Narratologie et (méta)herméneutique

Questions et hypothèses à partir d’une lecture de François Bon, "Daewoo"

Cette conférence sera donnée par Liesbeth Korthals Altes (Université de Groningue, Pays-Bas), dans le cadre du séminaire "Recherches contemporaines en narratologie : "Entre fictionnel, virtuel et documentaire : narratologies en confrontation"" organisé par Olivier Caïra (IUT Evry et EHESS), Claude Calame (EHESS), Sabine Chalvon-Demersay (EHESS), Annick Louis (Université de Reims et CRAL), John Pier (Université de Tours et CRAL) et Philippe Roussin (CNRS, CRAL). Elle aura lieu le mardi 18 avril de 15h à 17h à l'EHESS en Salle 7.

Bouvard et Pécuchet seraient bien d’accord : tout comme les disciplines académiques, les genres (littéraires, journalistiques, historiques ou autres) sont d’inutiles contraintes, simple affaire de convention et d’accidents historiques, dont le postmodernisme et les études littéraires “critiques” nous ont heureusement délestés, n’est-ce pas? Daewoo, roman documentaire ou docufiction publié(e) par François Bon en 2004, nous permettra de développer un certain nombre de propositions et d’hypothèses concernant cette question de cadrage générique, liée à d’autres actes de cadrage tout aussi déterminants (q.e.d.) :

  • pour rendre compte de l’impact des classifications génériques dans notre compréhension des mécanismes littéraires, la narratologie devrait s’ouvrir à une théorisation plus complexe de l’interprétation littéraire et ne pas escamoter mais explorer la diversité des interprétations.  
  • Les notions de cadre et de cadrage développées par Erving Goffman (Frame Analysis, 1974) devraient permettre de mieux analyser et comprendre l’impact des classifications génériques.
  • Le cadrage générique d’un texte, par un interprète, est lié aux actes de cadrage que constituent  la détermination, par l’interprète, de la posture et de l’ethos d’un auteur en relation avec sa conception de la littérature et sa stratégie interprétative (Amossy 2001, Baroni 2009, Maingueneau 2004, Meizoz 2007, Korthals Altes 2014).
  • Les différents actes de cadrage semblent appeler tout en « légitimant » l’application de régimes de valeurs spécifiques (voir la sociologie des valeurs de Boltanski et Thévenot 1991).

Ces propositions et hypothèses seront aussi l’occasion de repenser la narratologie en termes d’une métaherméneutique, pour employer un terme maladroit, au fort effet-pléonasme. Le parcours suivi devrait nous permettre de comprendre autrement les effets – et les lectures diverses – que produisent des « romans » hybrides tels que Daewoo, et peut-être aussi de mieux comprendre notre propre manière de lire et de faire de la narratologie. S’il reste du temps, j’aimerais discuter de quelques idées pour des recherches futures.

Textes proposés : extraits de Korthals Altes, Liesbeth, Ethos and Narrative Interpretation: The Negotiation of Values in Fiction (Nebraska UP, 2014) :

  • La table des matières, une partie de la préface et de l’introduction, pour l’idée générale (peuvent être sautées) : p. vii-xiv et 6-14.
  • Quelques réflexions sur la littérature et les valeurs : p. 73-77 (avec des références sans doute familières).
  • Une réflexion sur différentes manières de comprendre le rapport entre la narratologie et l’interprétation : p. 95-99.
  • Quelques pages analysant Daewoo de François Bon en rapport aux questions de genre et de régime de valeurs : p. 175-191.
Narratologie

Informations pratiques

Date(s)
  • Mardi 18 avril 2017 - 15:00 - 17:00
Lieu(x)
  • EHESS (Salle 7) - 105, boulevard Raspail 75006 Paris
Contact(s)
  • j.pier@wanadoo.fr