.