Thomas Blanchet, lauréat 2021 du prix de la chancellerie des universités de Paris

Cette année 2021, 41 lauréats ont reçu le prix de la chancellerie des universités de Paris, parmi lesquels figurent deux jeunes docteurs de l'EHESS : Thomas Blanchet et Thiago C. Sapede. 
Thomas Blanchet a soutenu sa thèse « Essais sur la distribution des revenus et des patrimoines : méthodes, estimations et théorie » sous la direction de Thomas Piketty (École d’Économie de Paris-EHESS) et Thiago C. Sapede a soutenu sa thèse « Le roi et le temps, le Kongo et le monde, Une histoire globale des transformations politiques du Royaume du Kongo (1780-1860) » sous la direction de Rémy Bazenguissa et de Catarina Madeira-Santos (EHESS).
 

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Nous avons posé 5 questions à Thomas Blanchet :

 

Comment résumeriez-vous votre thèse en quelques lignes ?

Ma thèse a eu pour but d’améliorer notre capacité à mesurer et à interpréter les inégalités de revenu et de patrimoine. J’y introduis des outils statistiques pour exploiter de manière plus précise les sources de données administratives, qui sont davantage capables de capture les très haut revenus et patrimoines, et disponibles sur de plus longues périodes. J’applique ces méthodes pour construire des séries sur l’évolution des inégalités de revenu en Europe qui couvrent une plus longue période, de manière plus systématique, que les données existantes. Je développe également une méthode, que j’applique cette fois-ci aux États-Unis, pour décomposer de manière cohérente et précise l’évolution de la distribution des patrimoines. Cela me permet d’établir la contribution des différents facteurs (inégalités des revenus du travail, taux de rendements, taux d’épargnes, etc.) à la hausse des inégalités de richesses observée outre-Atlantique depuis les années 1980.

 

Pourquoi avoir choisi ce sujet de thèse ?

Le fait de mesurer les inégalités est certes une pratique assez bien établie, y compris au sein des instituts statistiques officiels nationaux et internationaux. Et pourtant, la façon dont ces données sont produites pose plusieurs problèmes. D’une part, elles ont tendance à reposer sur une source unique (enquêtes auprès des ménages), dont les déficiences, notamment pour capturer les hauts revenus, sont bien documentées. D’autre part, elles se limitent à une définition assez restrictive du revenu, à laquelle échappent de nombreuses formes de rémunérations, en particulier les revenus du capital des plus aisés.

Cela peut nous empêcher d’observer certaines tendances importantes, mais le cœur du problème est plus fondamental : il n’existe pas d’outil statistique officiel et standardisé permettant à l’heure actuelle de savoir comment l’ensemble des revenus issus de la production (telle que mesurée par le PIB) se répartissent au sein de la population. Avec comme conséquence que le débat économique se concentre souvent sur les agrégats, traitant les questions de distribution de façon secondaire.

Depuis plusieurs années, un large groupe de chercheurs a travaillé à mettre en place des « comptes nationaux distribués » afin de combler ce manque. C’est en travaillant là-dessus depuis mon master que je me suis intéressé à ce sujet, et que j’ai voulu l’approfondir.

 

Comment avez-vous effectué vos recherches ?

J’ai mené un travail à la fois théorique et empirique : mais la partie théorique est toujours venue en réponse à un besoin émanant des données. La construction des séries sur les inégalités en Europe, en particulier, a nécessité un important de travail de collecte auprès de sources plus ou moins conventionnelles : des bases de données standard, mais aussi requête auprès des ministères et des instituts statistiques de différents pays, collecte d’archives et de données déjà étudiées par d’autres chercheurs, mais sous une forme non comparable, etc.

 

Quelle suite donner à votre thèse ?

La mise en place de comptes nationaux distribués est un projet collectif et de long terme, auquel je continue de contribuer. J’ai notamment été co-rapporteur d’un rapport avec l’INSEE visant à officialiser progressivement la création de comptes nationaux distribués. Sur le plan académique, une partie de mon travail cherche à valoriser ces données en montrant comment elles permettent d’éclairer plusieurs questions économiques d’importance.

 

Racontez-moi votre parcours

J'ai commencé mes études en classe préparatoire Mathématiques-Physique, et je me suis tourné vers l’économie et les statistiques en entrant à l’École Nationale de la Statistique et de l’Administration Économique (ENSAE). En parallèle de ma troisième année à l’ENSAE, j’ai pu suivre le master Analyse et Politique Économique à l’École d’Économie de Paris (EHESS), ce qui m’a permis de continuer en thèse par la suite.