Soutenance de thèse

Écopolitiques ouvrières. Enquête socio-environnementale dans les mines de charbon du Nord-Pas-de-Calais (fin XIXe-début XXe siècle).

Résumé

   Cette thèse propose de réaliser une enquête socio-environnementale sur le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, entre la fin du XIXe siècle et les années 1910. Par enquête socio-environnementale, nous entendons la possibilité d’envisager de concert les mutations environnementales et sanitaires liées à l’industrialisation de l’extraction minière, ainsi que la façon dont les populations laborieuses répondent à ces transformations. Notre hypothèse générale repose sur l’existence d’une tension entre une volonté de forçage des capacités biophysiques des éléments soumis à l’industrie, et une volonté antagoniste de préservation. Ce faisant, cette thèse essaie de délimiter les contours d’un ensemble d’« écopolitiques ouvrières », c’est-à-dire essaie de comprendre la façon dont les pratiques et les discours du mouvement ouvrier des mineurs contribuent à définir, vers 1900, un rapport original à l’environnement de travail et aux corps laborieux. La première partie de ce travail (« Manager, aménager, ménager ») cherche à décrire la mesure dans laquelle l’industrie houillère impose une « pression productiviste » (A. Cottereau) au territoire physique et humain dans lequel elle s’implante. Le premier chapitre (« Comment convertir un territoire à l’industrie ») révèle les différentes stratégies foncières et juridiques permettant aux compagnies minières de transformer leur environnement, et d’accommoder les populations rurales et ouvrières au développement industriel. Le second chapitre (« Sur l’existence d’un paternalisme sanitaire ») étudie les stratégies d’accommodement des populations ouvrières aux risques du travail sur la santé. Elle revient plus en détail sur le fonctionnement des services sanitaires des compagnies minières, et montre l’importance de leurs liens avec les grandes évolutions du savoir médical dans la (non-)prévention des affections respiratoires. Enfin, le troisième chapitre (« Un rapprochement entre hygiénistes et ouvriers ») s’intéresse, à travers le cas de l’épidémie d’ankylostomiase, à l’évolution des discours patronaux et ouvriers en matière d’hygiène industrielle au tournant du XXe siècle, évolution caractérisée en France par une plus grande intégration des différents acteurs dans les pratiques de soin. La seconde partie de la thèse (« Classe ouvrière, classe sentinelle ») montre comment, vers 1900, le syndicalisme des mineurs élabore des stratégies de préservation biophysique inscrites dans le répertoire pratique et mental du mouvement ouvrier. Le quatrième chapitre (« Luttes d’expertise, lutte de classes ») montre qu’avec l’adoption de la loi sur les délégués mineurs à la sécurité en 1890, le risque devient un objet de lutte pour la reconnaissance de l’expertise ouvrière. Ce processus culmine en 1906 avec la catastrophe de Courrières, événement qui a une influence majeure sur le syndicalisme national et international des mineurs. Le cinquième chapitre (« Santé et conscience de classe ») montre comment la politisation du risque entraîne progressivement une sanitarisation de la lutte ouvrière. Après l’adoption de la loi de 1898 sur les accidents, les délégués mineurs jouent un rôle crucial dans la contestation de l’ordre sanitaire patronal, et l’expérience accumulée du syndicalisme des mineurs le conduit ainsi à placer la préservation de la santé au cœur de ses revendications à la veille de la Première Guerre mondiale. Le sixième chapitre (« Vers un éco-pouvoir ouvrier ? ») revient enfin sur l’évolution des projets de nationalisation des mines et montre comment, à travers ceux-ci, le syndicalisme des mineurs dessine une figure renversée de la « pression productiviste » industrielle. S’y affirment ainsi l’impératif de préservation biophysique, l’exigence de démocratie industrielle, et le caractère commun des ressources naturelles.  

Jury
  • M. Christophe Prochasson (Directeur de thèse), EHESS
  • Mme Marion Fontaine, Sciences Po Paris
  • M. Éric Geerkens, Université de Liège
  • Mme Judith Rainhorn, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • M. Renaud Bécot, Sciences Po Grenoble
  • Mme Manuela Martini, Université Lyon 2 Lumière

 

Informations pratiques

Date(s)
  • Jeudi 10 novembre 2022 - 09:30
Lieu(x)
  • EHESS, 54 boulevard Raspail, salle A07_37