Au pays des "tatas" marseillaises

Thomas Vaïsse, doctorant à Marseille

Doctorant depuis septembre 2020 au sein du Centre Norbert Elias sous la direction de Valéria Siniscalchi, Thomas Vaisse est une figure dont on se souvient tellement sa gouaille marseillaise - ou son phrasé martégaux - marque l'oreille. Il faut dire que ce jeune chercheur déborde d'une énergie toute militante qui littéralement l'anime et l'habite. Alors quoi d'étonnant à ce que Thomas Vaïsse, actif dans de nombreuses structures sociales locales, ait choisi comme terrain à ses recherches la Ville de Marseille, plus spécifiquement les écoles publiques marseillaises, questionnant les mobilisations sociales qui prennent forme et s'organisent autour d'elles. Avec une focale particulière sur les grèves dans les cantines, il cherche à comprendre comment l'école devient un lieu de politicité, englobant des problématiques qui dépassent largement le cadre scolaire, touchant aux conditions d'existence, de représentations dans la société et de droit à la ville.

 

Retour sur son parcours...

A la suite de son bac, Thomas Vaïsse a d’abord arrêté ses études pour une année afin de travailler et voyager entre Marseille et différents pays d’Europe. Par la suite, il a entamé un cursus en sciences politiques à l’Université Lyon 2 dont une troisième année effectuée au Paraguay où il est par la suite un peu resté. A son retour en France, il a travaillé dans plusieurs domaines, particulièrement dans la restauration et le social avant de reprendre ses études en 2018 dans la mention Master Recherches Comparatives en Anthropologie, Histoire et Sociologie (RCAHS) de l’EHESS à Marseille. Suite à son master, Thomas Vaïsse a décidé de se consacrer à la recherche, grâce à une bourse doctorale de la région Sud.

 

Projet de thèse : un contexte local particulier

Selon Thomas Vaïsse, une rapide immersion dans l’actualité marseillaise suffit pour prendre conscience du haut niveau de conflictualité qui existe au sein et autour des écoles publiques. Entre les bâtiments insalubres, les manques d’investissement et de personnel ou la place prépondérante de l’enseignement privé, le champ scolaire est riche en tensions, en actions collectives, en collectifs et en polémiques. Un sujet occupe tout particulièrement l’arène publique : les grèves dans les cantines. En effet, lorsque les tatas (surnom local pour le personnel municipal travaillant dans les écoles) arrêtent le travail, c’est tout un service public qui se trouve désorganisé. Ces grèves donnent lieu à de vives critiques ou, au contraire, à des élans de solidarité. Des parents et des enseignant·es s’organisent pour trouver des solutions à ces crises récurrentes. Des collectifs et des organisations syndicales et politiques essaient d’articuler les intérêts et les revendications des différents groupes évoluant dans ce champ.

La thèse de Thomas Vaïsse questionne les  pratiques et de discours politiques qui se construisent autour de ces événements et de ces lieux. En mobilisant la notion de politicité de Denis Merklen, elle vise à repenser le rapport des classes dites populaires au politique, en montrant comme l’action territorialisée menée au sein et autour des écoles est un levier pour l’amélioration globale des conditions de vie dans certains quartiers et de leurs représentations.

 

Un projet au croisement de la recherche et de l'éducation populaire

La thèse de Thomas Vaïsse trouve sa genèse dans le premier projet qu'il avait élaboré pour intégrer le master RCAHS de l’EHESS à Marseille. Militant dans différents collectifs, il voulait travailler sur les inégalités à Marseille et sur les mouvements sociaux qui s’en emparent. C’est en affinant ce thème lors de son master que le terrain des écoles s’est imposé à lui comme particulièrement riche. Au-delà de l’intérêt intellectuel pour des disciplines qui permettent une meilleure compréhension du monde qui nous entoure, la recherche est selon lui un "outil d’une grande utilité pour participer à l’amélioration du fonctionnement de ce service public si symbolique qu’est l’Ecole" ; et même au-delà puisque Thomas Vaïsse a clairement à cœur de "participer à la meilleure compréhension des pratiques et des discours politiques issus des classes dites populaires et moyennes".

Dans le futur, ce doctorant militant plein de verve espère pouvoir combiner ses recherches à d’autres formes d’expression, telles que la musique ou la vidéo. Et surtout pouvoir développer des outils et des réseaux d’éducation populaire, afin de sortir le savoir scientifique de l’université pour l'emmener à la rencontre de nouveaux publics et ainsi l’inscrire pleinement dans le quotidien des populations concernées.

 

Publications : 

"Les réseaux d’entraide en temps de pandémie dans les écoles marseillaises comme lieux de lutte pour la survie et pour la place dans la ville des quartiers populaires." In : Weiss, Pierre-Olivier ; Alì, Maurizio (dir.). L’éducation aux marges en temps de pandémie. Précarités, inégalités et fractures numériques; 86-100; s.d.; (en presse)

"Paniers solidaires à Marseille : armes de reconfiguration massive." L’alimentation, un enjeu de justice sociale : mouvements alimentaires, politiques publiques et inégalités, Lien social et politique, s.d. (accepté)

« La lutte des classes » Festival Raisons d’Agir 2022, Espace Mendès-France, Poitiers, 7 avril 2022; communication présentée comme un article à la revue Savoir/agir (soumis)

« Les écoles marseillaises, lieux de luttes contre les inégalités  » « Inégalités et territoire(s) », Journée d’études doctorales des laboratoires CITERES (Université de Tours) et RURALITES (Université de Poitiers), MMSH Tours, Tours, 26 novembre 2021

Plus d'informations